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édiTARD 40.0
Chronique
d'une nuit annoncée (? !)
Vous êtes quelques uns à nous
engueuler, par mail, par téléphone ou de vive voix, pour dénoncer lincurie de
léquipe chargée de tenir à jour lagenda des fêtes et bons plans. Certains
nous accusent même davoir fait échouer des plans drague machiavéliques. On
encaisse, on baisse les yeux, on se mord les lèvres, on se flagelle en bons webmestres
bénédictins, puis on se ravise. Quels bons plans ? Où peut-on faire la fête dans
ce trou à rats ? Comme le montrent les résultats dun sondage représentatif
réalisé auprès de notre entourage, il apparaît quil devient de plus en plus
difficile de samuser en soirée la semaine comme le week-end. Je ne parle
même pas des trips oniriques savourés au début des années 90, quand nous émergions de
raves délirantes en contemplant la lande irlandaise, où les travellers avaient installé
leur sono, entre la mer et les dunes. Je ne parle pas non plus de ce cocktail sur la rive
gauche où une blonde fatale sadressa à moi en me demandant :
" comment faites-vous pour être aussi beau ? ". Non, je parle
des soirées de base, où chacun se rend avec un minimum dentrain, convaincu que
rencontrer quelques potes + quelques têtes nouvelles dans une ambiance sympa justifie
notre appartenance au règne mammifère. Vous me direz peut-être que je suis
particulièrement poissard, lacrymal ou has-been. Que vous avez des supers plans toutes
les semaines. Surbooké, vous narrivez même plus à respecter tous vos engagements
mondains. Ok, passez-moi vos adresses, vos infolines, vos agendas et vos carnets
dadresse. On peut peut-être sentendre. Si comme nous, vous avez plutôt
limpression quon se fait de plus en plus chier à la ville comme à la
campagne, réagissez en nous adressant vos idées, ou en votant pour un des plans
suivants.
- Un plateau télé entre couch potatoes ?
- Une nuit de chat effréné avec des
mythomanes ?
- Un cocktail super reuch dans un bar latino à la mode, entre
un serveur arrogant et une pétasse gloussante ?
- Une free-party introuvable à la campagne ?
- Un meeting électoral en compagnies de socialos
invertis ?
- Un combat de pitt-bulls dans le 93 ?
- Un squat façon vieux étudiants dans un studio du XVIII°
arrondissement ?
- Un pot de lancement dans les locaux dune start-up
prépubère ?
Nous omettons en toute mauvaise foi
de parler des quelques événements notables qui évitent aux noctambules de
sombrer dans une profonde dépression. Ils deviennent si rares quon a presque peur
de les partager. Une rave sauvage à Maui avec le Dubtribe Sound
System (passée), un concert de Zenzile à
lElysees-Montmartre (à venir), un blind-date avec la lauréate du concours Elite
(à organiser). Bien sûr, il y a aussi le théâtre, le ciné, les expos et le reste.
Doù vient, alors, cette insatisfaction, ce sentiment dêtre tombé dans un
piège kitsch ? Face aux soirées bidons et aux plans foireux qui hantent nos nuits,
lalternative est tragique : se morfondre tout seul ou faire semblant de
séclater au milieu des nouveaux beaufs, que la bonne humeur ambiante a transformé
en hyperactifs chiantissimes. Fondamentalement, le problème qui se pose est le
suivant : peut-on sérieusement faire la fête dans un pays ayant définitivement
sombré dans la croissance économique ? |