édiTARD_70 / 29.06.01
La 7° compagnie en vacances

OUF ! Cette fois, c'est bel et bien la quille ! Toute l'équipe de Fluctuat, les amis et les familles se réjouissent de cette bonne nouvelle, autant par idéologie que par intérêt. Il faut dire que notre petite équipe compte tout un bataillon de tire-au-flanc, de réformés asthmatiques aux pieds plats, d'objecteurs de conscience, de P4 dépressifs et de "Sans nous" croisant les doigts depuis plusieurs années en espérant bien ne jamais être appelés sous les drapeaux. Ciao l'ami bidasse ! Finies les corvées de chiottes, la bite au cirage, les exercices de tir et les blagues de sergent chef. Nous étions quelques uns à avoir juré de ne jamais donner dix mois de notre vie à la Grande muette : pari tenu.


C'est donc avec compassion et soulagement que nous regarderons défiler les derniers appelés ce 14 juillet, plaignant ces pauvres gars qui auront l'honneur de fermer le ban de l'armée de conscription, les derniers dans l'histoire à pouvoir profiter de l'ennui réglementaire et des bizutages imbéciles sans lesquels les casernes ne mériteraient pas leur réputation.

Evitons toutefois de tomber dans les caricatures antimilitaristes. Comme beaucoup, nous regretterons le service militaire et les mythes populaires qu'il a fait naître. Ah ! Valmy, la levée en masse, le chemin des Dames, les mecs couillus qui perdaient leur pucelage et leurs illusions dans les bordels de campagne ! Ah, les histoires de régiment, les pactes d'amitié scellées dans le secret des dortoirs, au gré des petites souffrances et des grandes humiliations. Ah, ces bons vieux films de série B dans lesquels les Charlots ou Jean Lefèbvre pointaient avec une ironie mordante les travers de l'armée française ! Tout ça va nous manquer, bien sûr, mais il faut être sérieux et vivre avec son temps. Le président Chirac l'a bien expliqué : l'armée évolue, les techniques militaires aussi, faut laisser tout ça à des professionnels. La guerre, c'est comme le reste, faut rationaliser. L'appelé est devenu aussi ringard que le pompier volontaire, c'est comme ça, l'efficacité passe avant tout dans notre système de valeurs contemporain. Evidemment, la contrepartie, c'est la fin d'une certaine proximité, d'une relation forte entre la population et son armée. Une armée de métier aime le secret, l'esprit de caste, l'ordre, les régimes durs, les pronunciamiento, l'entretien de la paranoïa justifiant les crédits militaires. Alors bien sûr, on nous dit que les militaires de carrière sont devenus des gens pépères, des défenseurs de l'ordre civil, des missionnaires de la paix mandatés par l'ONU. Il n'empêche que la professionnalisation est justifiée par le caractère de plus en plus hi-tech des armes et des missions confiées aux militaires. Les armes, c'est comme les jouets, c'est fait pour qu'on s'en serve. Sans aller jusqu'à imaginer des scénarios catastrophes, on peut juste se demander ce qui se serait passé en Algérie si les appelés n'avaient pas contenu, ne serait-ce qu'un peu, la folie barbare d'Aussaresses et sa troupe ou les rêves de putsch des galonnés.

Derrière la question de la conscription, c'est évidemment le débat sur l'armée qui revient. Pour l'aborder sous l'angle historique, nous vous invitons à lire un ouvrage passionnant, sorti il y a déjà quelques temps : La logique du grain de sable, quand la chance ou l'incompétence a changé le cours de l'histoire. Son auteur, Erik Durschmied, remet en perspective vingt siècles d'histoire militaires à travers quinze batailles célèbres. La bêtise, la folie et l'inconséquence militaires transpirent dans chacun des événements rapportés.

Enfin, il reste à savoir ce que deviendront ces millions de jeunes gens libérés des obligations militaires. Succomberont-ils à des formes plus subtiles d'embrigadement, faites de servitude médiatique et d'aliénation consumériste façon Loft Story, ou profiteront-ils de cette liberté retrouvée pour aller danser dans des raves endiablées, maintenant que les teufeurs ont obtenu gain de cause ?

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L O G OUT

Le débat sur les raves

Mais où est donc passée la septième compagnie ?

La logique du grain de sable

Sans Nous !

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Ah, les histoires de régiment, les pactes d'amitié scellées dans le secret des dortoirs, au gré des petites souffrances et des grandes humiliations.

 

 

La guerre, c'est comme le reste, faut rationaliser.

 

 

Les armes, c'est comme les jouets, c'est fait pour qu'on s'en serve.

 

 

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