édiTARD_63 / 05.04.01
Le temps du mépris
Il y a diverses manières de dire la vérité. On peut la dire franchement, sans honte et sans faux-semblants, la murmurer, la laisser échapper dans un soupir ou un lapsus, on peut encore la laisser transparaître à force de la nier. Depuis quelques jours, toutes ces méthodes sont illustrées par l'actualité, au mépris du citoyen de base, mass-médiaté, couillon de votant, toujours sondé mais peu écouté. Au jeu du menteur, nous avons dû faire face à de terribles aveux, qui ont au moins pour bénéfice de nous rappeler notre rang et la façon dont fonctionne le monde.


Bush et la planète
: "fuck your ass in hell, I won't light off my barbecue". Au moins, ça a le mérite d'être clair. La communauté internationale sait a quoi s'attendre. Le gros plouc facho n'éprouve même plus le besoin de mentir sur ses intentions ou de mener en bateau ses interlocuteurs en se faisant passer pour un type ouvert, intelligent et solidaire.

Le CIO et le gouvernement français : "Paris is a nice city, but …". Le Comité International Olympique n'a même pas cherché à faire subtil, ni discret. Il a carrément laisser comprendre que le dopage est un droit inaliénable du sportif, et que le CIO est le garant de ce droit. Si la France veut les jeux, elle devra prendre un peu d'EPO avec. Avec ce soutien, nous souhaitons bon courage aux éducateurs pour enseigner aux jeunes l'éthique sportive et le fair-play.

Chirac et les juges : "j'ai rien à vous dire …". Il faut vraiment que Chirac ait beaucoup à craindre d'une confrontation avec le juge pour avouer à demi-mot qu'il fera tout pour ne pas se présenter devant lui. Ayant retenu le mot d'ordre des propagandistes ("plus c'est gros, plus ça passe"), il en rajoute même, et demande à Jospin de diligenter une enquête pour non respect de la règle de séparation des pouvoirs !

Danone et ses salariés : "désolé les gars …". La principale difficulté à laquelle se heurte le capitalisme, en tant que système, est de faire oublier que son unique objectif est l'accumulation constante du profit, au détriment de toute autre considération, humaine ou écologique notamment. Avouer ce déterminisme fondamental et toutes ses conséquences est impossible : les masques tomberaient, les rues s'empliraient de manifestants jusqu'au boutistes. Heureusement, quand tout va bien, le système peut habiller sa démarche de vertus progressistes. C'est ce que nous avons connu ces trois dernières années, où la 'nouvelle économie' tenait lieu de mythe fondateur pour une humanité régénérée, enfin libérée de tous ses maux. Le problème, c'est quand ça va mal, et que le profit ne s'accumule plus. Là, entreprises et investisseurs doivent avouer du bout des lèvres que bon, c'est pas tout ça, mais faudrait quand-même voir à améliorer les marges, quitte à virer quelques milliers d'ouvriers. Danone ne craint rien, il sait que les consommateurs ne boycotteront pas ses produits pour venger ses salariés. Isolés dans nos vies compartimentées, atomisées, nous oublions qu'ils sont nos frères, nos cousins, nos amis, nous-mêmes.

José Bové, les juges et le Canada. A la condamnation de José Bové pour le démontage du Mc Do de Millau vient s'ajouter l'interdiction de territoire formulée par les autorités canadiennes. Motif : trop dangereux, élément perturbateur. Les juges français et le gouvernement canadien affirment en fait que la défense à tous prix de la propriété privée et des intérêts économiques passent avant la prise en considération des problèmes écologiques, alimentaires, politiques et sociaux. C'est pas dit comme ça, mais c'est pareil.

On pourrait continuer longtemps le petit jeu des exemples. Les "profit warnings" formulés par les sociétés informatiques constituent un aveu violent de leur échec à gaver plus que de raison les internautes avec leurs milles merveilles hi-tech. Dernière en date à demander pardon aux investisseurs, la société Broadvision, naguère chouchou de la net économie avec Vignette, SAP ou Intershop, eux-même tout penauds. Broadvision se targuait de proposer des systèmes ultra-perfectionnés pour tracer de bout en bout le comportement des internautes afin de mieux adapter l'offre à leur profil. Vu comme ça, ça fait froid dans le dos, et c'est peut-être pour cette raison que le marché, dans son infinie sagesse, n'en a pas voulu : il n'a pas fallu beaucoup de temps pour les gestionnaires de sites, leurs fournisseurs et les actionnaires de tout ce petit monde pour se rendre compte que vous et moi attendions autre chose de l'Internet. Question confidentialité, le gouvernement américain ne prend d'ailleurs pas beaucoup de gants, puisqu'il vient d'expliquer à la Commission européenne, en langage diplomatique codé, que les bonnes vieilles règles établies par l'Europe pour protéger les droits des individus, on pouvait se les carrer là où pense W. Petit conseil d'hygiène électronique : évitez donc de laisser des traces quand vous surfez sur les sites américains …

En fait, le seul qui a fait ce qu'il avait dit, et qui ne donne pas l'impression de pointer son majeur à chaque fois qu'il ouvre la bouche, c'est le président mexicain, Vicente Fox. Il avait promis de renouer le dialogue avec les Zappatistes, et d'étudier les revendications des indiens, enfin considérés comme des interlocuteurs légitimes. Il a tenu bon, et les représentants de l'EZLN ont pu s'exprimer devant le Congrès. Le sous-commandant Marcos a reconnu l'intégrité de son interlocuteur, et chacun espère maintenant que les négociations aboutiront à une paix durable et juste.

Si on excepte cette bonne nouvelle, on peut résumer le sens des messages glanés ici et là dans l'actualité en disant que nous sommes des salariés précaires méprisés par le monde politique et le pouvoir économique, pollués comme des cormorans bretons, englués dans des embrouilles pires les unes que les autres, dans un monde où les prétendus décideurs laissent clairement entendre que ça va pas s'arranger. Pessimistes, nous ? Ouais, un peu. Heureusement, vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et ça, ça met du baume au cœur.

L O G OUT

EZLN
¡YA BASTA!


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"fuck your ass in hell, I won't light off my barbecue"


 

 

Si la France veut les jeux, elle devra prendre un peu d'EPO avec.


 


"plus c'est gros, plus ça passe"


 

 

C'est pas dit comme ça, mais c'est pareil.


 

 

...faudrait quand-même voir à améliorer les marges, quitte à virer quelques milliers d'ouvriers.


 

Pessimistes, nous ? Ouais, un peu.

 

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