édiTARD_78 / 15.11.01
Retour sur une impuissance
Retour vers Flu

[Le théâtre des opérations
vu par Fluctuat
]
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Le décor : une boutique minable, mal éclairée, peu chauffée, un truc à faire pleurer le coordinateur de la Croix rouge pour l'Asie centrale.

Acte I : Un peu d'humilité pour commencer …


- Le rédac' chef (Gillou) : Bon les gars, faut pas qu'on se plante, sur cette affaire. On est passé pour des charlots la dernière fois, on a parlé trop vite, alors là faut faire gaffe !
- La gauchiste de service (Louise) : attends, c'est quoi le plan ? On sort les drapeaux américains, c'est ça ?
- Le bobo (Alain) : on dirait que ça te défrise, la prise de Kaboul. La vérité, c'est que ça t'emmerde, parce que Bush, il s'est pas si mal démerdé que ça !
- Le benêt qui pose des questions permettant d'ouvrir le débat (Mr. Lecandide) : Zut, pourquoi est-ce si difficile de réagir sur une actu comme ça ? Pourquoi se sent-on impuissant, dépassé, alors que les médias ont justement pour rôle de nous transmettre l'information, de nous inviter à l'action, de permettre une prise de conscience individuelle et collective ?
- Le modérateur (Mr. Dixit) : Les gars, je vous rappelle cette phrase d'Edgar Morin : " Il est très difficile de comprendre notre époque parce qu'il y a toujours un retard de la conscience par rapport à l'événement vécu. Ortega y Gasset disait que nous ne savons pas ce qui se passe et c'est justement cela qui se passe. On ne comprend rien. Nous vivons sans comprendre ce que nous vivons. D'où la citation de Hegel qui disait que l'oiseau de Minerve prend son vol au crépuscule. La sagesse, la raison, c'est la chouette de Minerve et il est toujours trop tard quand la conscience nous arrive. Aujourd'hui, tous les processus ont accéléré, l'oiseau de Minerve devrait avoir une vitesse supersonique pour savoir ce qui se passe."

 

Acte II : De l'impossibilité de penser la guerre


- Alain : alors, bande de branquignols, il est où le bain de sang ?
- Lecandide : je crois qu'il est trop tôt pour crier victoire, mon cher Alain, les choses peuvent encore dégénérer …
- Louise : ouais, et pis faudrait pas oublier les milliers de victimes innocentes tuées par les bombardements !
- Alain : ça y est, ça recommence ! Mais sans les bombardements, ma vieille, y'a dix millions d'Afghans qui seraient en train de crever en silence pendant l'hiver, et les femmes afghanes seraient encore soumises à la loi talibane !
- Louise : ah ouais, et tu prétends peut-être que c'est pour libérer le peuple afghan que Bush a ramené sa truffe ?
- Gillou : non, c'est pour niquer sa race à Ben Laden. Mais il n'empêche que l'intervention a aussi permis la chute du régime taliban…
- Louise : en attendant la poursuite des combats dans les montagnes, l'embrasement du Pakistan, la guerre nucléaire avec l'Inde et la troisième guerre mondiale avec les Russes, les Tchétchènes et tout le reste !
- Alain : arrête, on dirait que t'attends que ça !
- Louise : tu te fous de moi ?
- Alain : attends, tu nous gonfles avec ton catastrophisme ! C'est toujours pareil avec les trotskistes, ça vous fait jouir quand y'a le feu, vous attendez que ça, vous avez l'impression que la révolution va arriver !
- Louise : les trotskistes ils t'emmerdent !
- Gillou : bon, ça va, on va pas s'engueuler, on a un mag à sortir !
- Lecandide : est-ce à dire que la communauté internationale est incapable de maîtriser l'évolution de la situation ? J'y comprends rien à cette guerre, je croyais que Kaboul c'était un bourbier !
- Mr. Dixit : Les enfants, n'oubliez jamais cette phrase d'Umberto Ecco : "La guerre est un système néoconnexionniste, elle se développe et s'agence indépendamment de la volonté des deux belligérants. (…) L'ancienne guerre était une partie d'échecs où, certes, chacun visait à manger le plus de pièces possible à son adversaire, mais surtout (en spéculant sur la façon dont il suivait les règles) à l'amener à l'échec et mat. En revanche, la guerre contemporaine est une partie d'échecs où les deux joueurs (en travaillant sur un même réseau) mangent et bougent les pièces d'une même couleur (le jeu n'est ni blanc ni noir, il est monochrome). Elle est un jeu autophage." suite

 

>> Acte III : L'utopie est un sport de combat [lire la suite]


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Références

Edgar Morin,
A propos des sept savoirs

Umberto Ecco,
La guerre du faux

Cavanna,
Lettre ouverte aux culs bénits

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On est passé pour des charlots la dernière fois, on a parlé trop vite, alors là faut faire gaffe !

 

C'est toujours pareil avec les trotskistes, ça vous fait jouir quand y'a le feu, vous attendez que ça, vous avez l'impression que la révolution va arriver !

 

Les enfants, n'oubliez jamais cette phrase d'Umberto Ecco

 

 


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