| _édiTARD 22.0 |
|
Choisis ton site, camarade ! |
Cest la rentrée des classes. Les écoliers achètent un nouveau cartable, une gomme, une ardoise et quelques sapes pour lautomne. Les majors autoproclamées du Web, elles, rachètent des services et des applications. Dans les deux cas, cette frénésie dachat vise un objectif simple : être le premier de la classe. Dernier exemple en date : le rachat dAlapage par France Telecom. Cette prise de pouvoir sur notre libraire préféré, partenaire attitré de Flu, nous marque évidemment en tant quéditeur. Comme citoyen, laffaire nest pas plus satisfaisante. Aux temps préhistoriques, France Télécom soccupait de nos communications téléphoniques, comme son nom ly destinait. Désormais, France Télécom soccupe dà peu près tout dans notre vie, surtout dans notre vie cyber. FT nous branche (le monopole sur la boucle locale nest pas encore aboli), FT nous accueille sur ses portails, nous dirige via ses moteurs de recherche, nous informe et nous vend progressivement toutes sortes de produits et de services (à commencer par les livres). Stratégie imparable : FT palpe à chacune de vos sorties sur le Web, quoi que vous fassiez. Le paradoxe est terrible : la libéralisation des télécoms devait favoriser une baisse des tarifs et une amélioration du service par larrivée sur le marché de concurrents, forcément dynamiques et sympas. Or, nous avons au lieu de cela un marché bordélique, une sur-saturation publicitaire, des gadgets inutiles en guise de service et des embuscades tarifaires. Surtout, la dérégulation des télécoms a poussé FT à sortir du bois pour investir de nouveaux secteurs. Plutôt que de la jouer petits bras et pleurnichard, FT choisit loffensive. En somme, la libéralisation se traduit par une mainmise croissante de quelques opérateurs multinationaux sur un nombre croissant dactivités. Ce nest pas un scoop. Le système libéral développe un discours fondé sur les vertus de la concurrence mais ses membres emploient leur énergie à lannihiler. Sans régulation, léconomie libérale évolue naturellement vers des situations de monopoles, de duopoles, doligopoles, où les majors sentendent entre elles pour se partager des marchés. Ce discours relève tellement de lévidence que même les plus libéraux dentre les libéraux le reconnaissent. Karel Van Miert, ex Commissaire européen chargé de la concurrence, affirmait la semaine dernière dans Libération que "plus on libéralise, plus on a besoin de règles" [lire larticle]. Énumérant les secteurs dactivité où la concentration fait peser un risque sur le consommateur, Karel Van Miert dut passer en revue toutes les activités qui structurent notre modeste existence : la banque, la papeterie, lindustrie automobile, laéronautique, les télécoms, la grande distribution, la pétrochimie, etc. Mussolini se vantait de prendre en charge les Italiens " de leur naissance jusquà leur mort, où il appartient au pape de sen occuper ". Les conglomérats appliquent méthodiquement ce programme, en faisant mine de se partager les rôles pour jouer la comédie de la démocratie. |
||
| >>> On est loin de lutopie anarchiste de Proudhon, qui défendait le principe dune société de producteurs autonomes et interdépendants, la liberté de chacun étant assurée par la maîtrise de son outil de production et de son logement, au sein dune fédération internationale garantissant la paix. Vous direz quon a le choix dêtre libres, de se tirer de chez France-Alapage pour rejoindre un autre libraire. Ah ouais ? Lequel ? BOL de Bertelsman ? La FNAC de la FNAC ? Et pis qui cest qui va reprendre à la main toutes les icônes et tous les liens hypertextes pointant chez notre partenaire ? Dans ce contexte de concentration et de massification, cest le cynisme des grands groupes qui est le plus énervant. |
|
|
Vous avez vu la dernière pub pour BOL ? Affichée sur les portails et autres moteurs de recherche, cette tartufferie dit que "vous avez le droit dêtre une grosse feignasse". Sous-entendu : allez les prolos, surfez comme des porcs depuis votre lieu de travail, venez faire vos courses chez nous, on est jeune, on est trash, on a le poing levé, on est à la pointe de la révolution cyber. Les multinationales nous la jouent cool parce que le Web, cest cool. Les mêmes, en tant quemployeurs, sont les pires chiens de garde quon puisse imaginer (qui a déjà bossé comme hot-liner dans une de ces boîtes ?). Ils nous prennent vraiment pour des cons. Si en tapant fluctuat.net vous arrivez la prochaine fois sur la rubrique culture de Wanadoo, ne vous étonnez pas, et faites preuve dindulgence. La faim, lépuisement ou la lâcheté nous auront conduit dans les bras de ceux qui vont nous faire aimer lan 2000. |
||