La croissance est là, et bien là ! Le chômage baisse, la bourse senvole, le
PIB se gonfle, lEtat se gave dimpôts à ne plus savoir quen faire,
loptimisme règne. Envolés le malaise des banlieues, le suicide des jeunes, les
cris de détresse relayés par les députés de tous bords. Il fait beau sur
léconomie, et la société rayonne. Ya bien quelques grèves ici ou là,
quelques plans sociaux aussi, mais plus personne ne sen inquiète : ces
mini-crises sont mises sur le compte de ladaptation aux règles de la nouvelle
économie, synonyme de modernité, de création de richesses virtuelles et de bonheur sans
fin. Dans cette période dautosatisfaction béate, parler du drame des
délocalisations (affaire Moulinex) ou de larchaïsme du secteur public (grèves des
transports, des hôpitaux, de lassurance maladie, etc.) semble étrangement
anachronique. On se croirait revenu plusieurs années en arrière, quand Balladur
exhortait les Français à consommer (" moi jveux bien consommer, lui
avait répondu une étudiante sur le plateau de Michel Field, mais donnez-moi les thunes
pour ça ! ") ou que Juppé expliquait à des Français bornés que Thomson
valait 1 franc symbolique.
Pour les enfants de la crise, le choc est
rude ! On sétait préparé à la galère, aux petits boulots, à la détresse
périurbaine, aux amours tristes et au rock dépressif. Au lieu de ça, nous devons
apprendre à vivre dans la prospérité retrouvée, leffervescence, le clinquant et
les partouzes multimédias, organisées depuis les Spraydates sur un air de House
déjanté. Pas facile de sadapter. Dans un Paris livré aux nouveaux beaufs parés
de gadgets communicants, nous voilà tenus dinventer une vie dans ce monde
insouciant et vulgaire à la fois, entre bars à la mode, poncifs futuristes et vacuité
esthétique. Vivement la prochaine récession.
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