expos

 

jusqu'au 27 octobre à la Galerie Camera Obscura / Paris

Willy
Ronis


Une petite musique de nus

Il y a, dans la légende de Willy Ronis, le fantôme d'un musicien, devenu, par la force des choses, dit-il parfois, photographe. Épris des sons, des harmonies, des rythmes, Willy Ronis dut, finalement, faire avec, composer avec la lumière. Il s'agissait avant tout de devenir l'artiste qu'il était. Ainsi, avec la lumière, a-t-il construit une œuvre qui couvre tous les sujets classiques des photographes du XXe siècle. Dans cette oeuvre, le thème du nu féminin occupe une place importante depuis plus d'un demi-siècle. Pour cette rentrée 2001, la Galerie Camera Obscura, qui a déjà exposé Willy Ronis en 1996, consacre à nouveau quelques semaines au photographe et à ses nus. L'exposition est complétée, dans la deuxième salle, par une série de vintages, pour la plupart des images peu connues, réalisées de 1934 à 1955.

La Femme enchantée

Corps-instruments, corps-partitions, corps-rythmes… À voir ces images pures, élégantes, limpides, il semble bien que la femme soit "la plus belle réussite de la création", comme le dit Ronis. Des nus à voir presque comme des paysages, d'une beauté justement non convulsive… Des femmes abandonnées, mais pas sans retenue… Les gestes sont esquissés, les formes sont douces, voire rondes, les peaux révèlent leur grain, les cheveux leur poids. Que la pose ait été prise en 1945 devant le photographe encore jeune homme, ou qu'elle soit récente et qu'elle laisse imaginer telle belle jeune femme sous le regard du vieil homme, les images sont semblables dans ce qu'elles dégagent : la femme est éternelle et le photographe intact dans l'émotion dont il rend compte.

Photographier, c'est donner

Au-delà de l'admiration que l'on peut avoir pour la parfaite simplicité de ces images, un autre sentiment s'impose : celui du respect que le photographe a eu de ses sujets. Regarder l'autre, pour Willy Ronis, c'est lui ajouter quelque chose. Ronis ne prend pas, en photographie. Il donne. Avec une morale de la distance et de la pudeur, sans égotisme, en s'effaçant pour que la lumière soit et révèle le corps. Pas de voyeurisme, peu de mise en scène : il ne s'agit pas de choquer ou de provoquer quelque chose. À travers une sensible harmonie du fond (la petite musique) et de la forme (les lignes), l'art doit d'abord être lisible.

Des tirages d'exception

La deuxième partie de l'exposition est consacrée à une série de vintages. Les tirages, réalisés à l'époque des prises de vue, soit entre 1934 et 1955, ajoutent, par leur qualité, à la connaissance du photographe. D'Aubervilliers à Volendam (Hollande), du retour des prisonniers (1945) au festival de Cannes (1954), ces images montrent la diversité des expériences qui ont permis à l'œuvre de se constituer. Elles témoignent de cette recherche de l'instant magique où toutes les lignes qui vont faire l'image s'organisent et s'harmonisent, comme autant de notes et de rythmes d'un moment musical.

Le moment magique de l'exposition aura sans doute lieu le 25 septembre vers 18h, lorsque Ronis présentera, à la Galerie, le portfolio édité pour l'occasion et comportant 12 photographies, tirées en phototypie, procédé d'impression de type lithographique, sur papier Fabriano. Pour les plus heureux (et les plus riches, quoique…), trente exemplaires de tête de l'ensemble comporteront un tirage au platine d'une œuvre du photographe, dont on attend qu'il nous donne encore à voir et à vivre beaucoup d'autres moments d'exception.

Fabienne Siegwart

Autre article sur Willy Ronis (novembre 2000)
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Willy Ronis, "Nus (1945-1999) & Vintages (1934-1955 "

jusqu'au 27 octobre à la Galerie Camera Obscura,
12 rue Ernest Cresson, 75014 PARIS
Tél 01 45 45 67 08
Du mardi au samedi de 14h à 19h.

Rencontre avec Willy Ronis, à la Galerie Camera Obscura, le 25 septembre à 18h.
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