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Flu
: En quoi consiste votre travail de photographe officiel du
ministère des Affaires étrangères ?
Frédéric
de La Mure : Je suis chargé de couvrir l'actualité
de la diplomatie française en France et à l'étranger : la venue
de personnalités étrangères en France et les déplacements du
Président ou de ministres français à l'étranger. J'appartiens
au service de presse du ministère des Affaires étrangères et
mon travail doit permettre de promouvoir l'image de la France
dans le monde.
Flu
: Les photographies exposées sur les grilles du ministère ont
été prises lors de voyages officiels. Comment arrivez-vous à
dégager un peu de temps pour effectuer ce travail ?
FdLM
: Je dispose parfois d'une heure ou deux pendant les réunions
diplomatiques. Je profite de ces moments pour aller faire des
photographies. Je n'ai jamais beaucoup de temps, alors j'essaye
de toujours me munir de quelques cartes de l'endroit. Je sais
à quelle vitesse je peux marcher et la distance que je peux
parcourir selon le temps dont je dispose. Après avoir regardé
ma carte, je vais à gauche ou à droite et puis je fais un ou
deux kilomètres en prenant des images.
Flu
: N'est-ce pas trop difficile de concilier votre travail de
photographe officiel avec ces autres images ? N'y a-t-il pas
une contradiction entre ces deux réalités : la vie diplomatique
et la vie quotidienne des gens que vous photographiez par ailleurs
?
FdLM
: Non. Pour moi, il s'agit de deux aspects d'une même réalité.
Ce qui se passe pendant ces réunions influe nécessairement sur
la vie des gens à l'extérieur même si les choses sont plus complexes
qu'elles n'y paraissent. J'ai toujours eu une très grande liberté
de travail. Ces images plus personnelles n'ont jamais fait l'objet
d'une quelconque censure. En tant que photographe du ministère
je peux faire des images d'événements diplomatiques ou politiques
très importants. J'ai ainsi été le seul photographe autorisé
lors des négociations sur le Kosovo au château de Rambouillet
en février 1999. À côté de cela, les images que je fais par
ailleurs s'apparentent plus pour moi à un carnet de route, une
sorte d'écriture visuelle. Je suis allé au Liban, dans le Golfe,
au Kosovo, au Cambodge et les photographies que j'en ai ramené
sont des moments de vie que j'ai pris comme cela dans la rue
et qui témoignent simplement de la situation de ces pays et
de la vie des gens. En ce sens, cela me permet d'avoir un double
regard sur les choses, de mieux les comprendre et d'en témoigner
en tant que photographe.
Flu
: Les images de votre exposition ne ressemblent pas à celles
des unes de Journaux. Comment considérez-vous votre travail
par rapport au photo-journalisme ?
FdLM
: Je couvre souvent les mêmes événements que les photo-journalistes.
Ils travaillent pour des agences de presse ou des grands journaux
et comme photographe des Affaires étrangères je ne suis pas
soumis aux mêmes contraintes qu'eux. Je dispose souvent d'aussi
peu de temps pour travailler mais je suis moins dans l'urgence.
Bien sûr, comme eux, j'utilise aussi maintenant des appareils
numériques pour transmettre plus facilement mes images bien
que je reste attaché au film photographique et au noir et blanc.
Je ne recherche pas l'image qui va faire un scoop. La majorité
de mes photographies ont été prise dans l'instant, elles sont
le fruit de hasards, de "temps faibles", de parenthèses dans
la vie quotidienne des gens que je croise. C'est à cela que
je suis le plus attentif.
Flu
: Vous voyagez beaucoup et vous ne restez pas longtemps sur
place. Est-ce que ce n'est pas trop difficile ?
FdLM
: Oui, effectivement. Je me souviens d'un jour où le matin j'étais
dans le Golfe dans un camp chiite. Après cinq heures de vol,
j'étais à Paris. Une autre fois dans la même journée j'ai dû
me rendre à Madrid, Paris, et Jérusalem. Je peux ainsi jouer
des décalages horaires et avoir des journées qui n'en finissent
pas. Mais j'aime mon métier. La difficulté réside dans la capacité
de passer d'un événement à un autre, d'une image à une autre
et d'être présent à cet instant précis en oubliant ce qui va
suivre. C'est parfois le retour à Paris qui est le plus difficile,
lorsque à la terrasse d'un café je me rends compte qu'il y a
quelques heures de cela j'étais au Kosovo ou ailleurs. C'est
là qu'il faut accuser le choc. Cela donne aussi la mesure des
choses et de la vie.
Flu
: Pourquoi avoir choisi d'exposer vos photographies sur les
grilles du ministère ?
FdLM
: Les photos qui sont exposées ont été prises dans la rue, sur
le moment. Je trouvais donc intéressant de montrer cette exposition
sur ce mode. J'avais vu l'exposition de Yann
Arthus-Bertrand au Luxembourg et j'avais beaucoup aimé cette
manière d'investir la rue et d'en faire un espace d'exposition.
J'ai soumis un projet en ce sens au ministère qui m'a aussitôt
soutenu. J'aime l'idée que les gens puissent tomber sur mes
photographies de manière impromptue, au détour d'une rue, qu'elle
que soit l'heure, et qu'elles les accompagnent pendant quelques
minutes. J'aime l'idée qu'ils découvrent tous ces visages et
ces pays comme moi en faisant quelques pas avec eux.
Propos
recueillis par Claudia
Mélin
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crédits photos : Claudia Mélin / Ministère des
Affaires étrangères - Service photographique
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