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Rencontre

Yann
 Arthus-Bertrand


A 54 ans, Yann Arthus-Bertrand a l’enthousiasme et la vitalité d’un jeune aventurier. Passionné de nature et de photographie, cet amoureux de la planète lui rend hommage en nous offrant ses plus beaux portraits, installés à la vue de tous au Musée du Luxembourg. Rencontre avec un photographe haut perché.


Fluctuat :
Vous présentez en ce moment au Musée du Luxembourg une exposition tirée de votre dernier livre « La terre vue du ciel ». Comment s’est monté ce projet ?

Yann Arthus-Bertrand : On a monté l’exposition nous même de A à Z*. C’est un très gros travail que je voulais installer dans un lieu significatif, internationalement connu, type Beaubourg. Finalement, on nous a accueilli ici et j’en suis très content. On nous a laissé la liberté d’installer l’exposition comme on le souhaitait et on a pu ainsi accrocher des photos dehors sur les grilles du musée, côté rue. Une exposition de ce type, en extérieur, ça ne s’est jamais fait en France. C’est quelque chose qui me plaît et qui correspond à l’esprit du projet. Et je tenais absolument que l’expo soit gratuite. La planète est une œuvre d’art et il faut la montrer. Le plus possible, au plus grand nombre possible. Car cette œuvre appartient à tout le monde.

Où situez-vous la photographie aérienne par rapport à la photo d’art et à la photo documentaire ?

YAB : Il y a deux écoles en photographie : la photo documentaire et la photo artistique. Mon intérêt est dans les deux. Je ne me situe dans aucune des deux écoles vraiment. L’art, c’est de transformer la réalité par rapport à sa propre sensibilité de photographe. Moi, je suis très proche de la réalité, et je veux le rester. L’abstraction artistique n’est pas mon domaine. Je veux montrer la réalité non comme un artiste mais plutôt comme un témoin. La photo d’art est un marché à part. Mon créneau est plutôt la photo de presse, type Paris-Match ou Géo, et le livre scolaire. La photo pour moi est faite pour être reproduite, pour être publiée en très grand nombre, pour être vue par tous. Je me sens loin du milieu galieriste et de la numérotation des tirages. On a organisé une soirée ici avec le magazine Photo où 1000 exemplaires signés ont été distribués gratuitement. C’était extraordinaire. Des gens sont venus de très loin pour avoir une photo.

Comment s'est fait le choix des images de l'exposition ?

YAB : C’est Robert Delpire [ancien directeur du Centre National de la Photographie] qui s’en est chargé. Son choix est avant tout poétique, plus que celui que j’aurais fait peut-être. Il montre les plus belles images de la planète. J’aurais sans doute davantage mêlé des images plus violentes de ce qui la menace. Mais le critère était surtout esthétique. On appartient tous à la terre. Je voulais montrer cela aussi. Je me sens citoyen du monde. Les débats franco-français ne m’intéressent pas et me font sourire. Le monde est trop vaste et trop riche pour se restreindre aux débats sur la culture française. Je trouve que le livre [La terre vue du Ciel] et l’exposition arrivent au bon moment. Dans le contexte actuel de la mondialisation, il est important de montrer la planète de cette façon.

Sebastiao Salgado, qui expose en ce moment à la Maison Européenne de la Photographie, photographie les hommes en s’approchant d’eux au plus près. Vous, dans un choix qu’on pourrait dire inverse, vous vous éloignez d’eux, vous prenez du recul pour saisir leur présence. Que pensez-vous du travail de Salgado et vous reconnaissez-vous dans sa démarche photographique ?

YAB : J’aime beaucoup le travail de Salgado. On se connaît bien. Salgado se voit plus comme un politique que comme un photographe et j’aime bien cette approche. On a le projet commun d’une exposition sur la planète au Congrès Américain à Washington. Notre travail est très complémentaire. C’est intéressant. On est dans la même problématique. Même si son approche est plus tragique que la mienne. J’aime quand les photographes s’engagent dans leur travail et ont un vrai message à faire passer, quelque chose de fort à dire. Le sens de la photo est très important. J’aime que le photographe ait un sens dans son travail, qu’il y ait une véritable orientation, des choix politiques. Le métier de photographe est facile, ce qui est difficile c’est de tenir sur des projets longs qui demandent beaucoup d’investissement.

Quels sont les photographes que vous appréciez particulièrement ?

C’est rare de trouver des photographes qui ont un vrai style. J’aime beaucoup Avedon, Wegman, les photographes qui, comme je viens de le dire pour Salgado, travaillent dans un sens. Mondino aussi, je le trouve étonnant et créatif. Je n’aime pas la pub, mais Mondino a un vrai style. Leibovitch fait un travail épatant, elle m’impressionne beaucoup. Tous ces photographes ont la chance d’avoir des journaux pour s’exprimer. Parce que c’est un gage de liberté pour un photographe. Travailler pour Vanity Fair, Talk ou d’autres journaux dits « branchés », c’est profiter d’un contexte de travail qui permet d’expérimenter, de s’exprimer.

Vous avez un site web qui présente votre travail. Quels développements croyez-vous possibles sur Internet pour la photographie ?

Internet est un formidable moyen de communication. Pour rencontrer des gens, pour parler. J’ai monté un site mais qui n’apporte pas grand chose pour l’instant. On vend quelques photos, quelques livres mais ça ne va pas très loin. Internet va trop dans tous les sens. C’est plus du gadget. Mais c’est un très bon moyen de se faire connaître. En même temps, Internet est une chance pour la photo, pour la circulation des images. Ca va dans le sens d’une plus grande distribution de la photographie.

Un entretien réalisé par Chrystel Jubien

*Yann Arthus-Bertrand et son équipe de l’Agence Altitude, banque d’images aériennes, fondée en 1991 par Yann Arthus-Bertrand.

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Exposition « La Terre vue du Ciel »
jusqu’au 18 juin
au Musée du Luxembourg  
19, rue de Vaugirard , 75006 Paris, M° Luxembourg
 ouvert tous les jours sauf lundi de 10h à 19h)
01 42 34 25 95
entrée libre.

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