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Fluctuat
: Vous présentez en ce
moment au Musée du Luxembourg une exposition tirée de votre dernier
livre « La terre vue du ciel ». Comment sest monté ce
projet ?
Yann
Arthus-Bertrand : On a monté lexposition
nous même de A à Z*. Cest un très gros travail que je voulais
installer dans un lieu significatif, internationalement connu, type
Beaubourg. Finalement, on nous a accueilli ici et jen suis très
content. On nous a laissé la liberté dinstaller lexposition
comme on le souhaitait et on a pu ainsi accrocher des photos dehors
sur les grilles du musée, côté rue. Une exposition de ce type, en
extérieur, ça ne sest jamais fait en France. Cest quelque
chose qui me plaît et qui correspond à lesprit du projet. Et je
tenais absolument que lexpo soit gratuite. La planète est une uvre
dart et il faut la montrer. Le plus possible, au plus grand nombre
possible. Car cette uvre appartient à tout le monde.
Où
situez-vous la photographie aérienne par rapport à la photo dart
et à la photo documentaire ?
YAB :
Il y a deux écoles en photographie : la photo documentaire et la
photo artistique. Mon intérêt est dans les deux. Je ne me situe dans
aucune des deux écoles vraiment. Lart, cest de transformer la réalité
par rapport à sa propre sensibilité de photographe. Moi, je suis très
proche de la réalité, et je veux le rester. Labstraction
artistique nest pas mon domaine. Je veux montrer la réalité non
comme un artiste mais plutôt comme un témoin. La photo dart est
un marché à part. Mon créneau est plutôt la photo de presse, type
Paris-Match ou Géo, et le livre scolaire. La photo pour moi est faite
pour être reproduite, pour être publiée en très grand nombre, pour
être vue par tous. Je me sens loin du milieu galieriste et de la numérotation
des tirages. On a organisé une soirée ici avec le magazine Photo où
1000 exemplaires signés ont été distribués gratuitement. Cétait
extraordinaire. Des gens sont venus de très loin pour avoir une
photo.
Comment
s'est fait le choix des images de l'exposition ?
YAB :
Cest Robert Delpire [ancien directeur du Centre National de la
Photographie] qui sen est chargé. Son choix est avant tout poétique,
plus que celui que jaurais fait peut-être. Il montre les plus
belles images de la planète. Jaurais sans doute davantage mêlé
des images plus violentes de ce qui la menace. Mais le critère était
surtout esthétique. On appartient tous à la terre. Je voulais
montrer cela aussi. Je me sens citoyen du monde. Les débats
franco-français ne mintéressent pas et me font sourire. Le monde
est trop vaste et trop riche pour se restreindre aux débats sur la
culture française. Je trouve que le livre [La terre vue du Ciel] et
lexposition arrivent au bon moment. Dans le contexte actuel de la
mondialisation, il est important de montrer la planète de cette façon.
Sebastiao
Salgado, qui expose en ce moment à la Maison Européenne de la
Photographie, photographie les hommes en sapprochant deux au
plus près. Vous, dans un choix quon pourrait dire inverse, vous
vous éloignez deux, vous prenez du recul pour saisir leur présence.
Que pensez-vous du travail de Salgado et vous reconnaissez-vous dans
sa démarche photographique ?
YAB :
Jaime beaucoup le travail de Salgado. On se connaît bien. Salgado
se voit plus comme un politique que comme un photographe et jaime
bien cette approche. On a le projet commun dune exposition sur la
planète au Congrès Américain à Washington. Notre travail est très
complémentaire. Cest intéressant. On est dans la même problématique.
Même si son approche est plus tragique que la mienne. Jaime quand
les photographes sengagent dans leur travail et ont un vrai message
à faire passer, quelque chose de fort à dire. Le sens de la photo
est très important. Jaime que le photographe ait un sens dans son
travail, quil y ait une véritable orientation, des choix
politiques. Le métier de photographe est facile, ce qui est difficile
cest de tenir sur des projets longs qui demandent beaucoup
dinvestissement.
Quels
sont les photographes que vous appréciez particulièrement ?
Cest
rare de trouver des photographes qui ont un vrai style. Jaime
beaucoup Avedon, Wegman, les photographes qui, comme je viens de le
dire pour Salgado, travaillent dans un sens. Mondino aussi, je le
trouve étonnant et créatif. Je naime pas la pub, mais Mondino a
un vrai style. Leibovitch fait un travail épatant, elle
mimpressionne beaucoup. Tous ces photographes ont la chance
davoir des journaux pour sexprimer. Parce que cest un gage de
liberté pour un photographe. Travailler pour Vanity Fair, Talk
ou dautres journaux dits « branchés », cest
profiter dun contexte de travail qui permet dexpérimenter, de
sexprimer.
Vous
avez un site
web qui présente votre travail. Quels développements croyez-vous
possibles sur Internet pour la photographie ?
Internet
est un formidable moyen de communication. Pour rencontrer des gens,
pour parler. Jai monté un site mais qui napporte pas grand
chose pour linstant. On vend quelques photos, quelques livres mais
ça ne va pas très loin. Internet va trop dans tous les sens. Cest
plus du gadget. Mais cest un très bon moyen de se faire connaître.
En même temps, Internet est une chance pour la photo, pour la
circulation des images. Ca va dans le sens dune plus grande
distribution de la photographie.
*Yann Arthus-Bertrand et son équipe de lAgence Altitude,
banque dimages aériennes, fondée en 1991 par Yann Arthus-Bertrand.
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