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53ème festival de Cannes et toujours autant de paillettes et
d'esbroufes, de riches pingouins qui côtoient avec distinction la zone ambiante alors que les autochtones
crachent sans vergogne sur la manifestation la plus identifiée à leur région... Mais quy fait-on et que voit-on ? Si certains envoyés spéciaux se trémoussent sur la
plage tandis que les diffuseurs sont à l'affût du film qui fera péter l'audimat, que les producteurs hollywoodiens font des tours de table pour se partager les films
porteurs qu'on ne verra jamais sur la Croisette, que les jeunes comédiens se démènent pour se faire remarquer, que les groupies cherchent désespérément des stars
derrière leurs lunettes aux vitres fumées, que les fêtards cherchent les open-bars, les cinéphiles pratiquent leur sport favori, à raison de trois à six films par jour.
Cannes, c'est cinq festivals presque distincts entre la Sélection officielle et
le quasi-alternatif la Semaine de la critique, et il serait bien dommage de ne retenir que le
très attendu et le peut-être décevant Dancer in the
Dark. Réunion de la chanteuse de rock et du cinéaste les plus branchés du moment pour un come-back
moderniste de l a comédie musicale, on comprend que Catherine Deneuve ait elle même souhaité interpréter à tout prix un rôle écrit pour une ouvrière noire. Sa
beauté fanée nous ramène à la triste réalité de la perte de la substance même de la comédie musicale au panthéon du cinématographe. On sort toujours en joie d'un
film de Demy ou avec Fred Astair, mais en pleurant de "Dancer in the
Dark". Le fait est que la fin est bouleversante et que Lars Von Trier a su remuer les
cocotiers du cinéma dont les cent ans n'ont cessé de proclamer le Chant du Cygne.
Peut-être l'arbre cache-t-il la forêt, à l'instar de cet autre film musical, programmé le même jour, qui n'avait pas encore de distributeur à Cannes et qu'on ne verra donc
peut-être pas sur nos écrans. Im Kwon Taek, maître du cinéma coréen transportait le public en portant à l'écran un grand classique de la littérature, du conte
populaire et de l'opéra traditionnel coréen (le Pansori), "Chunhyang", histoire d'amour fou du nom de la belle amante. Le cinéaste réussit le tour de magie de réaliser à
la fois un documentaire sur le Pansori qui décuple l'émotion du spectateur et de transmettre la grâce et la légèreté de la culture coréenne. Le chant du Pansori,
proche de la transe, opère un va et vient entre la scène théâtrale et son public, qui participe et encourage le chanteur, et la somptueuse mise en image de la Corée
ancienne.
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