édiTARD_76 / 26.09.01
[verts de rage]
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Nous sommes tous des Toulousains

C'est énervant. Comme d'habitude, il faut qu'un drame se produise pour qu'on prenne en considération les risques de catastrophes. Cette fois, il s'agit d'une usine de produits chimiques, et c'est à Toulouse que ça se passe.


Desmarets, le patron de TotalFinaElf dit qu'il ne pensait pas que c'était possible. Il a appris à communiquer, en tous cas, le super patron du plus grand groupe pétrolier français. Il ne dit plus "c'est pas de notre faute", comme quand l'Erika s'était échoué sur les côtes bretonnes, il dit qu'il ne pensait pas que c'était possible. Quoi donc ? Ce qui est aberrant, ce n'est pas qu'un accident de ce type puisse se produire, c'est qu'une usine chimique soit située en centre ville. C'est aussi aberrant que de construire des logements sur des zones inondables. Aussi aberrant que de polluer les sols et les nappes phréatiques. Aussi aberrant que de transporter sur des milliers de kilomètres des déchets nucléaires. Aussi aberrant que de construire un aéroport sans se soucier des populations qui vivent près des lieux pressentis pour son implantation. Aussi aberrant que de bétonner le littoral. Les exemples de politiques publiques aberrantes pullulent. Les réformes intelligentes pullulent beaucoup moins. Le constat est déprimant : manque de courage politique, déficit de concertation citoyenne, ignorance du principe de précaution, gestion politique à courte vue, électoralisme, clientélisme. Les bons jours, on a l'impression de vivre dans une république bananière, incapable de juger ses élus corrompus. Les mauvais jours, on a carrément le sentiment de vivre dans un pays sous-développé indifférent aux conditions d'existence de ses habitants. Conditions d'existence décentes, essai de définition : pouvoir vivre dans un environnement propice à l'épanouissement individuel et social, sans crainte d'être explosés, noyés, empoisonnés, prionisés, empuantis, mazoutés, brûlés, intoxiqués, pollués, écrasés à tout moment. Etre consultés pour les choix d'aménagement du territoire. Pouvoir dormir dans le calme, sans avoir besoin de se gaver d'antidépresseurs, de somnifères et d'anxiolytiques pour supporter les agressions du milieu. Est-ce trop demander ? Oui, manifestement.

Aujourd'hui, c'est surtout la responsabilité politique des élus qui doit être pointée. Qui a permis l'urbanisation de cette zone d'activité industrielle ? Qui délivre les permis de construire ? Qui livre les villes et les campagnes au bon vouloir des promoteurs ? Que se passe-t-il une fois que les caméras ont quitté le lieu de la catastrophe ? Une remarque en passant : la Commission européenne vient d'adresser à la France des reproches officiels sur sa politique de sécurité maritime. La France ne contrôle que 12% des navires qui passent par ses ports. C'est énervant. Le naufrage de l'Erika n'aura servi à rien, les navires-poubelles continuent de pourrir les océans.

Les coïncidences de l'actualité rappellent qu'une bombe écologique peut en cacher une autre : la SNCF vient d'annoncer que le fret et le transport combiné ont chuté respectivement de 8 et 10 % en 2001. C'est très énervant, parce que nous avons tous envie de croire que les modes de transport intelligents gagnent du terrain, peu à peu, année après année. La nouvelle est passée quasiment inaperçue, alors que les médias avaient adoré aller filmer ces braves Chamoniards dans leur référendum illégal. La machine médiatique se montre incapable de traiter sérieusement de plusieurs enjeux à la fois. On parle de Toulouse aujourd'hui, on ne parle même que de ça, au point d'oublier les enjeux et les drames liés au transport routier. On en reparlera sans doute quand un nouvel incendie se produira dans un tunnel. On constatera alors qu'aucune évolution sérieuse ne s'est produite dans l'intervalle. En attendant, la SNCF avoue sans gêne que le transport par le rail appartient davantage au passé qu'à l'avenir. Si le ferroutage régresse en France, c'est principalement la faute de ce monopole public dont la stratégie est définie par le gouvernement. Il faut le dire, le répéter, et agir en conséquence. Les mouvements écologistes ne doivent pas réserver leurs coups aux compagnies privées, elles doivent aussi se battre contre l'inconséquence des entreprises publiques et contre celle des élus. La bêtise bureaucratique n'est pas plus excusable que celle du marché quand elle débouche sur des crimes contre l'environnement. Aujourd'hui, Gayssot et les représentants de la SNCF expliquent aux Chamoniards et aux Français qu'il faudra attendre 2012 pour que fonctionnent les liaisons alpines, alors que des projets traînent au fond des cartons depuis vingt ans … C'est énervant. Dans le budget 2002, les subventions au ferroutage passeront à 260 millions de francs, contre 620 millions de francs en 2001. 260 petits millions pour lutter contre la pollution et les risques d'accidents de la route. Le discours politique apparaît clairement et cyniquement dissocié des arbitrages budgétaires. Il ne faudra pas compter sur la SNCF pour pallier ce désengagement de l'Etat. La SNCF manque de capacités de financement, et le ferroutage n'est pas sa priorité. Au passage, rappelons que le gouvernement a enterré l'idée de créer une écotaxe, et qu'il se refuse à mettre en œuvre les incitations fiscales grâce auxquelles la Suisse est parvenue à développer largement le transport combiné rail-route. A Toulouse comme partout en France, les questions écologiques continuent d'être secondaires. Elles passent après " le dynamisme régional ", "la sauvegarde des emplois", "la confiance des Français", "le soutien à la consommation", "la défense d'une industrie nationale", "les équilibres budgétaires", "la préservation du service public" et autres nobles causes. C'est agaçant.

Dans ce contexte, les turpitudes des Verts n'ont pas fini de nous donner de l'urticaire. Il fallait un programme clair pour les prochaines élections, une vision exigeante de la modernité écologique. L'indigestion de couleuvres subie au sein de la gauche plurielle aurait même dû inciter les Verts à quitter le gouvernement pour honorer leur cause. A quoi sert de rester au pouvoir s'il faut pour cela aller de renoncement en renoncement, au point de trahir tout le programme écologiste ? Depuis des années, les Verts veulent montrer qu'ils ont une approche globale de la politique, de peur d'encourir le reproche de n'être que de sympathiques défenseurs des oiseaux. Mais, chemin faisant, les écologistes ont raté leur pari : non seulement ils ne sont pas devenus un possible "parti de gouvernement", mais ils se montrent en outre incapables de se faire entendre sur les enjeux écologiques. C'est agaçant.


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Pas de sous ni de projet politique pour l'écologie, mais du marketing gouvernemental : le site du ministère des transports et de l'équipement propose une exposition virtuelle sur Les transports du XXI° siècle

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Les exemples de politiques publiques aberrantes pullulent. Les réformes intelligentes pullulent beaucoup moins.

 

Les mouvements écologistes ne doivent pas réserver leurs coups aux compagnies privées, elles doivent aussi se battre contre l'inconséquence des entreprises publiques et contre celle des élus.

 

L'indigestion de couleuvres subie au sein de la gauche plurielle aurait même dû inciter les Verts à quitter le gouvernement pour honorer leur cause.

 

 

 

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