+++++
édiTARD 26.0

Cucurbitacées go home !
Ça y est, Halloween est définitivement devenue une fête bien de chez nous. J’ai acquis cette certitude en allant acheter ma baguette dominicale, les discussions entre la boulangère et une vieille dame de la Butte Montmartre m’apprenant en sus comment fonctionne la dissémination de ce folklore culturel :
- C’est carnaval ?
- Hein ? pourquoi vous dites ça ?
- Bein, j’sais pas, c’est vos décors, là ...
- Ah ! non, ça c’est Halloween !
- Allo quoi ?
- Halloween. C’est américain, mais c’est irlandais au départ.
- Ah bon ?
- Oui, c’est la fête des sorcières, ça sert à éloigner le mauvais sort.

retour maison

 

Je soupçonne le syndicat d’initiatives Montmartrois d’avoir sérieusement briefé les commerçants sur l’événement. Pas une boutique, de la rue Caulaincourt à la rue Lepic en passant par la place du Tertre, sans citrouille, sans masques de sorcières, sans oripeaux oranges et noirs. Si ça sert à éloigner le mauvais sort, ça permet aussi d’attirer le chaland, toujours plus dépensier dans les ambiances de fête. Sans vouloir casser l’ambiance, on peut toutefois se demander si toutes les conséquences liées à l’importation de cette sympathique kermesse ont bien été mesurées. Les vieux se croient en mars, prendront bientôt Noël pour Paques et attraperont froid lorsqu’ils vagabonderont en short sous les giboulées.

Pour sa première édition française, Halloween avait fait l’objet d’un violent débat sur l’opportunité d’adopter une coutume américaine pour de pures raisons commerciales. Aujourd’hui, personne n’ose plus élever la voix contre ce triomphe de la mondialisation hollywoodienne. Plutôt que de mondialisation, il faudrait d’ailleurs parler d’impérialisme. La mondialisation suppose des échanges multilatéraux, une confrontation des cultures et des modes de vie, la définition en commun d’un art de vivre cosmopolite. Halloween ne sert pas ce projet, il ne fait que ridiculiser un peu plus la posture française consistant à défendre l’introuvable ‘exception culturelle’. Le plus triste, c’est que l’importation de cette coutume s’arrête aux vitrines des commerçants, aux pubs et aux flyers des soirées branchées. Les mômes ne jouent pas dans la rue pour fêter l’événement en mimant les personnages des mythologies occidentales, et nos alcôves ne résonnent pas des rires d’une fête globale.

En marge de cette adhésion officielle aux coutumes américaines, la mobilisation internationale en faveur de Mumia Abou-Jamal continue. Ce journaliste afro-américain militant, ex porte-parole des Black Panthers, clame son innocence depuis 18 ans dans le couloir de la mort. Il a été condamné pour le meurtre d'un policier blanc, à l'issue d'un procès truqué : intimidations policières contre les témoins, sélection du jury selon des critères racistes, juge appartenant au même syndicat d'extrême droite que le policier décédé... Depuis, les témoins à charge ont révélé qu'ils avaient menti et les preuves de l'innocence de Mumia se sont accumulées. Il attend avec angoisse son exécution dans le couloir de la mort, dans des conditions peu enviables : surveillance vidéo et électricité allumée 24 heures sur 24, confiscation des effets personnels, isolement quasi-total. La suprématie Etatsunienne est si étouffante qu’il nous faut même lutter contre ses rites barbares. La sorcière ne rigole plus, elle a bricolé une chaise électrique pour les enfants turbulents.

>>Log out

Soirée Magic garden Fête halloween
31 octobre, studio de Boulogne : 2 rue de Silly, Boulogne. 120 francs (prévente Fnac) et 140 francs. Salle house : Yann Pooley, D’Julz, Jack de Marseille, Jerôme PacMan, Dan Ghenacia. Salle Techno : Dave Clarck, Pressure Funk, Tom Parris, Olivier le Castor, Scratch Massive, Tom Pook’s. Pour en savoir + : www.magicgarden.org 

Urgence pour Mumia Abu-Jamal !

Où en est l’exception culturelle ?
(point de vue du Ministère de la Culture avant les négociations de l’Office Mondial du Commerce à Seattle, à partir du 30 novembre)