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édiTARD 46.0 : Ras le bol !
Qui n'a jamais eu envie de pendre un publicitaire ?
Comble de l'ironie, c'est au moment où nous entamons une large campagne de promotion sur le web que nous posons cette imposante question. Notre bandeau flambant neuf flottait à peine sur le site de notre éminente consoeur zazieweb, que les foudres de Bol se sont abattues sur notre fragile esquif. Reprenons l'histoire : bien déterminés au regard des statistiques de connection à attirer des annonceurs sur fluctuat (pour que le site existe encore), nous commencions nous-mêmes à concocter un plan d'attaque marketing à grande échelle et nous fendions d'un bandeau à la hauteur de notre proverbiale créativité, visible sur cette page. Nous reçûmes très vite un message d'une directrice de quelque chose qui travaillait visiblement à Bol et trouvait à redire sur nos sources d'inspiration. Ce à quoi nous répondions naïvement mais doctement que le terme "feignasse", seul élément commun entre notre annonce et la leur, ne pouvait être réservé par quiconque, et qu'il était qui plus est employé dans un sens inverse de celui compris sur leur propre publicité.

Mais foin des querelles sémantiques, nos linguistes s'étant même appliqués à découvrir que ce terme n'était pas déposé dans le Petit Robert. Au-delà de notre innocente et légitime espièglerie se profile un débat plus crucial, s'entrechoquent deux visions irréductiblement antagonistes : celle d'un monde de citoyens-clients face à une communauté de citoyens tout courts. Le combat pour un réseau participatif, spontané et solidaire s'accommode mal des projets mastodontesques planifiés pour engraisser une poignée de stocks-optionés* de prestige (*personnes qui possèdent des actions virtuelles et tentent de les transformer en imposant une marque).

L'arrogante ambition commerciale des mammouths de la distribution en ligne ne connaît qu'un seul langage, celui de la publicité. Elle doit s'afficher, se diffuser, s'imprégner, couvrir nos mûrs, interrompre les films, s'immiscer dans nos conversations... Si comme le pensait Barthes le langage est fasciste en ce qu'il oblige à dire plus qu'il n'interdit, il est bien temps de faire de la résistance. Que diront-ils ? que leur liberté d'expression est entravée ? que même Charlie Hebdo fait de la publicité dans Libé ? que les rappeurs cartonnent le métro à coup de stickers ? que flyers, tracts, logos et graffitis sont attentatoires à leur liberté fondamentale... Or, c'est justement sur une question de mesure qu'il convient d'être vigilant. Ce n'est pas la réclame, dans ses pratiques les plus diverses, qu'il faut condamner. C'est le mensonge, c'est l'abêtissement, c'est le révisionnisme obscène qui nous est imposé à chaque coin de rue. Vous n'avez certainement pas échappé à la dernière campagne de Liberty Surf, à cette infâme prostitution des mots, à cette utilisation éhontée de l'image de personnages qui ne pourront plus rien leur répondre, aux quincaillers de la niou économie. Gandhi : "Tout le monde a accès à la finance, à la bourse, au commerce... serions-nous entrés dans l'ère du partage ?" Qui va leur faire un procès, à ces pompiers de la com' ? Ou bien vont-ils eux nous attaquer pour cet éditard quelque peu fiéleux ? Jusqu'où travestiront-ils l'idée de liberté, la fardant des attraits consuméristes dont ils doivent nous convaincre ?

Déjà le forfait téléphonique gratuit et les conversations hâchées par des messages publicitaires. Bientôt les lentilles nike en série, les tatouages payés par des fournisseurs d'accès, le retour des hommes-sandwichs... Et toujours l'argument de choix : nul n'est tenu de répondre à ces tentations modernes. Nous ne sommes pas obligés de payer si nous monneyons notre propre personne comme support ou comme récepteur publicitaire. Logiquement, nous devrions échapper aux poinçonneuses mécaniques dans le métro, poinçonnés que nous sommes par les affiches bigarrées qui ornent les couloirs de ce lieu public. Mais les flics veillent en civil, qu'importe la méthode pourvu que l'ordre règne. C'est une autre histoire... Revenons-en plutôt au mag : cette semaine, outre une interview du conteur de l'Estaque, Robert Guédiguian (elle arrive...), nous scannons l'Enfer du Dimanche, nous vous faisons aimer la Créature de Belletto, nous goûtons pour vous la dernière livraison de Warp, nous vous offrons primavera 2000, une nouvelle playlist mp3, nous sommes très heureux de vous parler des Humanoïdes associés et du Noé de Stéphane Levallois, et nous rengainons notre Magnum devant une actualité culturelle aussi riche. Au fait, vous savez si Robert Hossein va le monter, ce Ben Hur au Stade de France ?

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