L'intense frénésie médiatique provoquée par le programme
phare de la chaîne n°6 n'a eu que peu d'écho au sein
de notre rédaction, provoquant à peine une amorce
de débat à l'heure où les coudes s'avachissent sur
le comptoir. Pourtant, la télé, on aime tous ça ;
qu'elle soit débilitante, intelligente ou divertissante,
on en consomme comme tout le monde. Seulement voilà
: on n'est jamais chez nous à 18h15.
En
première partie de soirée, la boutique où siège le
Flu bruisse toujours des cliquetis des souris et des
briquets, les ventilos des bécanes vrombissent encore
allègrement sous l'impulsion des octets transférés
dans le cyberespace… vers 19h, on file à l'épicerie
du coin acheter quelques boissons, où directement
au café boire l'apéro c'est selon. Une fois la publication
du site bouclée, on s'offre parfois un petit surf
récréatif, on traîne, on devise. L'intérêt des curieux
et des voyeurs serait sans doute happé par toute cette
activité para-professionnelle éminemment sociale si
une dizaine de webcams balayait 24h sur 24h notre
local à peine plus spacieux qu'une chambre de bonne.
La formule consacrée est d'ailleurs, comme citée plus
haut, "la boutique", parce que nous avons un pas-de-porte,
une vitrine et une enseigne, et que le terme est beaucoup
plus convivial que celui de "bureau ". Les copains
et les copines y ramènent leurs fraises, on y mange,
on y boit, on y dort, on y bosse, et on s'y roule
même souvent des pelles… Pas de piscine, pas de salle
de muscu ni même une petite terrasse (on est pas chez
feu-Spray) : ce modeste espace, c'est notre loft à
nous. On y turbine depuis bientôt trois ans et notre
liberté n'y est pas surveillée.
Vous
en avez rien à foutre ? Très bien. Vous êtes
des gens "normaux", nous aussi.
Et
vous avez de la chance : en réaction à la fatigante
polémique qui depuis deux semaines anime les discussions
de nos concitoyens, envahit les ondes et les écrans,
remplit les colonnes de la presse pour illustrer ensuite
les revues de presse, on avait furieusement envie
de vous raconter notre week-end, chacun son tour,
avec force détails pittoresques sur la tarte tatin
de Maman et les orchidées de Tonton. Le seul débat
qui ait eu lieu chez nous concernait donc cet édiTARD.
En parler ou pas et pour dire quoi ? Est-il bien
nécessaire de chier sur de la merde ? De se faire
l'écho des relents sulfureux de la trash TV ?
Oui, oui, oui et mille fois oui !
Certains
grands quotidiens nationaux (Le Monde et Libé pour
ne pas les citer) ont, paraît-il, augmenté leurs ventes
de 15% lorsque leur couv' titrait sur l'émission vilipendée
(source : revue de Presse de Pascal Clarke, France
Inter, vendredi dernier). Zalea
TV en a profité pour se faire de la pub avec une
opération d'assaut contre les studios de la Plaine-Saint-Denis
pour libérer les otages du loft - un commando dont
toute la presse avait été informée une semaine avant
de la date et de l'heure des ses agissements - et
lancer parallèlement sur son site un appel à souscription
pour financer ses activités en faveur d'une télé libre
nationale (louable projet par ailleurs). Animateurs
et producteurs de programmes télé sur des chaînes
concurrentes se sont empressés d'inviter sur leur
plateau le premier benêt sorti du hangar pour le scruter
plus avant, sans doute par soucis d'informer sur un
phénomène de société (suivez mon regard, Marc-Olivier
Fogiel). Un Le Lay drapé de probité candide se fend
d'une bafouille
dans la presse où il fustige la main mise d'un groupe
étranger sur le capital d'une chaîne française, s'inquiète
de la pérennité de l'exception culturelle et s'offusque
de la promotion d'actes contraires à la morale sur
une chaîne non cryptée. Mon œil ! ou plutôt mon cul.
Devant
un tel festival d'hypocrisie complaisante, comment
ne pas réagir vertement ? Comment ne pas, à notre
tour, faire nos choux gras de ce voyeurisme ambiant
? L'émission, on ne l'a pas vu (ou si peu), mais ça
n'est pas une raison pour ne pas en parler… avec un
peu de chance et un bon titre sur la page d'accueil,
les statistiques du site augmenteront dramatiquement,
on fera bonne figure parmi les sites alternatifs et
peut-être même que la petite chaîne qui pue nous fera
un procès, comme elle a déjà failli le faire notre
ami Troudair,
activiste de la
création dans l'Yonne, qui a eu l'outrecuidance
de prononcer le mot "loft" six mois avant les directeurs
marketing. Les forums sont déjà bien remplis, attendons
la suite.
Pour
élever le débat, finissons par une affirmation, trois
propositions et une question :
>
"L'homme a la conscience d'être Dieu, et il
a raison, puisque Dieu est en lui. Il a conscience
d'être un cochon et il a également raison
parce que le cochon est en lui. Mais il se trompe
cruellement quand il prend le cochon pour un Dieu."
L.
Tolstoï, Journal Intime
>
Embarquez
pour le monde merveilleux des contes de Fées
> Apprenez
à parler rasta
> Réagissez
à cet édiTARD sur les forums de Flu
> Le
beau peut-il être vulgaire ?