[édiTARD_74 / 12.09.01]
New-York 2001


V.2. : Les premières réactions à cet article sur le forum sont assez passionnées. Pour reprendre les termes d'un forumiste, "le jour et même le lendemain d'un événement pareil, on informe, on n'éditorialise pas". Nous vous invitons en effet à suivre les nouvelles de ce drame sur Le Monde, Libération, ou encore Yahoo, qui sont certes mieux informés que nous sur ce sujet.
Nous revendiquons tout de même le droit d'écrire sur de tels événements à chaud, ne serait-ce qu'en proposant une pensée forcément lacunaire et critiquable qui pourrait cependant faire avancer la refléxion autour de cette actualité.
Nous comprenons aussi que les réactions à un tel papier puissent être passionnées : il s'agit d'un sujet extrêmement sensible. Il n'y a aucune justification qui puisse être donnée à un acte sanguinaire, quel qu'il soit.
Après coup, certains propos écrits trop à chauds ne nous ont pas paru pertinents. Voici donc une seconde version. Love and condoleances to all ! (Douglas Rushkoff).

Il arrive parfois, lorsque le souffle glacial de l’Histoire nous traverse, que la réalité, telle une trame narrative trop bien huilée, se confonde avec la fiction et finisse, dans une superposition d’images dont on a du mal à démêler le sens, par la dépasser tout à fait.

L’effroi, et pourquoi ne pas le dire, l’excitation qu’ont suscité en nous les "direct live" d’hier après-midi, ont ravagé notre entendement… Mercredi, jour d'édiTARD, nous ne nous sentions pas vraiment disposés à vous parler de livres, de cinéma ou d'expos...

La psychomachie dont nous sommes l'objet aujourd'hui ne nous autorise qu'à reprendre à chaud quelques remarques, qui ne vaudront sans doute pas tripette à l'aune de l'Histoire. Nous ne sommes pas témoins de cette catastrophe, tout juste (télé)spectacteurs. Pas plus ni moins que les présentateurs du JT ou les pontes du FBI, nous ne connaissons les coupables de ces attentats. Nous n'avons donc ni plus ni moins de crédibilité sur le sujet. Un attentat. Le premier acte d'hyperterrorisme. Des morts.

- La piste islamiste ? (Semble se préciser...)
Ce n'est rien de dire que la piste Oussama Ben Laden est privilégiée par les médias. C'est la seule piste qui ait été suivie par nos journaux télévisés.
Quid des fractions extrémistes américaines ? d'éventuelles sectes ? de possibles mafias ?
Certes, ces candidats à la terreur ont aussi été évoqués. Mais seules les images serrées de palestiniens en liesse ont été montrées. Selon un participant d'Indymedia, outre les enfants palestiniens, cet événement aurait même réjoui certains fermiers de la Corn-belt qui auraient accueilli cette attaque du pouvoir central américain par quelques rafales de carabine. Les porte-avions américains se dirigent vers le Golfe. La présomption d'innocence n'existe pas pour les Arabes.

- "Nous sommes tous des Américains" ?
criaient en coeur hier soir et toute la nuit les personnalités du monde entier. C'est vrai que les JT français ressemblaient trait pour trait à une traduction en simultanée des journaux de CNN. Nous sommes tous des Américains, comme nous avons tous été des Berlinois, des Juifs Allemands, des Homosexuels, des Palestiniens... La cible de l'attentat était pourtant bien symbolique : le pouvoir capitaliste centralisé et la force militaire américaine. Sommes-nous tous ces américains-là ? Espérons que non. Nous sommes tous des islamistes ? Non plus.

- L'effet Pearl Harbor ?
Une expression qui fait florès. On parle en vrac de "Pearl Harbor terroriste" ou de "Troisième Guerre Mondiale". Pour ce type d'opération, les forces américaines parlaient il n'y a pas si longtemps de "frappes chirurgicales". Pour eux c'était la guerre. C'était loin et les images étaient brouillées. Il y avait aussi des civils. Dans le cas présent on ne sait pas quel mot utiliser :
Terrorisme : emploi systématique de la violence pour atteindre un but politique (Petit Robert).
Guerre : lutte armée entre groupes sociaux et/ou entre Etats, considérée comme un phénomène social (Petit Robert).

- Barbès - Gaza - Kaboul ?
Qui peut s'étonner des mouvements de liesse qui ont accueilli ici et là
l'annonce des attentats ? Encore une fois, les JT avaient l'air de déplorer cet état de fait. Lorsqu'ils parlaient des réactions officielles, ils glissaient un "même Yasser Arafat" révélateur. Bien sûr, cet attentat ne servira pas la cause palestinienne. "Même Yasser Arafat" l'a compris (pas cons les Arabes !).
Mais que dire de l'homme de la rue ? A-t-on oublié en un soir que ce peuple est occupé, colonisé, humilié ? (et certes endoctriné, fanatisé). N'est-il pas normal dans ces conditions d'assister à de telles scènes d'euphorie qui ressemblent plus à un embrasement spontané et éphémère qu'à un manifeste politique ?

- Wall Street - Disneyland - Gênes ?
Chute des marchés financiers, ou plutôt poursuite de la chute. Comme si l'effondrement des deux tours matérialisait la déprime de Jean-Pierre Gaillard ces derniers mois. On est pas plus politologues qu'économistes...
Ceci dit, il semble que les palestiniens (encore eux !), les somaliens, les bangalis, les afghans, les colombiens... aient pris une certaine avance sur la Crise. La confiance des Américains a été "testée". Encore une fois, tous les observateurs (américains) de Indymedia le remarquent : il faut déplorer les morts, le procédé. Pour le symbole, on ne peut pas s'étonner que le retour de baton se fasse à Washington et à New York. Il y avait trop de signes avant-coureurs. Il y avait trop d'inégalités et trop d'hégémonisme de la part des "maîtres du monde".

- Statistique ou politique ?
Tout le monde est sous le choc. On écrit ces quelques lignes le coeur battant, une oreille tendue vers France Infos. Les hypothèses vont bon train. La paranoïa ne fait que commencer (thèse américano-américaine, mesures de sécurité, toilettage des famas...). Il ne faudra pas oublier tout de même qu'un mort américain n'est pas plus important en soi qu'un mort du Proche-Orient. Il faudra peut-être aussi un plan Vigipirate pour préserver les libertés individuelles et lutter contre le racisme. L'information va vite. Les images aussi. Il faut maintenant essayer de comprendre.

Nous reviendrons donc dès demain matin sur cet événement avec un édito de l'ami Troudair : "La riposte instantanée (comment les USA ont déjà contre-attaqué)".

 

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> Numéro spécial du Monde

> Numéro spécial de Libération

> Maurice Dantec et Douglas Rushkoff réagissent à la plus grave attaque terroriste jamais perpétrée dans le monde sur La Spirale.

> L'antenne locale d'Indymedia

> Parano ? Un participant d'Indymedia s'interroge : à qui profite le crime ?
Il donne sa vision d'un scénario de politique fiction en faisant l'hypothèse d'un complot au sein des USA : "The question then that has to be asked is who benefits from the recent round of bombings in the U.S.? Is it any of the Palestinian or other ethnic groups who'd be sitting ducks for retaliation? Not likely. Could it be a fascistic national security state eager for an excuse to exert complete control and cut down on all dissent? I couldn't think of a more likely suspect." Lire

> Un autre participant d'Indymedia traite le sujet à chaud en insistant sur la "responsabilité" des Américains. Le terrorisme ne s'arrêtera pas tant que les USA continueront leur politique étrangère actuelle et tant qu'ils ne remettront pas en cause leur hégémonisme économique... Lire.

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