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Il vous reste encore quelques jours pour aller découvrir les deux expositions simultanées consacrées à lun des plus grands artistes du pop art américain encore
vivant. Deux galeries se sont en effet associées pour la circonstance, permettant aux habitants de la rive droite comme à ceux de la rive gauche de la Seine dadmirer
ses dernières créations.
Tom Wesselmann est lune des trois grandes figures du mouvement Pop
Art américain des années 60. Et le seul encore vivant. Avec Andy Warhol et Roy
Lichtenstein, en effet, ils formèrent lavant garde dun mouvement qui était en rupture avec les artistes expressionnistes abstraits, ces peintres non figuratifs qui
projetaient leurs sentiments et leurs préoccupations métaphysiques sur la toile. Les inventeurs du
Pop Art voulaient au contraire combler "le fossé entre lart et la vie". Réintroduisant la figure dans leurs uvres, ils reprennent les codes de la société de consommation et ses publicités, mais en les détournant de leur fonction
première. Ils aboutissent ainsi à créer des images parfaitement identifiables, sans aucune fonction consumériste, la froideur de leur création invitant le spectateur à une
certaine distanciation avec le sujet proposé et révélant par là même un regard ironique et critique porté sur le fonctionnement de notre société.
La galerie Enrico Navarra et la galerie JGM nous présentent ses derniers travaux. Traitant toujours le thème de la séduction, ce sont principalement des uvres qui
sont créées sur du métal découpé au laser puis peintes, le plus souvent à lacrylique. Le métal et le trait du dessin fusionnent, laissant apparaître le mur blanc qui
supporte luvre dans les parties évidées. Seule la couleur, toujours pure, permet avec le cerne de donner vie à un paysage, à une nature morte ou à un nu.
Poursuivant sa représentation des "Great american nudes"
Wesselmann donne à voir ses modèles favoris (Monica, Kate) dans des poses de
"pin up" alanguies. Les ébauches des uvres sont également présentées. Ce sont des cartons peints puis découpés, laissant percevoir le volume que va représenter luvre une fois
terminée. Bien évidemment, en regardant ses papiers découpés, on ne peut sempêcher de penser à Matisse lorsquà la fin de sa vie, ne pouvant plus peindre, il
faisait préparer des papiers gouachés de différentes couleurs quil découpait alors à laide de ciseaux, ce qui lui permettait de travailler
"dans la couleur" (comme le sculpteur travaille directement la pierre) et de trouver ainsi une solution à l
"éternel conflit du dessin et de la couleur". Wesselmann semble vouloir ici lui rendre
hommage dune double façon. Dune part en reprenant sa technique du papier découpé, quil explore encore davantage en y incluant la troisième dimension. Dautre
part en intégrant dans ses propres uvres des créations du grand maître. Cette dernière manière nest dailleurs pas seulement un hommage. Tous les peintres
Pop Art se sont servis de compositions célèbres dans leurs réalisations afin de se les approprier mais aussi de les désacraliser. Fidèle au courant auquel il appartient,
Wesselmann reprend Mondrian, Motherwell ou Picasso pour décorer certaines de ses scènes dintérieurs, les renvoyant dans un simple rôle de figuration.
On aimerait en voir plus. Quand les musées français auront-ils enfin la volonté nous présenter, eux aussi, une exposition rétrospective de ce mouvement dont leurs
réserves sont si pauvres ?
Eric de Thévenard
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Double exposition à la galerie JGM 8 bis, rue Jacques Callot, Paris 6ème et galerie Enrico Navarra, 76, rue du faubourg Saint Honoré, Paris 8ème. Jusquau
22 juillet 2000.
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