édiTARD 45.0

Vous avez le droit d’être autre chose …

Ce qu’il y a d’extraordinaire avec la culture, c’est qu’elle est éminemment politique. Nous n’allons pas vous ennuyer avec ça trop longtemps, car la question fâche les oreilles les plus aguerries et nous avions la semaine dernière déjà abordé la chose. Mais là est une subtilité, une finesse, une force qui nous fascine irrésistiblement. Tout est politique, entend-on répéter à qui veut l’entendre, et nous sommes bien d’accord. La formule est lâchée, et nous sommes pour autant bien avancés.


On se souvient parfaitement du (re)lancement en fanfare de Don Quichotte, passé sous l’égide du Monde avec l’ambition d’accéder à une diffusion nationale : affichage dans le métro, " Lisez dangereusement "; et peu importe la campagne de lancement un peu creuse, exclusivement sensationnelle, et franchement marketing : nous ne voulons pas polémiquer. L’idée était certainement que nous vivons dans un monde où seule la communication permet de se faire entendre : Don Quichotte se mettait donc à communiquer, nous l’imaginons, contraint et forcé. Si tel était le moyen de multiplier par …dix, cent, voir mille, le lectorat du Don Quichotte première mouture… Allez, go ! Si tel était le moyen pour l’équipe qui avait lancé le fanzine de continuer ce pour quoi elle s’était si bien battue. Don Quichotte était une trop belle histoire pour s’arrêter faute de moyens. Mais quand l’édito du premier numéro, qui nous rappelle tout de même que tout est politique, est très consciemment court-circuité par une pub de BOL, pour le moins " politique " (de " politique commerciale "), on devine que la schizophrénie aura encore, ce troisième millénaire, de très beaux jours devant elle. C’est même dans l’allégresse que nous vous annonçons, réjouis, que la grande fête ne fait que débuter. Vive le Pragmatisme ! Soutien donc inconditionnel et illimité, avec nos amis des Médias libres, à Don Quichotte et à Bol.

Car, pour revenir à notre sujet, ce qui est justement formidable avec la culture, non pas simplement la culture de la rue, la culture bourgeoise, la culture indépendante (nous avons tous nos origines, nos chapelles, nos préférences et tout cela ressort du strictement privé) ce qu’il y a de formidable, c’est que son statut foncièrement, essentiellement politique tient en ceci de simple: la culture est par nature irréductible au commerce ; foncièrement, farouchement humaine, la culture est justement ce qui est irréductible à l’espace marchand et par essence ce qui ne peut se vendre : une ascendance, une expérience, des relations humaines, un vécu, des connaissances, une perception du temps et de l’espace, une présence au monde, la capacité de sentir et comprendre des milliards et milliards de choses futiles ou essentielles, perçues une fraction de seconde ou transmises depuis des lustres et des lustres, amen. : c’est simple, mais la culture rend curieux, sagace, sensible, même quelques fois vicieux ; elle aiguise purement et simplement l’esprit critique.

Sur la peine de mort, sur le sens du travail, sur la vie en collectivité, mais aussi, sur la relation à l’autre, sur l’extrême diversité des penchants et des motivations humaines, la littérature-le cinéma-le théâtre-la photographie délivrent des points de vue en tout point imprenables, comme il en est des panoramas mais également des places fortes : la culture aiguise les sens et l’entendement. et avec une telle prodigalité, une telle intensité qu’elle déjoue à elle seule l’espace marchand. Elle résorbe de façon irréversible la pauvreté et la bêtise qu’il instaure comme dogme.

C’est ainsi que nous n’avons, finalement, rien, mais alors rien contre les marchands de livres sur le net, Bol en tête, bien qu’on sache pertinemment qu’ils ne sont que des marchands. A chacun son métier.