Présentation
"Séquence bucolique à l'atmosphère intimiste. Le choix
d'une composition géométrique et d'une mise au point inhabituelle
dégagent la présence insolite de cette femme, unique personnage
admis dans ces espaces.
Opposition de formes, d'échelles, de couleurs et de matières.
Le petit format incite ici au recueillement, imprègne l'esprit
de l'atmosphère humble et réservé de ces Univers confidentiels."
Pascal
Houdart
Regard critique de Camille Saint-Jacques sur Pascal
Houdart
Camille
Saint-Jacques est rédacteur en chef du journal Post.
Une
femme rêve, se baigne, s'offre dans la nature au regard
du photographe. Le sujet est originel, attaché à la peinture
et à la photographie comme l'ombre l'est au corps. Autant
dire qu'il a, pour l'auteur comme pour celui qui regarde,
l'attrait de l'intouché, de ce qui reste inaltéré alors
même que chacun s'y mesure.
Par leur titre, les Univers confidentiels de Pascal Houdart
embrassent donc dans un oxymore proustien, non seulement
le cosmos et le cosmétique, l'humus et l'humain, mais une
expérience somme toute commune de la nature mêlée de la
quête de souvenirs intimes. Entre le Loir-et-Cher et la
forêt de Fontainebleau, l'espace qu'il a choisi est tout
le contraire de l'exotisme culturel ou social qui gouverne
aujourd'hui notre appétit d'images. Son esthétique trouve
ses racines dans cette grande veine mélancolique et mystique
qui, de Caspar David Friedrich à l'école de Barbizon, traverse
le XIXe siècle en ouvrant la voie de l'impressionnisme.
Par son goût pour le motif et la promenade, Houdart est
donc plus proche de Rousseau - Jean-Jacques comme Théodore
- ou de Constable que des orientalistes. Parce qu'elles
n'ont pas vocation à défrayer la chronique de l'instant,
il y a de fortes chances que ces images paraissent au premier
regard un peu "déjà vues". Il faudrait s'interroger sur
ce dont nous détourne notre goût en réclamant toujours davantage
de surprises. On peut croire que ces ruptures successives
que prône l'art d'aujourd'hui privent notre imaginaire d'importants
points d'ancrages de la mémoire. Ou, pire encore, qu'il
ne peut subsister d'autres histoires du regard que celle
qui se fait l'instrument de la vogue. Les photographies
de Pascal Houdart agissent à l'inverse. Elles nous parviennent
chargées d'une histoire qu'elles ambitionnent plutôt d'exalter
que de refouler. Mais cette hospitalité pour le "don des
morts"(1) n'est pas seulement une affaire d'esthétique.
C'est aussi une règle de vie que Pascal Houdart applique
à sa relation avec la nature. Ici, la tour en ruines d'un
château jamais achevé; là, un champ travaillé par des générations
de paysans; quelque noyer préservé au milieu des labours;
ou encore un fragment de nature vierge que, siècle après
siècle, la sagesse des hommes s'accorde à conserver tel
quel…. Nous savons tous combien, au détour d'une promenade,
un lieu peut tout-à-coup se charger de mystère pour devenir
le motif d'une véritable rémanence. La prise du lieu sur
nous-même n'est plus alors seulement pittoresque mais existentielle.
Ce déjà vu-là n'est pas le fruit d'un regard mal éduqué.
C'est une invitation à une expérience ontologique semblable
à celle à laquelle nous convie encore le XVIIe siècle dans
ses paysages ou ses vanités. Qu'une femme se baigne, rêve
ou s'offre dans la nature, et d'emblée le cœur est frappé
de ravissement et de mélancolie.
(1)
Le Don des morts, Danielle Sallenave, éd. Gallimard, 1991.