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Vous avachissez pas !
Jules Vallès
Mis sens dessus dessous dans son appartement monmartrois pulvérisé par les bombes, le vieux Céline continuait d'exhorter ses lecteurs : "Que vous fassiez l'amour aux dames ou que vous postuliez l'infini, vous avachissez pas, jamais !" (Céline, Normance). La formule est d'actualité, alors que le web ressemble à un champ de bataille fumant et que les rescapés s'interrogent sur la suite de l'histoire.

Pour ne pas mollir, on peut compter sur le webmestre du portail des copains, Pierre Lazuly, toujours actif dans l'animation des communautés alternatives du rezo. L'idée, simple et brillante, consiste à fédérer les multiples ressources offertes par les webzines francophones afin de proposer aux internautes une vitrine vivante, clean et ergonomique ouvrant sur tout plein de sites sympas, méchants, inclassables, créatifs, combattifs. Le portail des copains devient ainsi l'autre portail. Il arrive après le portail des entreprises, le portail des chiens et des chats, celui des plantes et jardins ou celui des secrétaires. Il est garanti sans OGM ni capital-risque. Il ne finira pas en bourse et on ne verra pas ses concepteurs aller pleurnicher dans les médias sur les banquiers qui sont méchants et qui n'ont pas compris la révolution internet et qui leur ont coupé les vivres alors qu'ils avaient encore plein d'idées super.

Alors que la sinistrose frappe le web marchand, le web indépendant reprend donc du poil de la bête à la faveur de cette initiative. Pour l'équipe de Fluctuat, c'est un événement important, qui nous conforte dans notre volonté de poursuivre l'aventure, juste pour voir, pour continuer à servir nos lecteurs et expérimenter les potentialités du réseau. Evidemment, le spleen nous prend parfois, quand les factures s'accumulent ou quand la technique résiste. Foncièrement optimistes et festifs, nous nous rattrapons alors en pensant à tous les projets qui ne demandent qu'à éclore dans le vaste cybermonde. L'onirisme reste notre meilleure planche de salut. Comme le disait Proust, "Si un peu de rêve est dangereux, ce qui en guérit, ce n'est pas moins de rêve, mais plus de rêve, mais tout le rêve. Il importe qu'on connaisse entièrement ses rêves pour n'en plus souffrir." (Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs).

Le rêve du web indépendant, c'est de penser qu'il est possible d'attirer les internautes en proposant autre chose que les cours de bourse ou un pictionnary électronique. Des sites autonomes qui favorisent les rencontres et les échanges sans chercher à les formater pour en tirer un quelconque business model. Des sites intelligents, au service de la création culturelle et de la réflexion tous azimuts. Les collaborations mises en œuvre entre webzines servent naturellement cet objectif, et permettent de se rapprocher de l'objectif ambitieux et excitant formulé il y a déjà plusieurs années par Pierre Levy, lorsque celui-ci réfléchissait au moyen de faire face au "déluge informationnel" provoqué par le développement de l'Internet.

"Nous avons tous besoin, institutions, communautés, groupes humains, individus, de construire du sens, de nous aménager des zones de familiarité, d'apprivoiser le chaos ambiant. Mais, d'une part, chacun doit reconstruire des totalités partielles à sa manière, suivant ses propres critères de pertinence. D'autre part, ces zones de signification appropriées devront forcément être mobiles, changeantes, en devenir. Si bien qu'à l'image de la grande Arche nous devons substituer celle d'une flottille de petites arches, barques ou sampans, une myriade de petites totalités, différentes, ouvertes et provisoires, sécrétées par filtrage actif, perpétuellement remises sur le métier par les collectifs intelligents qui se croisent, se hèlent, se heurtent ou se mêlent sur les grandes eaux du Déluge informationnel.
Les métaphores centrales du rapport au savoir sont donc aujourd'hui la navigation et le surf, qui impliquent une capacité d'affronter les vagues, les remous, les courants et les vents contraires sur une étendue plane, sans frontières et toujours changeante. En revanche, les vieilles métaphores de la pyramide (gravir la pyramide du savoir) de l'échelle ou du cursus (déjà tout tracé) fleurent bon les hiérarchies immobiles de jadis.
" Pierre Levy, Cyberculture

Dans cette flotille de petites embarcations, l'équipage de Fluctuat tient bon la barre, sans mollir, accompagné par d'autres petites barques enthousiastes et intrépides. Histoire de clarifier le programme, convoquons à présent Jules Vallès, qui mettait ces mots dans la bouche de Rouiller, le cordonnier proudhonien décidé à défendre coûte que coûte la Commune et son utopie (in L'insurgé) : "Et qu'importe ! On est en révolution, on y reste … jusqu'à ce que ça change ! Il s'agit seulement d'avoir le temps de montrer ce qu'on voulait, si on ne peut pas faire ce qu'on veut !".

L O G OUT

Rezo.net

L'acte de
naissance de
l'autre portail


La Commune

Proust

Le Dictionnaire
Céline

pour passer quelque temps avec l'auteur du Voyage

Jules Valles

Pierre Levy
son ouvrage
Cyberculture

Tous les éditards

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Le portail des copains est garanti sans OGM ni capital-risque.

 

 

L'onirisme reste notre meilleure planche de salut.

 

 

Des sites intelligents, au service de la création culturelle et de la réflexion tous azimuts.

 

 

Fluctuat tient bon la barre, sans mollir, accompagné par d'autres petites barques enthousiastes et intrépides.

 

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