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édiTARD_71
/ 20.07.01
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Quand
y'a Gênes, y'a pas de plaisir
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Gênes,
ville assiégée. Les portes d'acier qui bouclent le centre-ville
sont un symbole éclatant du refus des prétendus décideurs
mondiaux d'accepter la société civile à la table des
discussions. Derrière les portes génoises sont retranchés
les tenants de l'ordre libéral ; face à eux, les humanistes
du front de gauche. Les premiers veulent la bonne vieille
croissance économique, le profit pour les actionnaires,
la dérégulation des échanges, la mise à l'encan de l'Etat-providence
et l'assujettissement de l'individu aux lois d'airain
du business. Les seconds veulent l'inverse, privilégiant
les droits de l'individu, la protection de la planète
et la subordination de la logique économique aux choix
démocratiques. Dialogue de sourd, baston, anathèmes,
aveuglement, fanatisme des ultras de chaque camp, politique
du pire. Faits comme des rats, les habitants de Gênes
et les citoyens du monde semblent s'étonner de ne pas
pouvoir jouir de la liberté d'aller et venir à leur
guise. On a déjà dit, ici, que la maîtrise totale du
temps, de l'espace et des esprits est bel et bien le
projet implicite du capitalisme
contemporain.
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Cet
ostracisme dont sont victimes les ONG, les syndicats
et les associations est d'autant plus rageant qu'un
sommet du G8 représente un des très rares moments,
dans l'année, où il est possible de discuter de la
façon dont fonctionne le monde, avec quelques uns
de ses responsables. Or, cette difficulté à agir sur
la réalité en organisant le dialogue entre les parties
concernées est aujourd'hui au cœur de la crise dont
souffre les démocraties modernes.
Quand
on s'énerve, on s'imagine en quidam péremptoire, gueulant
dans un rade miteux, le verre de blanc à la main :
"où est le taulier ?". Nous aimons les situations
simples, quand on peut engueuler le serveur parce
qu'il a oublié de mettre des frites avec le steack.
Mais, dans notre société, quand on est insatisfait,
frustré, énervé, indigné, révolté, dépité, que faire
? A qui faut-il s'adresser ? Fini le bon temps, où
les anarchistes pouvaient mettre des bombes sous les
carrosses princiers pour renverser le système. Finie
aussi l'époque où le vote permettait à une communauté
de se choisir un destin, un projet. Bien sûr, l'engagement
politique reste valable, mais l'action citoyenne doit
prendre en compte cette complexité latente : les lieux
de pouvoir sont désertés, diffus, plus personne n'a
de responsabilité clairement établie ni de capacité
d'action globale. Nous nous sommes dépossédés du monde
où nous vivons, comme dans les pires scénarios de
science-fiction.
"Un
territoire dépourvu de tout espace public n'offre
guère la possibilité d'y discuter de normes, d'y confronter
des valeurs, qui peuvent se révéler incompatibles
et être l'objet de débats. Les jugements portant sur
le bien et le mal, la beauté et la laideur, le convenable
et l'inconvenant, l'utile et l'inutile ne peuvent
que descendre d'en haut, de régions auxquelles nul
ne peut avoir accès à moins d'avoir le plus pénétrant
des regards. Les jugements sont sans appel, puisqu'on
ne peut adresser aux juges aucune question censée
et que les juges n'ont de toute façon pas laissé d'adresse,
fût-elle électronique, et personne ne connaît avec
certitude leur lieu de résidence. (…) Il n'y a plus
de place pour l'opinion locale en général."
Zygmunt Bauman, Le coût humain de la mondialisation
Voilà
pourquoi il est fondamental de lutter contre l'attribution
des espaces publics (espaces géographique ou médiatiques),
quels que soient les jugements qu'on porte au fond
sur les questions économiques, sociales, environnementales.
A droite comme à gauche, personne ne devrait se satisfaire
de vivre dans un monde incontrôlable, qui échappe
aux principes de la démocratie, où la vie humaine
est soumise à des mouvements aussi aléatoires et violents
que les phénomènes climatiques.
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Dialogue
de sourd, baston, anathèmes, aveuglement, fanatisme , politique du pire...
...
cette difficulté à agir sur la réalité en organisant le dialogue entre
les parties concernées est aujourd'hui au cœur de la crise
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dans notre société, quand on est insatisfait, frustré, indigné, révolté,
que faire ?
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