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Par une exposition
gratuite, concise et très didactique en son site Richelieu à
Paris, la Bibliothèque nationale de France (BNF) rend hommage
au compositeur contemporain Iannis Xenakis, décédé au début
de l'année 2001. L'exposition présente certaines des archives
- manuscrits, cahiers de notes, dossiers d'élaboration d'une
œuvre, graphiques et plans… - qui viennent de faire leur entrée
à la BNF. Elle permet de pénétrer le parcours métèque de cet
auteur franco-grec qui, entre sciences, architecture et électronique,
a su faire de la musique contemporaine un art résolument ancré
dans l'espace.
"Je me suis longtemps
demandé comment je pourrais vivre le moins douloureusement,
a reconnu un jour Iannis Xenakis devant des caméras de télévision,
et c'était en composant de la musique. Je me sens mieux ainsi,
dans l'existence, que si je faisais autre chose... le vide est
moindre". Lutter contre le vide, tel fut peut-être le leitmotiv
vital de cette personnalité hybride et fulgurante, née en 1921
dans une famille grecque de Roumanie. Admis dès 1940 à la très
prestigieuse Ecole polytechnique d'ingénierie d'Athènes, Xenakis
doit renoncer à s'y rendre en raison de l'invasion italienne.
Résistant dès la première heure, grièvement blessé en 1945 par
l'explosion d'un obus britannique qui lui arrache la mâchoire,
il reprend toutefois ses études et obtient son diplôme deux
ans plus tard. Condamné à mort et déchu de sa nationalité par
le régime des colonels qui vient de s'installer, il doit s'enfuire
en France dès 1947.
Là, il rencontre Le Corbusier, qui l'embauche et met rapidement
à profit ses talents d'ingénieur et d'architecte. Passionné
de musique, Xenakis suit aussi les cours d'Olivier Messiaen,
qui l'encourage dans ses velléités de composition et l'incite
à intégrer le Groupe de recherche de musique concrète (devenu
depuis Groupe de recherche musical), alors dirigé par Pierre
Schaeffer. Suit, durant plus de quatre décennies, une foisonnante
carrière de compositeur et de scénographe qui ne s'achève qu'au
moment de son décès, survenu un matin de février 2001.
L'exposition organisée
par Catherine Massip à la Bibliothèque nationale de France-site
Richelieu retrace les grandeurs et les méandres de cette existence.
En présentant de nombreux documents manuscrits, notamment des
lettres, partitions et graphiques, elle permet de comprendre,
dans une certaine mesure, les motifs du compositeur et les logiques
de son écriture. En intégrant à ce parcours quelques photos
du pédagogue et de l'artiste à l'oeuvre dans son atelier, elle
nous fait aussi connaître le visage d'un homme qui, semble-t-il,
ne pouvait s'épanouir que dans la gravité du dire et dans la
jouissance du faire.
Au cours de cette visite, le visiteur rencontre notamment une
figure récurrente : celle d'un ensemble de segments de droite
inclinés et sécants entre eux, disposés irrégulièrement comme
dans une botte de foin mal ordonnée. Xenakis l'a inscrite au
moins trois fois sur le papier : dans la structure verticale
du Pavillon Philips de l'exposition universelle de Bruxelles
en 1958, commandé par la firme d'Eindhoven au cabinet de Le
Corbusier ; dans la structure des câbles lumineux en acier du
Polytope de Montréal, animation lumineuse pour le pavillon
de la France à l'exposition universelle tenue au Québec en 1967
; et dans la notation de la pièce pour orchestre Metastasis,
écrite en 1954. Dans son discours de réception de Xenakis à
l'Institut de France en 1984, Messiaen remarquait lui aussi
ce fait troublant : "Qu'un auteur ait pu réunir dans une même
pensée géométrique une oeuvre symphonique et une oeuvre architecturale,
assurait-il, c'est un fait nouveau dans l'histoire de la musique".
Lorsque
Xenakis compose ses premières pièces musicales
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