édiTARD 37.0

La nouvelle économie, c'est bien...
[encore faut-il inventer la récession qui va avec !]

mercredi 2 février 2000

 

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revue de presse
interface millénariste


La croissance est là, et bien là ! Le chômage baisse, la bourse s’envole, le PIB se gonfle, l’Etat se gave d’impôts à ne plus savoir qu’en faire, l’optimisme règne. Envolés le malaise des banlieues, le suicide des jeunes, les cris de détresse relayés par les députés de tous bords. Il fait beau sur l’économie, et la société rayonne. Y’a bien quelques grèves ici ou là, quelques plans sociaux aussi, mais plus personne ne s’en inquiète : ces mini-crises sont mises sur le compte de l’adaptation aux règles de la nouvelle économie, synonyme de modernité, de création de richesses virtuelles et de bonheur sans fin. Dans cette période d’autosatisfaction béate, parler du drame des délocalisations (affaire Moulinex) ou de l’archaïsme du secteur public (grèves des transports, des hôpitaux, de l’assurance maladie, etc.) semble étrangement anachronique. On se croirait revenu plusieurs années en arrière, quand Balladur exhortait les Français à consommer (" moi j’veux bien consommer, lui avait répondu une étudiante sur le plateau de Michel Field, mais donnez-moi les thunes pour ça ! ") ou que Juppé expliquait à des Français bornés que Thomson valait 1 franc symbolique.

Pour les enfants de la crise, le choc est rude ! On s’était préparé à la galère, aux petits boulots, à la détresse périurbaine, aux amours tristes et au rock dépressif. Au lieu de ça, nous devons apprendre à vivre dans la prospérité retrouvée, l’effervescence, le clinquant et les partouzes multimédias, organisées depuis les Spraydates sur un air de House déjanté. Pas facile de s’adapter. Dans un Paris livré aux nouveaux beaufs parés de gadgets communicants, nous voilà tenus d’inventer une vie dans ce monde insouciant et vulgaire à la fois, entre bars à la mode, poncifs futuristes et vacuité esthétique. Vivement la prochaine récession.