édiTARD_65 / 16.05.01
Les murs ont du poil aux oreilles

Loft : mot angl. amer. "atelier, hangar" local à usage commercial ou industriel transformé en habitation, en logement, des lofts.

Le petit Robert


L'intense frénésie médiatique provoquée par le programme phare de la chaîne n°6 n'a eu que peu d'écho au sein de notre rédaction, provoquant à peine une amorce de débat à l'heure où les coudes s'avachissent sur le comptoir. Pourtant, la télé, on aime tous ça ; qu'elle soit débilitante, intelligente ou divertissante, on en consomme comme tout le monde. Seulement voilà : on n'est jamais chez nous à 18h15.

En première partie de soirée, la boutique où siège le Flu bruisse toujours des cliquetis des souris et des briquets, les ventilos des bécanes vrombissent encore allègrement sous l'impulsion des octets transférés dans le cyberespace… vers 19h, on file à l'épicerie du coin acheter quelques boissons, où directement au café boire l'apéro c'est selon. Une fois la publication du site bouclée, on s'offre parfois un petit surf récréatif, on traîne, on devise. L'intérêt des curieux et des voyeurs serait sans doute happé par toute cette activité para-professionnelle éminemment sociale si une dizaine de webcams balayait 24h sur 24h notre local à peine plus spacieux qu'une chambre de bonne. La formule consacrée est d'ailleurs, comme citée plus haut, "la boutique", parce que nous avons un pas-de-porte, une vitrine et une enseigne, et que le terme est beaucoup plus convivial que celui de "bureau ". Les copains et les copines y ramènent leurs fraises, on y mange, on y boit, on y dort, on y bosse, et on s'y roule même souvent des pelles… Pas de piscine, pas de salle de muscu ni même une petite terrasse (on est pas chez feu-Spray) : ce modeste espace, c'est notre loft à nous. On y turbine depuis bientôt trois ans et notre liberté n'y est pas surveillée.

Vous en avez rien à foutre ? Très bien. Vous êtes des gens "normaux", nous aussi.

Et vous avez de la chance : en réaction à la fatigante polémique qui depuis deux semaines anime les discussions de nos concitoyens, envahit les ondes et les écrans, remplit les colonnes de la presse pour illustrer ensuite les revues de presse, on avait furieusement envie de vous raconter notre week-end, chacun son tour, avec force détails pittoresques sur la tarte tatin de Maman et les orchidées de Tonton. Le seul débat qui ait eu lieu chez nous concernait donc cet édiTARD. En parler ou pas et pour dire quoi ? Est-il bien nécessaire de chier sur de la merde ? De se faire l'écho des relents sulfureux de la trash TV ? Oui, oui, oui et mille fois oui !

Certains grands quotidiens nationaux (Le Monde et Libé pour ne pas les citer) ont, paraît-il, augmenté leurs ventes de 15% lorsque leur couv' titrait sur l'émission vilipendée (source : revue de Presse de Pascal Clarke, France Inter, vendredi dernier). Zalea TV en a profité pour se faire de la pub avec une opération d'assaut contre les studios de la Plaine-Saint-Denis pour libérer les otages du loft - un commando dont toute la presse avait été informée une semaine avant de la date et de l'heure des ses agissements - et lancer parallèlement sur son site un appel à souscription pour financer ses activités en faveur d'une télé libre nationale (louable projet par ailleurs). Animateurs et producteurs de programmes télé sur des chaînes concurrentes se sont empressés d'inviter sur leur plateau le premier benêt sorti du hangar pour le scruter plus avant, sans doute par soucis d'informer sur un phénomène de société (suivez mon regard, Marc-Olivier Fogiel). Un Le Lay drapé de probité candide se fend d'une bafouille dans la presse où il fustige la main mise d'un groupe étranger sur le capital d'une chaîne française, s'inquiète de la pérennité de l'exception culturelle et s'offusque de la promotion d'actes contraires à la morale sur une chaîne non cryptée. Mon œil ! ou plutôt mon cul.

Devant un tel festival d'hypocrisie complaisante, comment ne pas réagir vertement ? Comment ne pas, à notre tour, faire nos choux gras de ce voyeurisme ambiant ? L'émission, on ne l'a pas vu (ou si peu), mais ça n'est pas une raison pour ne pas en parler… avec un peu de chance et un bon titre sur la page d'accueil, les statistiques du site augmenteront dramatiquement, on fera bonne figure parmi les sites alternatifs et peut-être même que la petite chaîne qui pue nous fera un procès, comme elle a déjà failli le faire notre ami Troudair, activiste de la création dans l'Yonne, qui a eu l'outrecuidance de prononcer le mot "loft" six mois avant les directeurs marketing. Les forums sont déjà bien remplis, attendons la suite.

Pour élever le débat, finissons par une affirmation, trois propositions et une question :

> "L'homme a la conscience d'être Dieu, et il a raison, puisque Dieu est en lui. Il a conscience d'être un cochon et il a également raison parce que le cochon est en lui. Mais il se trompe cruellement quand il prend le cochon pour un Dieu."

L. Tolstoï, Journal Intime

> Embarquez pour le monde merveilleux des contes de Fées
> Apprenez à parler rasta
> Réagissez à cet édiTARD sur les forums de Flu

> Le beau peut-il être vulgaire ?

L O G OUT

Aboiements juridiques de la chaîne contre Troudair

Le loft, le vrai

Pig-brother
porcherie live !


Le Lay

Zalea TV

Tous les éditards

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on est jamais chez nous à 18h15

 

 

 

 

Vous êtes des gens "normaux", nous aussi.

 

 

 

 

Mon œil !

 

 

 

 

L'émission, on ne l'a pas vu (ou si peu), mais ça n'est pas une raison pour ne pas en parler

 

 

 

 

 

 

 

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