|
édiTARD_66
/ 23.05.01
|
zones
d'autonomie temporaire
|
 |
Le
débat actuel sur les raves* tend à occulter les aspirations
profondes formulées par ces bandes de jeunes qui s'en
vont danser au fond des bois sur une musique répétitive,
en gobant parfois quelques cachetons qui les rendent
tout chose. Faisons donc parler le raver pour affranchir
nos amis les élus, en espérant que cette prosopopée
aidera à sauver les free parties.
|
Quand
il appelle une infoline et qu'il se met en route pour
une destination encore inconnue, que désire le raver
de base, que revendique-t-il ? Bien sûr, il veut jouer
à cache-cache avec les gendarmes, s'éclater, danser
comme un fou-fou, rencontrer des amis, faire un peu
de bricolage. Les cyniques diront que ces adolescents
veulent surtout transgresser des interdits et tester
leurs limites, car il faut bien que jeunesse se passe.
Y'a du vrai dans tout ça, sans doute. Mais il y a
plus : les ravers s'impliquent dans une entreprise
de ré-appropriation de l'espace et du temps, s'opposant
ainsi au système marchand tel qu'il conditionne nos
vies quotidiennes. Le raver veut échapper, pour quelques
heures, pour quelques jours, au monde étouffant qui
constitue cet écosystème que lui ont légué ses parents.
Les enfants de la classe moyenne, unis dans ces moments
aux tribus et aux marginaux de toutes sortes, néo-babas,
travellers, punks (not dead !), cailleras, bobos,
crient leur ras le bol d'une société hyper urbanisée
et mercantile où, derrière une apparence de liberté,
chacun de nos mouvements, chacun de nos désirs est
packagé, formaté, structuré et contrôlé par l'étouffoir
néo-libéral. Dans un joyeux bordel, les ravers font
entendre une demande sociale en faveur de la gratuité
des loisirs (contre l'extension continue de la logique
marchande), du brassage social, de la solidarité,
de la spontanéité, pour une certaine forme de retour
à la nature et contre la privatisation des espaces
publics. C'est pourquoi le mouvement techno lutte
avec autant de force contre la récupération, phénomène
aussi dangereux que la répression, car la machine
marketing s'emploie jour après jour à transformer
la vision généreuse du début en produits dérivés,
T-shirts, lunettes, bobs et méga-concert techno au
POPB. Bref, les free-parties consacrent une remise
en cause globale de la société contemporaine, sclérosée
et vieillissante, dont la vision productiviste est
à bout de souffle, dont le discours "républicain"
sonne creux face à ce que le monde est devenu (que
valent les incantations "républicaines" d'un député
de centre droit face à la dangereuse arrogance du
président Bush ?). Par leurs débordements anarchiques,
les ravers disent qu'ils en ont marre d'être soumis
aux diktats économiques d'un monde qui cache ses inégalités
et ses aberrations derrière un masque policé quand
il n'est pas policier. Dans les free-parties, tout
le monde est accepté, il n'y a pas de visagistes à
l'entrée.
Les
ravers participent à leur manière à la lutte contre
la mondialisation libérale. Ils disent eux aussi que
"le monde n'est pas une marchandise" et se montrent
très proches d'Attac,
de la Confédération
Paysanne, du D.A.L, des mouvements écolos (comme
Reclaim
the street au UK), des Medias
libres, des zappatistes
et de tous ceux qui veulent imposer une autre vision
du monde et de la façon d'aborder les questions politiques.
Bien sûr, les choses ne sont pas toujours faciles
entre les ravers et ces mouvements. Lorsque les sound-systems
ont organisé une mega-fête clandestine sur le Larzac,
à quelques kilomètres de Millau, où se tenait le rassemblement
de soutien pour José Bové et ses compagnons, l'incompréhension
était patente entre les paysans et les jeunes fêtards.
Les choses s'arrangèrent, par la discussion, mais
le fossé n'est pas comblé. Le cri de liberté des ravers
est anarchique, pas toujours constructif et souvent
incohérent. L'étonnement des paysans du Larzac était
bien compréhensible : comment ces jeunes qui disent
aimer la nature peuvent-ils saccager les pâturages
où vont paître les moutons ? C'est que, à force de
vivre dans des villes sans âme et sans air, on oublie
les règles élémentaires de respect de l'environnement.
A la fois victimes et bourreaux, les enfants de la
société post-industrielle élevés au sein du consumérisme
irresponsable ont bien du mal à inventer un projet
social et écologique en phase avec les désirs profonds
qui animent la scène techno depuis sa naissance. Nous
en sommes encore à nous satisfaire de créer ici et
là, de temps en temps, des "zones d'autonomie temporaire"
quand il faudrait trouver les moyens de préciser,
d'étendre et de pérenniser cette logique alternative.
Réagissez
à cet édiTARD sur le forum de flu !
*
Le débat actuel sur les raves > amendement Mariani,
voir toutes les infos sur le site Kanyar
|
|
|
chacun
de nos mouvements, chacun de nos désirs est packagé, formaté, structuré
et contrôlé par l'étouffoir néo-libéral.
les
free-parties consacrent une remise en cause globale de la société contemporaine
à
force de vivre dans des villes sans âme et sans air, on oublie les règles
élémentaires de respect de l'environnement.
<<
back to flu
|