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Retour vers le futur : c’est le voyage auquel nous invitent les galeries nationales du Grand Palais. C’est le thème à portée toujours très philosophique du temps et de
la vision, à chaque époque différente, que l’on se fait de l’avenir qui est proposé dans cette exposition.
Comment l’homme a-t-il vu et voit-il son futur ? Par quelles réalisations concrètes a-t-il manifesté ses désirs et ses angoisses face à cette partie du temps qui n’existe
pas encore, le futur ? C’est à ces questions complexes qu’essaient de répondre les tableaux, dessins, sculptures et autres objets d’art présentés au Grand Palais.
Quel est, en effet, celui d’entre nous qui n’a pas pensé l’an 2000 à sa façon et rêvé, par exemple, de pouvoir conduire des engins volants ou de se faire servir par
des robots obéissants ? Par cette petite introspection personnelle chacun d’entre nous pourra apprécier la foule de sentiments qu’il projette sur son avenir.
L’exposition tente d’apporter des éléments de réponse en proposant une série de thèmes tels que la quête d’éternité par la conservation des corps ou la glorification
des actes des héros, le questionnement sur le devenir des hommes et des âmes après la mort ou les rêves de modernité au travers des représentations de cités
idéales telles qu’ont pu les concevoir les artistes passés et contemporains.
Ce faisant, le visiteur est confronté à des œuvres provenant du monde entier et aussi différentes qu’une statue du pharaon Sésostris III, un cavalier funéraire de terre
cuite chinois accompagnant son général mort dans sa tombe, un portrait en marbre du roi grec Antiochus III ou un « ancêtre » des îles Vanuatu. A cette diversité
géographique correspond une distinction temporelle : les œuvres présentées datent aussi bien de l’Antiquité que de la Renaissance ou de 1997.
De même, une grille supplémentaire d’analyse vient se superposer aux deux autres : toutes les formes artistiques sont mises sur le même plan. Qu’il s’agisse de
peinture comme le tableau aux teintes délicates de Philippe de Champaigne ou d’art dit mineur, comme un tapis du XVIIIème siècle provenant d’Iran ou, encore,
d’art contemporain, avec une installation sonore de Vladimir Kabakov ou une vidéo de Tom Shannon, toutes les créations humaines comportant une idée de
pérennité sont révélées.
Cette exposition essaie en réalité de montrer qu’au-delà des cultures des différentes régions du globe, la conscience de l’homme face à sa propre mort et au futur
qu’il sait ne pouvoir maîtriser, constituent un trait d’union entre les hommes. De là, par un désir louable d’exhaustivité, les organisateurs de l’exposition nous
proposent des œuvres si dissemblables que le visiteur sort un peu étourdi par ce voyage un peu trop rapide au travers du temps et de l’espace qu’il vient
d’accomplir. Mais tant pis, au moins aura-t-il eu un aperçu de l’inextinguible créativité de ses semblables comme de l’évident partage de l’inventivité et de la beauté
des œuvres aux quatre coins du globe.
Comment ne pas s’émerveiller devant le soigneux assemblage de perles qui compose la statue d’une reine du Cameroun ? Comment ne pas s’émouvoir devant
l’histoire de cette princesse japonaise qui avait fait enterrer au huitième siècle des stupas contenant un texte pour que les hommes d’un « nouveau cycle » conservent
son souvenir ? Comment ne pas admirer les différentes constructions pour un projet de cité idéale comme le phalanstère de Laurent Pelletier en 1868 ou la vision de
Kinshasa du troisième millénaire imaginée en 1997 par l’artiste africain Kingelez ?
Les œuvres profanes comme le monument à la troisième Internationale de Tatline le partagent avec les œuvres religieuses. Ainsi, peut-on admirer des vues du
Paradis ou de l’Enfer particulièrement intéressantes comme le tableau représentant Pandémonium, capitale des Enfers que peint John Martin en 1841. De même, des
dessins de la Renaissance illustrant la Divine Comédie de Dante, prêtés pour la première fois, viennent rejoindre l’actualité littéraire et artistique puisque les éditions
Skira viennent de publier le catalogue d’une exposition qui se tient à Florence en ce moment même, consacrée aux illustrations de la Divine Comédie du très célèbre
peintre de la Renaissance, Sandro Botticelli. Mais la religion chrétienne n’est pas la seule représentée et des œuvres provenant de Chine ou du Népal nous livrent les
visions du futur taoïste et bouddhique.
C’est par cette multiplicité et ce foisonnement que l’exposition révèle son caractère à la fois surprenant et didactique. Elle constitue, en cette année 2000, un bon
rappel de ce qui a été imaginé comme de ce qui est en train d’être créé (les bassines musicales de Kabakov en sont un étonnant exemple). Mais le futur
n’appartient-il pas à nous tous et ne dépend-t-il pas, au moins un peu, de ce que nous voulons en faire ?
Eric
de Thévenard
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