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revue de presse

 

édiTARD 32.o...

Roquefort et société pour temps de liesse

 

" Parvenus au seuil de l’an 2000, date mythique longtemps synonyme de futur et qui sera désormais notre présent, comment ne pas s’interroger sur l’état actuel du monde ? ".

Laissant le soin à Ignacio Ramonet au meilleur de sa forme, tel le nostradamus réellement visionnaire d’une nuit cauchemardesque de Messier, de répondre à la question, Fluctuat ne peut s’empêcher de surfer sur l’actualité de la semaine avec une excitation et une curiosité exacerbée, tant elle apparaît offrir en modèle réduit le spectacle édifiant du monde, le spectacle d’une fin de siècle tout à feu et à sang.

Il est en effet de ces semaines où, sous le coup de la pression universelle, l’actualité quotidienne s’embrase et incarne d’une étrange façon l’époque : cette semaine par exemple, nous étions ce tournant de millénaire, tout notre devenir à moyen et long terme semblait s’y réfléchir comme dans un miroir grossissant. Questions donc : Se pourrait-il demain que la grenouille de l’exception culturelle se fasse plus grosse que le bovin américain ? Et accessoirement, que pouvait penser José Bové de la production cinématographique nationale ?

Mais reprenons plutôt.

Les négociations de Seattle se sont donc soldées vendredi par un échec, certes provisoire, mais qui peut laisser augurer de jolis combats à venir. Il ne s’agit jamais que d’un incident dérisoire dans la marche forcée au libéralisme, mais les manifestations avaient tout de même cette force de faire émerger et entendre, à une échelle planétaire, les tenants de l’alternative, syndicalistes, portes-parole d’ONG, membres d’ATTAC , écologistes, représentants des organisations sociales. Le Monde, mardi, stipulait clairement en une " Les citoyens du monde s’invitent à l’OMC ". Pour une énième première fois donc, l’espace public s’ouvrait à ces voix au delà des tribunes qui leur sont habituellement imparties, et le XXe siècle se rappelait alors en de courts soubresauts de fierté aux espoirs de décembre 95 en France, aux échos soulevés par les grèves gagnées ça et là, aux Etats-Unis, en Corée…

Effet du prisme médiatique oblige, il semble bien également que notre fin de siècle (faute de nous mesurer à l’échelle d’un millénaire) se résumait également cette semaine à la personne de José Bové, interviewé de tous les écrans du monde et figure de prou goguenarde de la résistance face à l’impérialisme. Quarante cinq interviews par jour ! Nous savions tout, au jour le jour, des ses cadeaux et de ses imports. A coups de fromage de roquefort, il assénait ses quatre vérités à une assemblée télévisée fascinée : péril agricole, mal bouffe, protectionnisme déguisé des Américains… Et dans un anglais parfait ! Il n’était plus l’Astérix bonhomme qu’on croyait, mais bel et bien le porte-parole d’une exception française, à qui l’on souhaite, en guise de vœux pour la prochaine année puissance1000, de faire des émules partout dans le monde.

En la matière, Canal +, toujours à la pointe du vent, baissait le store de ses programmes beaucoup plus tard vendredi que le couvre-feu habituel ne l’y autorise, pour prendre haut et fort la défense des cinéastes français. Comme un heureux hasard ne vient jamais seul, la direction des programmes qui décidait d’émettre en clair jusqu’à vingt et une heure trente ne se contentait pas de prendre position dans les débats sur L’OMC, mais devait très certainement trouver de bon ton de s’immiscer discrètement dans la querelle des cinéastes et des critiques. Sous couvert de cet impressionnant florilège de cinéastes indépendants français qui expliquaient les pourquoi et les comment de l’exception culturelle, la chaîne du cinéma n’incarnait-elle pas une nouvelle fois Le cinéma français, sans polémique, sans discussion possible ? Les cinéastes français indépendants, nous les aimons ! Ah, ce que nous les aimons nos petits poulains ! Tous autant qu’ils sont, par delà leur extrême diversité. C’est bien simple, comme nos enfants, nous les aimons Tous. Ah quoi bon la critique en effet et pourquoi une querelle, quand l’autopromotion n’a jamais aussi bien servi nos intérêts ? Cela dit, la démonstration avait au moins le mérite d’un certain panache et nous étions tous, derrière le sponsor officiel de tous les cinémas, à soutenir mordicus la sacro sainte idée d’un monde meilleur, tandis que maître Renard, n'en déplaise à José Bové, conserverait ad vitam aeternam les yeux rivés sur le bout de graisse…

Alors, la résistance à l’hégémonie culturelle américaine ne devrait-elle pas également en passer par une défense et promotion du web, un web culturel francophone, riche, bigarré, pluraliste et indépendant ? En attendant de répondre à cette question cruciale, qui embrasera la rédaction de fluctuat de longs mois encore, trois solutions possibles cette semaine pour répondre à la poussée de fièvre millénariste, qui devra trouver à s’épancher au quotidien, selon les goûts et le temps de chacun : Retour à la case départ, vous vous enivrez des convulsions du monde moderne. Feu d’artifice à la Perec, vous épanchez votre soif d’écriture dans un œuvre de création collective millénariste totale. Ou fusion éphémère mais assurément jouissive, vous vous gorgez en salle des délices de Paname.