Bush et la planète : "fuck your ass in hell, I
won't light off my barbecue". Au moins, ça a le mérite
d'être clair. La communauté internationale sait a
quoi s'attendre. Le gros plouc facho n'éprouve même
plus le besoin de mentir sur ses intentions ou de
mener en bateau ses interlocuteurs en se faisant passer
pour un type ouvert, intelligent et solidaire.
Le
CIO et le gouvernement français : "Paris is a
nice city, but …". Le Comité International Olympique
n'a même pas cherché à faire subtil, ni discret. Il
a carrément laisser comprendre que le dopage est un
droit inaliénable du sportif, et que le CIO est le
garant de ce droit. Si la France veut les jeux, elle
devra prendre un peu d'EPO avec. Avec ce soutien,
nous souhaitons bon courage aux éducateurs pour enseigner
aux jeunes l'éthique sportive et le fair-play.
Chirac
et les juges : "j'ai rien à vous dire …". Il faut
vraiment que Chirac ait beaucoup à craindre d'une
confrontation avec le juge pour avouer à demi-mot
qu'il fera tout pour ne pas se présenter devant lui.
Ayant retenu le mot d'ordre des propagandistes ("plus
c'est gros, plus ça passe"), il en rajoute même, et
demande à Jospin de diligenter une enquête pour non
respect de la règle de séparation des pouvoirs !
Danone
et ses salariés : "désolé les gars …". La principale
difficulté à laquelle se heurte le capitalisme, en
tant que système, est de faire oublier que son unique
objectif est l'accumulation constante du profit, au
détriment de toute autre considération, humaine ou
écologique notamment. Avouer ce déterminisme fondamental
et toutes ses conséquences est impossible : les masques
tomberaient, les rues s'empliraient de manifestants
jusqu'au boutistes. Heureusement, quand tout va bien,
le système peut habiller sa démarche de vertus progressistes.
C'est ce que nous avons connu ces trois dernières
années, où la 'nouvelle économie' tenait lieu de mythe
fondateur pour une humanité régénérée, enfin libérée
de tous ses maux. Le problème, c'est quand ça va mal,
et que le profit ne s'accumule plus. Là, entreprises
et investisseurs doivent avouer du bout des lèvres
que bon, c'est pas tout ça, mais faudrait quand-même
voir à améliorer les marges, quitte à virer quelques
milliers d'ouvriers. Danone ne craint rien, il sait
que les consommateurs ne boycotteront pas ses produits
pour venger ses salariés. Isolés dans nos vies compartimentées,
atomisées, nous oublions qu'ils sont nos frères, nos
cousins, nos amis, nous-mêmes.
José
Bové, les juges et le Canada. A la condamnation
de José Bové pour le démontage du Mc Do de Millau
vient s'ajouter l'interdiction de territoire formulée
par les autorités canadiennes. Motif : trop dangereux,
élément perturbateur. Les juges français et le gouvernement
canadien affirment en fait que la défense à tous prix
de la propriété privée et des intérêts économiques
passent avant la prise en considération des problèmes
écologiques, alimentaires, politiques et sociaux.
C'est pas dit comme ça, mais c'est pareil.
On pourrait
continuer longtemps le petit jeu des exemples. Les
"profit warnings" formulés par les sociétés
informatiques constituent un aveu violent de leur
échec à gaver plus que de raison les internautes avec
leurs milles merveilles hi-tech. Dernière en date
à demander pardon aux investisseurs, la société Broadvision,
naguère chouchou de la net économie avec Vignette,
SAP ou Intershop, eux-même tout penauds. Broadvision
se targuait de proposer des systèmes ultra-perfectionnés
pour tracer de bout en bout le comportement des internautes
afin de mieux adapter l'offre à leur profil. Vu comme
ça, ça fait froid dans le dos, et c'est peut-être
pour cette raison que le marché, dans son infinie
sagesse, n'en a pas voulu : il n'a pas fallu beaucoup
de temps pour les gestionnaires de sites, leurs fournisseurs
et les actionnaires de tout ce petit monde pour se
rendre compte que vous et moi attendions autre chose
de l'Internet. Question confidentialité, le gouvernement
américain ne prend d'ailleurs pas beaucoup de gants,
puisqu'il vient d'expliquer à la Commission européenne,
en langage diplomatique codé, que les bonnes vieilles
règles établies par l'Europe pour protéger les droits
des individus, on pouvait se les carrer là où pense
W. Petit conseil d'hygiène électronique : évitez donc
de laisser des traces quand vous surfez sur les sites
américains …
En fait,
le seul qui a fait ce qu'il avait dit, et qui ne donne
pas l'impression de pointer son majeur à chaque fois
qu'il ouvre la bouche, c'est le président mexicain,
Vicente Fox. Il avait promis de renouer le dialogue
avec les Zappatistes, et d'étudier les revendications
des indiens, enfin considérés comme des interlocuteurs
légitimes. Il a tenu bon, et les représentants de
l'EZLN ont pu s'exprimer devant le Congrès. Le sous-commandant
Marcos a reconnu l'intégrité de son interlocuteur,
et chacun espère maintenant que les négociations aboutiront
à une paix durable et juste.
Si on
excepte cette bonne nouvelle, on peut résumer le sens
des messages glanés ici et là dans l'actualité en
disant que nous sommes des salariés précaires méprisés
par le monde politique et le pouvoir économique, pollués
comme des cormorans bretons, englués dans des embrouilles
pires les unes que les autres, dans un monde où les
prétendus décideurs laissent clairement entendre que
ça va pas s'arranger. Pessimistes, nous ? Ouais, un
peu. Heureusement, vous êtes de plus en plus nombreux
à nous lire et ça, ça met du baume au cœur.