On s'est
dit, Danone ils doivent pas en mener large, ils doivent
se creuser les méninges pour sortir de cette crise
de communication, ils vont nous la jouer profil bas,
gentils, Figolus pour tout le monde et des citernes
de 1664 pour les autres, c'est ma tournée.
Et bein
pas du tout. Derrière la façade sociale et les gadgets
pour amuse-gogos (mécénat, etc.), le véritable visage
du groupe agro-alimentaire apparaît. Prêt à tout pour
faire plier ses opposants, refusant de reconnaître
la liberté d'expression de ceux qui appellent au boycott,
prêt à s'enfoncer encore un peu plus dans la crise
pour ne pas se laisser emmerder. On parlait la semaine
dernière de cette ère
du mépris dans laquelle nous vivons, où les acteurs
dominants du système peuvent se permettre de cracher
à la gueule du citoyen lambda, consommateur peu éclairé.
Danone valide la thèse.
Quoi qu'en
pensent les nouveaux réacs, affirmant l'œil torve
que "y'a rien à faire, le boycott est pire que tout,
ça met en danger les autres salariés", il est vital
de s'opposer au comportement de la firme, ne serait-ce
que pour affirmer notre refus de vivre dans une société
de la peur et de la résignation. Il s'agit aussi d'un
combat majeur pour la liberté d'expression. On doit
pouvoir dire que Danone est une boite de ****** et
que Pepito est un sale petit morveux. Au besoin, il
faudra porter la question devant la Cour de Justice
des Communautés européennes. En attendant, n'hésitez
pas à mailbomber le site Danone
et à signer la
pétition pour faire savoir que vous n'êtes pas
très contents.
Ironie
du sort : le webmestre du site Jeboycottedanone.com,
(déplacé aujourd'hui 24.04 en .net
pour cause de fermeture par l'hébergeur) Olivier
Malnuit, est aussi le webmestre du site site Technikart,
et les poursuites dont il fait l'objet pour avoir
utilisé le nom Danone surviennent quinze jours après
la parution du dernier numéro de Technikart, justement
consacré aux stratégies agressives des multinationales
pour défendre leurs intérêts ("marques attaquent").
Preuve que le pire arrive toujours, et que les jugements
critiques ne le sont jamais assez. La vigilance démocratique
doit s'organiser pour mettre fin à ce cauchemar. Derrière
l'initiative juridique de Danone, qui détourne à son
profit les règles de la propriété intellectuelle,
il s'agit de lutter pied à pied contre la privatisation
des espaces publics, de la langue et des symboles.
Entre guérilla
sémiologique et lutte contre l'abrutissement médiatique,
l'enjeu est éminemment politique. En effet, les démarches
des multinationales contre la liberté d'expression
et contres les droits élémentaires de la personne
humaine vont de pair avec une inquiétante simplification
des discours publics et un décervelage industriel
dont les pubs et les émissions débiles ne constituent
que les deux meilleurs exemples. Au-delà, il importe
de voir que nous sommes progressivement privés de
certains outils logiques, sémantiques et symboliques,
ce qui réduit drastiquement notre capacité d'action
et de révolte. Si nous sommes privés de la liberté
de parler et d'écrire, qu'allons-nous devenir ? Umberto
Ecco mettait en garde ses lecteurs, dans un article
intitulé Le fascisme éternel, sur les dynamiques totalitaires
susceptibles d'apparaître dans nos démocraties de
marché :
"Tous
les textes scolaires nazis ou fascistes se fondaient
sur un lexique pauvre et une syntaxe élémentaire,
afin de limiter les instruments de raisonnement complexe
et critique. Cela dit, nous devons être prêts à identifier
d'autres formes de Newspeak (cf. George Orwell, 1984),
même lorsqu'elles prennent l'aspect innocent d'un
populaire talk-show."
Elle se
veut soft et câline pour acheter notre soumission,
mais la dictature marchande pointe son groin, dans
le tumulte de la société du spectacle. Face à Danone,
impossible d'accepter un compromis munichois pour
avoir la paix. Comme à Millau
ou a Seattle, marchons tous ensemble pour faire reconnaître
un autre modèle de civilisation.
>>
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