Bandeau de navigation

_édiTARD 17.0

BALLE JAUNE BLUES

 

L’important en démocratie fictive, c’est de maintenir le niveau de la production de spectacle assez haut pour que le sens n’en soit jamais clair.

 

Le remplacement mercredi après-midi des programmes de l’Assemblée et du Sénat par les Internationaux de Roland Garros suffit à lui seul à dire ce que la politique est devenue chez nous. Un match de tennis sans vainqueur. Tandis que l’on nous invite à suivre les échanges sportifs de Lionel Jospin (fond de court Jospin) et de Nicolas Sarkozy (agressif Sarkozy, au filet), des joueurs géants se renvoient des balles à des vitesses qui frisent parfois les 200 km /h. Samedi, après Cannes, Roland-Garros, l’Assemblée, il y aura le Grand Concours de l’Eurovision présenté par Monsieur Julien Lepers qui a la particularité d’être aussi l’animateur de l’émission Questions Pour un Champion.

Ce qui frappe dans tout cela, c’est que le spectateur- citoyen est réduit à l’état de pion débile et n’a pas droit au chapitre. A l’Assemblée, les citoyens sont dans les gradins. S’ils ne la ferment pas, ils sont foutus dehors par des administrateurs vigiles qui ressemblent étrangement à ceux des grands magasins. Les autres n’ont qu’à zapper si ça ne leur plaît pas. Leur participation est au demeurant assurée par l’application de ce geste de téléspectateur à la prise de décision : le VOTE. Comme on change de chaîne, on vote pour quelqu’un d’autre, sans avoir en aucune façon la maîtrise des programmes. C’est de notre faute, on a qu’à participer. S’entraîner quatre heures par jour à devenir des champions au lieu d’aller traîner dans nos boulots de petites frappes.

 

A Roland Garros, nous sommes la balle. Suffit de regarder notre tête. Elle ne suit pas les joueurs. Ce qui nous intéresse, c’est d’être la balle. De se faire cogner de droite et de gauche, d’en prendre plein la gueule pour pas un rond (enfin si) et de rentrer chez soi abîmé, lorsqu’on ne décide pas de nous changer après trois ou quatre jeux. Que deviennent les balles lorsqu’on a fini de leur fracasser la tête ? Des hommes évidemment. Des hommes normaux. Brisés et au chômage. C’est pour cela que chacun adore le tennis. Un jeu dont le but est de mettre la balle hors de portée de ceux qui veulent sa peau. Allégorie de la liberté. le roi bjorn
 

Eurovision 99. Pas mieux. Julien Lepers nous demande de voter pour la meilleure chanson d’Europe. Il se trouve qu’on avait déjà voté pour Miss France et qu’il y avait eu un peu de magouille sur le scrutin. Qui s’en souvient aujourd’hui de la beauté de Miss Berry ? Qu’est-elle devenue ? Là encore, le choix est mince. Entre une merde française et une merde grecque, vous marchez dans quoi ? Ni l’une, ni l’autre, cette année, je vais voter pour la merde allemande. L’année des européennes, il veut mieux faire preuve de germanophilie. L’Allemagne, c’est tellement tendance depuis que Kohl est parti et que le Bayern se fait battre en finale de la Coupe d’Europe dans les 2 dernières minutes. L’Allemagne, c’est sensible, c’est beau, c’est naïf. Et puis la chanteuse allemande est tellement gracieuse dans son pantalon de cuir de buffle.

D’accord, c’est quelque chose d’être champion à questions pour un champion mais qu’est-ce qu’on gagne ? Une encyclopédie. Champion à Roland Garros : c’est combien ? A l’Assemblée ? Combien ? C’est facile, me direz-vous ? Bien sûr, mais à force de jouer à être la balle, on se claque des satanés maux de tête, des brûlures au visage et l’impression d’être évincé du spectacle.

Car le pire n’est pas que nous soyons tenus hors du jeu. Non, non. Le pire c’est que ce que tout cela n’a aucune importance et ne sert qu’à nous tenir les yeux ouverts.. fermés. Spectacle : et si on arrêtait les assassins du Préfet Erignac ? (polar) Spectacle : Mes 10 secrets pour maigrir. (drame psychologique) Spectacle : Moresmo la lesbienne éliminée au 2ème tour. (sexe). Quels supers programmes. Quels supers personnages ils ont inventé pour nous empêcher de vivre notre vie. Spectacle : Internet. (fiction démocratique).

Heureusement, il reste la Tour de France, la Fête des Mères et un peu d’amour dans nos sacs de couchage.

idée K-do : un sac à bébé

 

webmaster@fluctuat.net