édiTARD 44.0 : culture.mouv

Qu’est-ce que la culture ? On se surprend parfois à trouver qu’il s’agit de cette chose éblouissante, toujours passionnante certes, mais tellement fastueuse, si souvent clinquante ! L’on s'emmerde donc d’un théâtre l’autre, de projections en vernissages et de vernissages en expositions. Toujours les mêmes gens, toujours les mêmes airs, toujours les mêmes poses ! Et le vernis de culture qui s’écaille dès qu’on gratte un peu ! Strass et paillettes que tout cela ! A poursuivre de ses assiduités la bête de représentation et de parure sociale qu’elle est, ne nous reste parfois que la carcasse décharnée et vaine. Car la culture, il faut bien le reconnaître, est aussi l’endroit d’une extrême prétention, chacun enserré comme un diamant sur un indéboulonnable écrin d’orgueil, et le lieu qui par excellence cultive l’exclusion.


On parle ainsi pêle-mêle de culture bourgeoise, de culture urbaine, de culture underground, de culture politique, de culture humaniste, et même de culture de masse, de culture physique et de culture d’entreprise ; il est même jusqu'à un Ministère de la culture (dont la ministre ces jours-ci, me signale mon voisin un rien moqueur, a été capable, juste avant de nous quitter hier, de confondre Godard et Vadim, la conne) chargé de promouvoir la création sous toutes ses formes et d’encourager les initiatives visant à les faire connaître, auquel nous faisons quand même un (petit) appel du pied ici. Savez-vous que le Ministère de la culture vient d'ouvrir les fonds du CNC à la création multimédia en donnant la priorité absolue !!! à l'Internet culturel ?

Et pourtant, la culture est aussi cet animal artistique et humain qui fait s’affirmer les subjectivités, se façonner les intelligences et les sensibilités, se rencontrer et s’élaborer les individualités. Qu’il est saisissant de regarder se démener les cinéastes, les metteurs en scène et les comédiens, les écrivains, les peintres, les photographes, les graphistes, dans le web et ailleurs, bref, les artistes et les créateurs ; de regarder de l’autre côté les spectateurs, lecteurs, auditeurs, visiteurs, par centaines et centaines de milliers courir les salles, lire la presse, s’informer et voir, voir encore, aller en librairie et lire, lire, lire… Quel spectacle, quelle effervescence, quelle féerie ! Toute foisonnante qu’elle soit, la culture est donc ce creuset de l’expérience intime, le lieu finalement où histoire personnelle et collective se mêlent, le lieu où s’échangent et se construisent en permanence émotion, intelligence et perception.

Arrêtons-nous là. L’actualité presse. Cette semaine, le propos de l'éditard était de se recentrer sur les forces vives de Fluctuat, sur la matière même qui habite ses rubriques ; une curiosité à toute épreuve, une inénarrable foi dans la création, une assurance sans faille quant à la pertinence de cette idée simple : le web est le lieu rêvé, un lieu sous-exploité cependant, pour découvrir, expérimenter, soutenir, promouvoir la culture, toutes les formes de cultures. Car il ne faut pas s'y tromper : Non seulement les très pompeux "arts" ne sont pas que faux-semblants, mais ils - littérature, théâtre, cinéma, arts plastiques - sont les garants de nos identités présentes et futures, et cela particulièrement dans l'environnement consumériste actuel. Cependeant, malgré notre bonne vieille habitude, et pour éviter de nous faire cataloguer dans la tranche des gauchos qui conspuent la culture de masse, nous devons dire que nous n'avons même pas boycotté Taxi 2, qui n'est pas chroniqué cette semaine : nous n'avons tout simplement pas pu voir le film, Besson ayant comme de coutume restreint l'accès aux projections du film à un très petit nombre de privilégiés. A l'affiche, allez donc plutôt voir et revoir le très bel Arrangement de Kazan ou mieux, décidez-vous à aller enfin au théâtre : la rubrique scènes - Peyret, Boulgakov, Camus- est faite pour ça. Mais vous faites avant tout comme vous l'entendez. Au programme encore, une interview de Venus, qui fait suite à leur concert parisien de la semaine dernière et, dans la rubrique Plumes, une nouvelle inédite du grand Artur Milhan. Enfin, n'oubliez pas que Fluctuat tourne 24h sur 24h et que des actus ont lieu quelques fois quand on s'y attend le moins.