[artiste suivant]

[artiste précédent]

[accueil]

_________________

Katrin Gattinger

présentation

interview

Garde du corps 2

Garde du corps 1

regard critique


mardi 17 avril / rencontre avec :

artiste suivant : Jean-Michel Hequet

Garde du corps 2 - Ohrensteifhalter / 2000
(Objet à garder les oreilles raides)
Objet : vinyl, métal, résine, polyester, gelcaot, mousse. Performance : Atelier de Huicenmillun, lors de l'exposition Corps, Montreuil, 5 et 6 mai 2000. Vidéo : (DV) 2 mn Dimension variables

cliquez sur l'image pour l'agrandir

Garde du corps 3 - Anti-Baisse-Bras / 2000
Objet : vinyl, résine polyester, gelcaot, mousse. Performance : aéroport de Roissy, 24 sept. 2000. Vidéo : (DV) 8 mn Dimension variables

cliquez sur l'image pour l'agrandir

 
Lire l'interview de Katrin Gattinger [cliquez ici]



Présentation

"La série des Gardes du corps comprend actuellement trois éléments (Kopfhochhalter, Ohrensteifhalter, Anti-Baisse-Bras) dont chacun se compose de supports différents : objet, performance, vidéo.
Tels des orthèses [du grec "droit", correct"], ces "structures" proposent de remédier à un mal ou un handicap. Ils sont conçus pour "garder la tête haute", "garder les oreilles raides*" et "ne pas baisser les bras". Les gardes du corps possèdent chacun au moins une partie rigide qui contraint le corps à prendre et à garder une position inhabituelle et inconfortable.
Ainsi, se mouvoir devient une entreprise difficile avec Kopfhochhalter, la démarche est trébuchante ; à force de regarder en l'air ou de se heurter aux objets, chaque impuretée du sol fait dérailler la petite roue fixée en bas de la structure et marcher sur une rue pavée fait violement secouer la tête. Il en résulte torticolis et hématomes au niveau des mastoïdes. Ohrensteifhalter devient " objet à tirer les oreilles " à l'aide de petites pinces fortement désagréables : les cartillages rougissent, s'abîment.
De la même manière, Anti-Baisse-Bras [en cours de réalisation] aura des inconvénients en ce qui concerne le déplacement, la manipulation d'objets.
On peut alors constater que loin d'être de simples illustrations d'expressions, les objets de Gardes du corps sont des orthèses qui handicapent, sécrétant des dangers, tels des pièges."

Katrin Gattinger

*"garder les oreilles raides", die Ohren steif halten, est une expression allemande qui désigne la même chose que "garder la tête haute" et "ne pas baisser les bras", c'est-à-dire "persister", "ne pas abandonner", "garder le moral", etc…

 

Regard critique d'Anna Durez sur Katrin Gattinger
Anne Durez est critique, commissaire d'exposition, artiste photographe.

Garder du corps
Les "Gardes du corps" de Katrin Gattinger semblent nourrir un questionnement dont les différentes étapes tissent une civière à un corps en proie aux expérimentations plus ou moins douloureuses, et dont les conséquences sont plus ou moins marquées. Jouant avec les mots et leur sens premier, leur traduction littérale (allemand/français) "Anti-baisse-bras" et "Objet à garder la tête haute" renouent avec l'origine des expressions comme "ne pas baisser les bras" ou "garder la tête haute". De même, l'"Objet à garder les oreilles raides" traduit littéralement l'expression allemande "die Ohren steif halten", c'est-à-dire "garder le moral".

Ainsi, il est possible de rebondir à son gré, jusqu'à "tendre l'oreille" cette fois, cultivant par là un décalage d'une langue l'autre, d'un objet son corps et réciproquement. Chacun constitue alors l'œuvre en elle-même, mais demeure néanmoins l'élément au sein d'une série d'objets et de performances qui les accompagnent avec humour. En effet, l'ambiguïté prend naissance directement entre l'objet et le corps qui l'utilise, le supporte, le comporte, c'est-à-dire le porte avec lui, qui le garde de l'oubli. C'est dans cet espace restreint, entre la chair vivante et la matière fabriquée et assemblée que se joue le gage d'autant de frottements donnant naissance à quelque chose de l'ordre de la souffrance ou de la jouissance. Supportant des postures plus ou moins confortables, à la limite du supportable parfois, l'artiste nous livre les traces de ses expérimentations physiques sous forme de vidéos, de performances ou de portraits photographiques. Elle nous donne à voir également ces prothèses et appareillages très réalistes, comme autant d'objets issus d'un imaginaire clinique en réponse à une morale établie. Du rythme de ces actions et du burlesque de ces postures renaît l'ambivalence des valeurs et croyances qui ponctuent notre quotidien. Une violence latente sourd d'une mise en scène dont elle fixe les règles en fonction aussi d'obsessions formelles comme la rotation, le cercle, le mouvement de balancier. Nombre de pièges joués, de jouets piégés, de concentrés de vie par défaut. Katrin Gattinger nous invite à souffrir avec, à compâtir et à en rire. Ici, c'est le corps qui en pâtit sous nos yeux, au sens propre. Le nôtre, si on décide d'utiliser les "Garde du corps" qui, au lieu de nous éviter de chuter, nous renvoient à une flagellation toute ordinaire, au fait tout simplement de prendre conscience de l'existence de nos propres limites. La vitesse rajoute à la sensation, au manège qui se déploie. Le mouvement s'accélère, émet des sons, marque le corps. Le voilà marqué, voilà ce qu'il va conserver: quelques cicatrices, quelques dessins sur les tissus abîmés, quelques gravures et inscriptions au fil du temps, visibles dans la mesure du possible.

 

Jeune création 2001
Exposition internationale d'art contemporain
150 artistes
Installations, peintures, photos, sculpture,
vidéo, multimédia…
Grande-Halle de la Villette
211, avenue Jean-Jaurès
5019 Paris
du 13 au 22 avril 200
info : 06 20 12 93 42