On se souvient parfaitement du (re)lancement en fanfare de Don Quichotte, passé sous
légide du Monde avec lambition daccéder à une diffusion
nationale : affichage dans le métro, " Lisez dangereusement ";
et peu importe la campagne de lancement un peu creuse, exclusivement sensationnelle, et
franchement marketing : nous ne voulons pas polémiquer. Lidée était
certainement que nous vivons dans un monde où seule la communication permet de se faire
entendre : Don Quichotte se mettait donc à communiquer, nous limaginons,
contraint et forcé. Si tel était le moyen de multiplier par
dix, cent, voir mille,
le lectorat du Don Quichotte première mouture
Allez, go ! Si tel était le
moyen pour léquipe qui avait lancé le fanzine de continuer ce pour quoi elle
sétait si bien battue. Don Quichotte était une trop belle histoire pour
sarrêter faute de moyens. Mais quand lédito du premier numéro, qui nous
rappelle tout de même que tout est politique, est très consciemment court-circuité par
une pub de BOL, pour le moins
" politique " (de " politique commerciale "), on
devine que la schizophrénie aura encore, ce troisième millénaire, de très beaux jours
devant elle. Cest même dans lallégresse que nous vous annonçons, réjouis,
que la grande fête ne fait que débuter. Vive le Pragmatisme ! Soutien donc
inconditionnel et illimité, avec nos amis des Médias libres, à Don Quichotte et à Bol.
Car, pour revenir à notre sujet, ce qui est
justement formidable avec la culture, non pas simplement la culture de la rue, la culture
bourgeoise, la culture indépendante (nous avons tous nos origines, nos chapelles,
nos préférences et tout cela ressort du strictement privé) ce quil y a de
formidable, cest que son statut foncièrement, essentiellement politique tient en
ceci de simple: la culture est par nature irréductible au commerce ; foncièrement,
farouchement humaine, la culture est justement ce qui est irréductible à lespace
marchand et par essence ce qui ne peut se vendre : une ascendance, une expérience,
des relations humaines, un vécu, des connaissances, une perception du temps et de
lespace, une présence au monde, la capacité de sentir et comprendre des milliards
et milliards de choses futiles ou essentielles, perçues une fraction de seconde ou
transmises depuis des lustres et des lustres, amen. : cest simple, mais la culture
rend curieux, sagace, sensible, même quelques fois vicieux ; elle aiguise
purement et simplement lesprit critique.
Sur la peine de mort, sur le sens du travail, sur la
vie en collectivité, mais aussi, sur la relation à lautre, sur lextrême
diversité des penchants et des motivations humaines, la littérature-le cinéma-le
théâtre-la photographie délivrent des points de vue en tout point imprenables, comme il
en est des panoramas mais également des places fortes : la culture aiguise les sens
et lentendement. et avec une telle prodigalité, une telle intensité quelle
déjoue à elle seule lespace marchand. Elle résorbe de façon irréversible la
pauvreté et la bêtise quil instaure comme dogme.
Cest ainsi que nous navons, finalement,
rien, mais alors rien contre les marchands de livres sur le net, Bol en tête, bien
quon sache pertinemment quils ne sont que des marchands. A chacun son métier.