édiTARD_79 / 23.11.01
Ne pas gober !
"J'aime les situations claires !" chantaient les Satellites dans les années 80. Malheureusement, avec la chute du Mur, la post-modernité, la globalisation et tout le tintouin, les situations sont de moins en moins claires. Les sociologues et les psys font leur miel de ces situations floues tandis que le quidam en perd son latin.


Evidemment, seuls les lapins de six semaines ignorent que la récupération et le mélange des genres sont le moteur de notre économie symbolique. Les défilés de mode qui recycle la culture punk en T-shirts branchouilles sont monnaie courante (et trébuchante), de même que les ex-rebelles qui recyclent des poufs en Popstars (cf. Santi, ancien batteur de la Mano devenu ordonnateur de la TV-réalité sur M6). Et pourtant, ces phénomènes continuent de nous laisser perplexes.

Prenez la question des rave parties, par exemple. On aimerait bien afficher un avis tranché sur la question ; dire par exemple que nos sociétés contemporaines doivent accepter cette part de folie festive qui échappe à l'omniprésente logique marchande et sécuritaire. Crier bien haut que les nouvelles dispositions légales sont liberticides. Montrer que la répression ne peut conduire qu'à un durcissement du mouvement free, dommageable pour tout le monde. Rappeler, avec Maffesoli, que la fonction sociale des Bacchanales est vitale pour une civilisation :

" La sagesse dionysiaque a souvent été opposée à la trop tranquille certitude apollinienne. Dans le mythe de la fondation de Thèbes, Dionysos vient déranger la sage gestion mortifère de son cousin Penthée. Cette image est instructive : tout ce que représente Dionysos renvoie à la force vive qui travaille et taraude la raison - autre manière de dire qu'elle desserre l'étreinte du pouvoir. Cette figure, sous des noms divers, se retrouve dans de multiples sociétés. C'est en quelque sorte une structure anthropologique. (...) Ainsi le burlesque, le rire, l'ironie, la dérision, l'inversion des valeurs dans leurs effectuations régénèrent le corps social, réaffirmant sa puissance originaire face à des pouvoirs seconds et délégués. " (Maffesoli, L'ombre de Dionysos)

Le souci, c'est que la structure anthropologique du teufeur a du plomb dans l'aile, et qu'on n'a pas toujours envie de la défendre. La récupération commerciale du mouvement techno entraîne en effet une pitoyable dérive qui transforme ces fêtes magnifiques en défouloirs pour moutons à casquette contents de consommer leur délire comme ils vont au supermarché. Un intellectuel précaire travaillant pour la MILDT a confié à la rédaction de Fluctuat cette anecdote : la plupart des ecstas qui sortent aujourd'hui portent l'effigie et les logos de marques célèbres : Nike, Mitsubishi, Porsche, MTV. Et que font les teufeurs ? Ils les gobent, ces cons ! Ils achètent des cachetons qui portent de la pub ! Evidemment, il est difficile d'échapper à la récupération, mais l'apathie des teufeurs fait peine à voir. Il faudrait, pour le moins, exiger la gratuité des cachetons arborant un logo. C'est à ce genre de détails qu'on remarque l'affaiblissement de nos pulsions subversives. Il est vrai que le combat est difficile car le système exploite tout ce qui bouge pour le transformer en acte marchand. Bientôt, les bijoux d'anus promus par Technikart (cf. l'article Anal fantasy) arboreront eux aussi des logos, et il faudra viser le barycentre du sigle Mercedes pour sodomiser un(e) ami(e). Mais où va-t-on ?

En parlant de logo et de Technikart, un autre incident vient prouver que les situations floues structurent notre environnement et compliquent la réflexion. Pour la faire courte, Technikart attaque Chronicart en justice pour contrefaçon, parasitisme et concurrence déloyale, quelques mois après avoir subi les assauts judiciaires de Danone. Alors nous, on se sent couillons, parce qu'on avait soutenu Technikart. Alors quoi, y'a plus de solidarité, c'est ça ? La subversion n'est donc qu'une stratégie marketing pour récupérer les budgets publicitaires des vendeurs de hype ? En poltrons naïfs, nous attendons avec angoisse les prochaines guerres picrocholines du web culturel. Si Technikart nous attaque pour homophonie de la dernière syllabe, nous n'aurons pas le choix : ce sera l'apocope ou la mort.

Dans ce contexte, la paranoïa gagne tout le monde : l'affaire Troudair Vs Grosse Fatigue prend des allures de combat fratricide, dénoncé par les cyniques comme une grosse magouille destinée à faire mousser les chroniqueurs du web indé. La foire d'empoigne contamine les forums, où chacun apporte son grain de sel dans l'affaire Technikart/Danone/Chronicart/Troudair/Chloe Delaume. Faites tourner et ajoutez un nom à la chaîne de l'amitié, ça porte bonheur et ça alimente le buzz. L'humour nous sauvera-t-il du ridicule ?

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L'affaire Technikart/Chronicart vue par Chloe Delaume

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Evidemment, seuls les lapins de six semaines ignorent que la récupération et le mélange des genres sont le moteur de notre économie symbolique.

 

Il faudrait, pour le moins, exiger la gratuité des cachetons arborant un logo.

 

La subversion n'est donc qu'une stratégie marketing pour récupérer les budgets publicitaires des vendeurs de hype ?

 

ce sera l'apocope ou la mort.

 

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