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Fluctuat : Vous exposez ce mois-ci un ensemble de photos de nus réalisées ces dix dernières années. Comment et pourquoi décide-t-on dorganiser une
rétrospective de son travail ?
Michel Guillaume : « Un jour on se rend compte que le temps passe, et on a envie de passer un cap. Au fil des années, des thèmes récurrents apparaissent mais
traités avec des techniques différentes. Jai eu envie de rassembler des images qui témoignent du cheminement parcouru, du travail engagé. Ca ressemble à lenvie de
tourner la page, dune certaine manière. Sur le plan technique, celui de la prise de vue par exemple, ça me permet de voir lévolution de mes approches. Dans les
photos les plus récentes, les corps sont moins inertes, on sent plus de mouvement. Toutes cependant ont en commun une certaine ambivalence. Le lieu se prêtait
aussi à rassembler tous ces travaux et à laisser émerger les ruptures et les permanences. Et sans le cacher, cest aussi un petit clin dil personnel, pour marquer lan
2000, lheure des bilans et des rétrospectives
»
Fluctuat : Cette exposition marque-t-elle une rupture, votre travail va-t-il changer ?
Michel Guillaume : « Non, je continue ce même travail, en ajoutant sans cesse des techniques nouvelles. Je me concentre depuis quelques années sur trois thèmes
essentiels : le nu, le paysage méditerranéen et le carnaval*. Toutes mes photos étant travaillées sur la base des mêmes techniques plastiques. »
Fluctuat : Quelles sont les techniques que vous utilisez pour retravailler vos images ?
Michel Guillaume : « A la base un procédé de colorisation. Le but étant de modifier, de détourner les repères spatiaux, les volumes, les couleurs. Les photographies
sont prises en Noir & Blanc ou en couleur. Elles sont ensuite retravaillées, maquillées, détournées pour ouvrir un champ onirique. »
Fluctuat : Peut-on parler de photos peintes ou même de peintures ?
Michel Guillaume : « Oui et non. Ces images restent pour moi des photographies. Je parlerais plus volontiers dintrusion, de modification. Jajoute au support
argentique de la peinture, des encres, jintroduis des matières extérieures. Cest différent de la peinture car on opère une modification du support original. Toutes ces
images restent des photographies, lobjectif nest pas den faire des peintures. Le but est plutôt de modifier le regard. Chacun peut y voir ce quil veut. »
Fluctuat : Vous créez un univers irréel, suggestif, à partir dune réalité donnée
Michel Guillaume : « Mon but est dévoquer des choses différentes à partir dune même réalité. Les images ont un sens pour moi mais sont ouvertes à toutes les
interprétations possibles. Elles sont données à voir. Ce quelle peuvent évoquer pour les autres na pas trop dimportance au moment où je travaille. Je joue sur
louverture et lévocation. Une image ne doit pas être fermée, figée. Une photographie est réussie quand elle est ouverte. La liberté dinterprétation est intéressante,
obtenue soit dans la pose, soit par un traitement original, hors du commun. Lidée dêtre rangé dans une catégorie me dérange. On doit refuser lenferment. Mon
travail porte une dose donirisme, de rêve, de sensualité et jespère quil ouvre des portes. Chaque image doit se suffire à elle-même. Je ne fais jamais de séries, ce
qui nempêche pas de pouvoir raconter des histoires avec certaines dentre-elles, mais elles sont toutes indépendantes, elles présentent toutes un univers unique.
Cest en cela que mon travail peu rejoindre une approche picturale. »
Entretien réalisé par Chrystel
Jubien
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