édiTARD
56.O
...

C’est ça ou on se prostitue !
Ou comment la pub est apparue sur Flu

Nous dînions hier soir dans un excellent restaurant du XVIème arrondissement de Paris, le Relais d’Auteuil, côté deux étoiles au guide Michelin. N’allez pas croire que nous sommes coutumiers de ce genre d’agapes. Nous étions en fait invités par un de nos amis également côté, à la Bourse de Paris pour ce qui le concerne. Tandis que nous devisions sur l’évolution du Web, Monsieur Pignol, le maître-queux des lieux (ça ne s’invente pas), vint nous saluer en nous offrant une coupe de champagne. Commentant les transformations de la Nuit parisienne, il eut cette phrase extraordinaire : «C’est là qu’on voit l’évolution de l’économie : y’a quinze ans, les gens sortaient tout le temps, ils payaient avec des liasses de billets - pas des chèques, pas des cartes bancaires - et ils s’amusaient, ils en profitaient !». Lorsque notre ami régla l’addition en insérant son bout de plastique dans le lecteur, la sentence pris toute sa profondeur. Effectivement, l’argent électronique, c’est quand même moins chic que des gros talbins, moins glamour qu’un gros Pascal glissé négligemment dans la main d’un groom.

Nous gagnons en ironie ce que nous perdons en poésie : alors que le monde n’a jamais été aussi riche et le capital aussi sanctifié, l’argent est de moins en moins visible, dématérialisé, placé sur des marchés dérivés et réduits à de purs flux électroniques.

Tout ça pour dire quoi ? Après avoir mûrement réfléchi au problème, nous sommes arrivés à la conclusion que, pour survivre, Fluctuat était désormais obligé de faire appel à des annonceurs. Qu'on parle d’oseille, de thune, de pèze ou de pognon, la réalité est imparable, pour qui veut bouffer après avoir expérimenté les schémas «non-marchands». Naturellement, nous avons d’abord cherché à nous en sortir par d’autres voies. Aucune ne s’est avérée viable. Jugez vous-mêmes : 

- Braquer une petite vieille par semaine pour payer les salaires, le loyer, l’électricité et les faux frais. Si c’est pour souffrir un drame existentiel comme ce pauvre Raskolnikov, non merci.

- Monter une escroquerie à la start-up, en allant chercher des gogos capables d’injecter quelques millions dans un projet inventé pour l’occasion (ex : une marketplace CtoBtoC pour la revente des billets de théâtre non utilisés). Cette solution est devenue trop dangereuse depuis que les investisseurs grugés ont décidé de poursuivre en justice les friconautes qui leur ont fait perdre leurs sous (voir l’affaire Europ@web/Fabrice Grinda).

- Mettre sur le trottoir quelques graphistes transformés en gagneuses entre deux publications. Problème : la rue Cavallotti, où siège Fluctuat, est trop étroite pour qu’on puisse y garer une camionnette à putes.

- Convaincre le Ministère de la Culture de subventionner une bande de jeunes créatifs qui défendent la culture, la francophonie et le bon goût. Euh …

Arrivés à ce stade de notre réflexion, nous n’espérons finalement qu’une chose : que nos lecteurs comprennent cette évolution, et nous juge sur pièces. Notre magazine s’étoffe mais conserve son style inimitable. Promis, les bannières de pub seront clean & funky.

I'm a poor lonesome webmaster, and I'm a long long way from Place de Clichy