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Bilan
des Rencontres en Arles
Centrées
sur le thème de l'Anonyme, les 32e Rencontres
Internationales de la Photographie d'Arles font la part
belle aux images de Garry Winogrand : une exposition des photographies
noir et blanc, la première en Europe depuis 20 ans, se tient
à l'Espace Van Gogh jusqu'au 19 août ; une soirée du festival
lui a été consacrée, qui a permis de montrer en première mondiale
les images couleurs du photographe, 300 diapos, choisies par
Gilles Mora parmi les 30 500 ektas du fonds Winogrand, déposé
au Creative Photography de Tucson (Arizona).
Né
en 1928, élève d'Alexis Brodovitch, Garry Winogrand est le fils
spirituel de Walker Evans. En 1955, lorsqu'il prend connaissance
du travail qu'a fait Evans sur les passants dans le métro de
New-York, Winogrand commence son "étude photographique de la
vie américaine". Son sujet : la rue. Piéton, passant lui-même,
il va, pendant presque 30 ans, inlassablement enregistrer, de
manière spontanée, la complexité comme la banalité ou les bizarreries
de la vie urbaine. Winogrand conçoit la rue comme une énigme,
un théâtre où tout est possible et sujet à faire image. Ill
photographie les hommes, les femmes, les groupes, les foules…
Autant d'inconnus, autant d'Anonymes. Comme le dit son galeriste
Jeffrey Fraenkel, "la rue, c'était sa métaphore centrale. Là,
il découvrait les moments théâtraux, aléatoires qui le passionnaient
le plus et il réalisait les images qui restent au cœur de sa
vision".
Cependant,
s'il s'inscrit dans le sillage de Walker Evans, son intention
n'est pas la même. Très vite, il a cerné les limites du photo-journalisme
et il ne cherche pas à dénoncer une quelconque aliénation de
l'individu. Non, ce qui intéresse Winogrand, c'est l'image,
seulement l'Image. Son propos, c'est "l'esthétique du surgissement
photographique" (Gilles Mora), c'est de savoir "à quoi ressemblent
les choses quand elles sont photographiées" (G. Winogrand).
Cette formule, énigmatique elle-même, résume l'intention de
Winogrand : non pas connaître les gens, rentrer dans leur intimité,
chercher à composer quelque chose qui ait un sens, mais plutôt
rester l'étranger, celui qui passe et qui voit, puis qui donne
à voir. Ainsi, Winogrand s'intéresse-t-il plus à la femme photographique
qu'à la condition féminine.
De
Manhattan à Paris, en passant par Dallas, Los Angeles, Londres
et d'autres villes, dans un mouvement photographique où se conjuguent
l'improviste, la fluidité, l'appétit, l'énergie et surtout un
formidable instinct, Garry Winogrand a réalisé plus de 100 000
images, toujours nouvelles, témoignant d'une vision toujours
vierge. L'absence d'artifice, la neutralité de l'émotion, le
rejet de tout formalisme, de toute esthétique a priori permettent
au spectateur de rester libre dans son imagination, dans les
convergences, les divergences, la composition qu'il peut faire
à chaque image.
Disparu
prématurément en 1984, Garry Winogrand est encore mal connu,
tant il a laissé de travail à accomplir dans l'archivage, le
développement et le tirage de ses photographies. Il est cependant
sans conteste l'un des maîtres de la "street photography" américaine,
au même titre que Evans, Frank, Friedlander ou Klein.
Dans
le bel accrochage de l'Espace Van Gogh (agréablement climatisé)
en Arles, Winogrand incite chaque voyageur de l'exposition à
méditer quelques bons instants sur chaque image, puis, simplement,
à passer son chemin.
Fabienne
Siegwart
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Images
tirées du site : masters-of-photography.com
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