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Lhomme - dé, héros des mondes virtuels (3) |
| Pour en revenir à
lhomme-dé, ajoutons quil souhaite se
sentir vivre le plus intensément possible, en explorant méticuleusement les replis
cachés de sa personnalité, quitte à se jeter pour cela dans des modèles étrangers ou
antagonistes avec sa propre histoire individuelle. Ce faisant, il se heurte évidemment
aux règles sociales et aux usages consacrés par ses contemporains. Il crédite ainsi le
jugement de Marcel Gauchet, pour qui linscription dans un cadre social contraignant
permet aux individus de faire preuve dindépendance psychologique. Lhomme-dé
a nécessairement besoin que des références externes lui soient opposées pour
développer sa révolte existentielle. |
| "Cette bon Dieu de machine sociale
nous a tous transformés en cobayes. Nous sommes aveugles aux mondes que nous portons en
nous et qui ne demandent quà naître. Des acteurs capables de jouer un seul
rôle : a-t-on jamais vu pareille absurdité ? Il nous faut créer des hommes de
hasard, des dé-personnes. Le monde a besoin de dé-personnes. Le monde aura des
dé-personnes". |
| Ayant entamé sa dé-vie, le Docteur
Rhinehart suscite des situations atypiques. Il est tour à tour vétéran des tigres de
Détroit, reporter du Guardian, auteur dramatique homosexuel, professeur de faculté
alcoolique, prêtre pervers, criminel en fuite et ainsi de suite. Il apprécie de toujours
devoir exercer sa vigilance sur sa façon dêtre afin de respecter les personnages
et les rôles que le dé lui demande de tenir : |
| "Ces nouveaux endroits et ces
nouveaux rôles mobligeaient à garder une conscience aiguë de la façon dont
autrui réagissait en face de moi. Quand un homme est lui-même, quil se laisse
aller à sa nature profonde, quil porte ses masques appropriés et naturels,
quil est intégré à son cadre, il est normalement inconscient des subtilités de
la conduite dautrui. Ce nest que lorsque autrui rompt avec son modèle
conventionnel que la prise de conscience se trouve stimulée. Cependant, ma rupture avec
mes façons d'être établies constituait une menace pour mes "moi"
profondément enracinés et maiguillonnait à un niveau de conscience inhabituel.
Inhabituel car la tendance générale du comportement humain est de trouver un entourage
propre au relâchement de la conscience. En me créant des problèmes, je créais de la
pensée." |
| Par sa démarche, le Docteur
Rhinehart remet en cause la psychanalyse ainsi que les règles dorganisation des
sociétés modernes. A des confrères dubitatifs, il assène le jugement suivant : |
| "Les méthodes que vous préconisez
sefforcent de leur donner le sentiment dun moi unitaire, elles ont échoué.
Ne serait-il pas tout simplement possible que le désir de ne pas être unitaire, de ne
pas être un seul, de ne pas avoir une seule personnalité, soit le désir humain le plus
naturel et le plus fondamental dans nos sociétés multivalentes ? (
) Nous
avons gardé des sociétés simples, intégrées et stables du passé limage
dune norme humaine idéale qui est complètement erronée dans les civilisations
daujourdhui, complexes, inorganiques, instables et à valeurs multiples. Nous
tenons "lhonnêteté" et la franchise pour des éléments de toute
première importance dans des relations humaines saines, le mensonge et laction
directe restent considérés comme le mal par la morale anachronique de notre temps. Toute
société est fondée sur le mensonge. Celle daujourdhui est fondée sur des
mensonges contradictoires. Lhomme qui vivait dans une société simple et stable, à
mensonge unique, digérait le système du mensonge unique en un moi unifié et le
dégoisait le restant de sa vie, sans être contredit par ses amis ou ses voisins, sans se
rendre compte que 98 % de ses croyances étaient des illusions, que la plupart de ses
valeurs étaient artificielles et arbitraires et que la plupart de ses désirs avaient des
visées comiquement erronées. Lhomme de notre société multi-menteuse absorbe une
multitude de mensonges contradictoires ; ses amis et voisins lui rappellent
quotidiennement que ses croyances ne sont pas universellement partagées, que ses valeurs
lui sont personnelles, quelles sont aléatoires, et que ses désirs sont souvent mal
dirigés. Il faut se rendre compte que cest une méthode sûre et économique pour
rendre cet homme fou que de lui demander dêtre honnête et sincère avec lui-même,
alors que ses moi contradictoires offrent des réponses multiples et contradictoires à la
plupart des questions quil se pose. Si lon veut au contraire le libérer de
son éternel conflit, il faut linciter au laisser-aller, au mensonge, à
laction directe, au faire-semblant. Il faut lui donner les moyens den devenir
capable. Il faut quil devienne lhomme-dé." |
La
démarche du Docteur Rhinehart... |
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