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Matthieu Lapierre

présentation

interview

Sans titre 1

Sans titre 2

regard critique


jeudi 19 avril / rencontre avec :

artiste suivant :  Pascal Houdart
   

Sans titre / 2000
Photographies numériques et caissons lumineux
2 x 220 x 80 cm

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Sans titre / 2000
Photographies numériques et caissons lumineux
2 x 80 x 220 cm

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Lire l'interview de Matthieu Lapierre [cliquez ici]



Présentation

Je suis graphiste. Je dirais que les graphistes sont un peu comme les DJ en musique, ils rassemblent des images, des humeurs, des visuels et ils composent, avec de nouvelles images, de nouveaux sens. Je ne suis pas photographe. Absolument pas. J'adore la photographie, je m'en inspire mais je suis incapable techniquement de prendre une photo. Ce n'est pas cela mon travail...

suite / interview de Matthieu Lapierre

 

Regard critique de Héliane Bernard sur Matthieu Lapierre
Héliane Bernard est historienne et rédactrice en chef de la revue Dada.

Matthieu Lapierre, des images chocs

Graphiste de formation, Matthieu Lapierre travaille sur ordinateur. Il conçoit ses images sur son écran. Des images travaillées ensuite sur des supports films, installées sur des caissons lumineux. Des images efficaces, qui choquent et retiennent le regard et l'esprit.
Matthieu Lapierre récupère, photographie, ramasse, entasse, mélange, superpose. Il a dans ses tiroirs et ses cartons des images et encore des images. L'image, il s'en nourrit. Ce boulimique est aussi un dévoreur d'informations, un gourmand d'actualité, un zappeur de TV, un fou de science-fiction et d'anticipation.
L'accident, aussi bien matériel que biologique le fascine. Mais aussi la différence, l'aliénation, les mons-tres, la malformation, la mort. Les images jaillisent de sa tête, induites par celles de l'actualité, dévorées, digérées, imbriquées les unes aux autres, recréées selon une esthétique qui convient à aujourd'hui et sur des supports adéquats.
Attentif aux manipulations génétiques, Matthieu Lapierre observe, réfléchit, prend en compte mais n'émet pas de jugement. Sa créativité naît de cet amas d'interrogations et d'états des lieux. Il reste à distance. Faute d'être un scientifique, il est artiste et poète. Car les images tendres du futur bébé avec ses ailes d'ange sont poésie pure et bousculante. Conjointe à celle d'un être monstrueux, elles résument ce qu'il a dans la tête: créer une image belle autour d'une idée qui peut paraître effrayante. Un détail va faire qu'à la sortie, cet être qui était promesse n'aura aucune place dans la société, n'aura aucune possibilité d'existence vraie, en tout cas, il y aura une mise à l'écart automatique. Francis Ponge parlait de la beauté de l'horreur. Il s'agit ici de montrer la beauté dans des choses qui ne sont pas acceptées dans notre environnement. Une certaine beauté. Violente, dérangeante. Tout ce travail est aussi un travail intérieur. Une recherche de mise à jour. Un accouchement, une construction de soi. La violence, elle est en nous tous, au fond de nos ventres. Les créations de Matthieu Lapierre sont ce qu'il voit, ce qu'il a en lui. Elles disent qu'il est possible d'accepter et de vivre avec le handicap. L'horreur, en fait, c'est le rejet de la différence, c'est l'intolérance. Constat. Et l'artiste joue là son rôle de témoin, véritablement imprégné d'aujourd'hui, de nos mutations fantastiques et terrifiantes. Cette perception large vise aussi les fortes positions de Matthieu Lapierre contre le racisme et toute exclusion. Le racisme, nous dit-il clairement, "c'est l'aboutissement d'un état d'exclusion auquel on est toujours confronté. Les bases de notre société occidentale se sont construites autour d'une certaine exclusion. On n'a jamais composé avec les éléments qui sont autour de nous."
Recalé, Matthieu Lapierre ? Décalé ? non pas. Matthieu Lapierre revendique. Il crée ce pour quoi un artiste existe, parler de son temps à travers des images, dénoncer, revendiquer, être aux avant-postes. Être un éveilleur. À une époque où l'on essaye de tout régler, de tout planifier, l'accident est encore, nous dit-il, le dernier symbole de liberté. Loin de la nostalgie, loin de la gratuité, Matthieu Lapierre s'est engouffré dans la beauté sombre d'aujourd'hui.

 

Jeune création 2001
Exposition internationale d'art contemporain
150 artistes
Installations, peintures, photos, sculpture,
vidéo, multimédia…
Grande-Halle de la Villette
211, avenue Jean-Jaurès
5019 Paris
du 13 au 22 avril 200
info : 06 20 12 93 42