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édiTARD_61
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Vous
avachissez pas !
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Mis
sens dessus dessous dans son appartement monmartrois pulvérisé
par les bombes, le vieux Céline continuait d'exhorter
ses lecteurs : "Que vous fassiez l'amour aux dames ou
que vous postuliez l'infini, vous avachissez pas, jamais !"
(Céline, Normance). La formule est d'actualité,
alors que le web ressemble à un champ de bataille fumant
et que les rescapés s'interrogent sur la suite de l'histoire. |
Pour
ne pas mollir, on peut compter sur le webmestre du portail
des copains, Pierre Lazuly, toujours actif dans l'animation
des communautés alternatives du rezo.
L'idée, simple et brillante, consiste à fédérer les
multiples ressources offertes par les webzines francophones
afin de proposer aux internautes une vitrine vivante,
clean et ergonomique ouvrant sur tout plein de sites
sympas, méchants, inclassables, créatifs, combattifs.
Le portail des copains devient ainsi l'autre portail.
Il arrive après le portail des entreprises,
le portail des
chiens et des chats, celui des plantes
et jardins ou celui des secrétaires.
Il est garanti sans OGM ni capital-risque. Il ne finira
pas en bourse et on ne verra pas ses concepteurs aller
pleurnicher dans les médias sur les banquiers qui sont
méchants et qui n'ont pas compris la révolution internet
et qui leur ont coupé les vivres alors qu'ils avaient
encore plein d'idées super.
Alors que la sinistrose frappe le web marchand, le web
indépendant reprend donc du poil de la bête à la faveur
de cette initiative. Pour l'équipe de Fluctuat, c'est
un événement important, qui nous conforte dans notre
volonté de poursuivre l'aventure, juste pour voir, pour
continuer à servir nos lecteurs et expérimenter les
potentialités du réseau. Evidemment, le spleen nous
prend parfois, quand les factures s'accumulent ou quand
la technique résiste. Foncièrement optimistes et festifs,
nous nous rattrapons alors en pensant à tous les projets
qui ne demandent qu'à éclore dans le vaste cybermonde.
L'onirisme reste notre meilleure planche de salut. Comme
le disait Proust, "Si un peu de
rêve est dangereux, ce qui en guérit, ce n'est pas moins
de rêve, mais plus de rêve, mais tout le rêve. Il importe
qu'on connaisse entièrement ses rêves pour n'en plus
souffrir." (Proust, A l'ombre des jeunes filles
en fleurs).
Le rêve du web indépendant, c'est de penser qu'il est
possible d'attirer les internautes en proposant autre
chose que les cours de bourse ou un pictionnary électronique.
Des sites autonomes qui favorisent les rencontres et
les échanges sans chercher à les formater pour en tirer
un quelconque business model. Des sites intelligents,
au service de la création culturelle et de la réflexion
tous azimuts. Les collaborations mises en œuvre entre
webzines servent naturellement cet objectif, et permettent
de se rapprocher de l'objectif ambitieux et excitant
formulé il y a déjà plusieurs années par Pierre Levy,
lorsque celui-ci réfléchissait au moyen de faire face
au "déluge informationnel" provoqué par le développement
de l'Internet.
"Nous avons tous besoin, institutions,
communautés, groupes humains, individus, de construire
du sens, de nous aménager des zones de familiarité,
d'apprivoiser le chaos ambiant. Mais, d'une part, chacun
doit reconstruire des totalités partielles à sa manière,
suivant ses propres critères de pertinence. D'autre
part, ces zones de signification appropriées devront
forcément être mobiles, changeantes, en devenir. Si
bien qu'à l'image de la grande Arche nous devons substituer
celle d'une flottille de petites arches, barques ou
sampans, une myriade de petites totalités, différentes,
ouvertes et provisoires, sécrétées par filtrage actif,
perpétuellement remises sur le métier par les collectifs
intelligents qui se croisent, se hèlent, se heurtent
ou se mêlent sur les grandes eaux du Déluge informationnel.
Les métaphores centrales du rapport au savoir sont donc
aujourd'hui la navigation et le surf, qui impliquent
une capacité d'affronter les vagues, les remous, les
courants et les vents contraires sur une étendue plane,
sans frontières et toujours changeante. En revanche,
les vieilles métaphores de la pyramide (gravir la pyramide
du savoir) de l'échelle ou du cursus (déjà tout tracé)
fleurent bon les hiérarchies immobiles de jadis."
Pierre Levy, Cyberculture
Dans cette flotille de petites embarcations, l'équipage
de Fluctuat tient bon la barre, sans mollir, accompagné
par d'autres petites barques enthousiastes et intrépides.
Histoire de clarifier le programme, convoquons à présent
Jules Vallès, qui mettait ces mots dans la bouche de
Rouiller, le cordonnier proudhonien décidé à défendre
coûte que coûte la Commune et son utopie (in L'insurgé)
: "Et qu'importe ! On est en révolution,
on y reste … jusqu'à ce que ça change ! Il s'agit seulement
d'avoir le temps de montrer ce qu'on voulait, si on
ne peut pas faire ce qu'on veut !".
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Le portail des copains est garanti sans OGM ni capital-risque.
L'onirisme
reste notre meilleure planche de salut.
Des
sites
intelligents, au service de la
création culturelle et de la réflexion tous azimuts.
Fluctuat
tient bon la barre, sans mollir, accompagné par d'autres petites barques
enthousiastes et intrépides.
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