Lundi soir, numéro spécial, en prime time, de C'est
mon choix. Pour ceux qui ne l'ont pas vu,
je résume le concept:
Des
gens sont invités sur le plateau pour faire une sacrée
surprise à un ami, conjoint(e) ou membre de leur famille
qui ne se doute de rien et croit, dans la plupart
des cas, être là pour simplement assister à l'emission
dans le public.
Après
de vagues présentations et éclats de rire contagieux
("- Vous savez pourquoi vous êtes là ? - Heu...
pour assister à l'emission ?" *rire du public*
Ahahaha!), le conspirateur lance un défi à sa victime.
En général, la chose n'est pas bien terrible. Il suffit
de se saper en beau gosse pour une bande de lascars
piegés par leur prof d'anglais, de toucher un serpent
pour une pauvre dame qui en a horreur ou encore de
faire un strip pour un groupe de mecs dont le physique
ferait rougir de fierté les personnages de The
Full Monty.
A
l'issu de cette proposition, les personnes piegées
ont environ 2 heures (l'emission est enregistrée)
pour réfléchir et dire s'ils acceptent ou non de relever
le "défi".
Pas
une seule fois, bien sûr, un des individus piégés
ne refusera le défi, quand bien même il consisterait
à prendre le train pour se marier avec son concubin
(si, si!).
Et
c'est là que j'en arrive au fond de l'histoire. Un
curieux hasard, un peu plus tôt dans la journée, m'avait
fait chercher quelques renseignements sur la bataille
d'Okinawa en 1945, et en particulier sur le fameux
épisode relaté par Chris Marker dans Level Five,
lequel, à l'aide d'images d'archives, montrait les
suicides collectifs de femmes se jetant du haut des
falaises de l'île. Le réalisateur de La Jetée
s'arrête alors sur un plan fondamental et à mon avis
révélateur d'une seconde facette de la puissance du
mass-média, laquelle a été un peu éclipsée par l'emission
Loft
Story et que j'appellerai l'effet Okinawa.
Description
Une femme s'approche de la falaise du haut de laquelle
viennent déjà de se jeter quelques-unes de ses amies.
Elle n'a pas l'air rassurée (on la comprend), hésite,
se penche pour regarder en bas, voit probablement
les cadavres des martyrs qui l'ont précédé et se ravise.
Elle commence à faire demi-tour pour s'éloigner du
bord, mais pendant son retour, elle aperçoit, sur
l'autre versant de la falaise, la caméra d'un journaliste
américain qui la braque (précisemment la caméra avec
laquelle sont tournées les images que nous voyons).
Se sachant filmée, sachant que son geste d'abandon
résonnera dans les médias comme un argument en faveur
des civils attentistes d'Okinawa et de la rédition
sans mot dire, elle revient au bord de la falaise
et se jette dans le vide.
On
ne gagne rien à C'est mon choix. Aucun lot,
aucune baraque à 3 millions, aucun contrat fumeux
pour être guest star dans Taxi 3, aucune célébrité
démesurée non plus pour ces gens qui rentreront ensuite
chez eux comme ils étaient venus, anonymes et banals.
Alors pourquoi relever ces défis? Et pourquoi personne
ne s'y refuse? Probablement pour la même raison que
cette femme d'Okinawa : pour ne pas perdre la
face devant l'oeil public.
En
1945, on pouvait expliquer ce geste comme une manifestation
du code de l'honneur du peuple japonais et de son
sens aigü du devoir (on a comparé ces suicides de
femmes à Okinawa à la mise en place et l'application
des commandos kamikazes). De nos jours, le problème
n'est plus tout à fait le même car... >>
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Troudair
- - 19/06/01 08:11:23