Yann
Arthus-Bertrand :
«la planète est une uvre dart»
Reculez
dun pas et respirez un grand coup : cest vertigineux. Ces
formes courbes, sensuelles et colorées, photographiées depuis le
ciel, sont autant de paysages que lon est peu habitué à voir. Et
la plus simple façon de voir autrement est bien de changer dangle
de vue. Voir autrement et dire autre chose : compter les visages
de la Terre et en faire des tableaux qui révèlent létat de la
planète à laube du XXIème siècle. Des images insolites installées
au Musée du Luxembourg dans un accrochage original produit par le
photographe Yann Arthus-Bertrand.
Spécialiste
et passionné de la photographie aérienne, Yann Arthus-Bertrand
sest lancé dans laventure, soutenu par lUnesco, il y a cinq
ans. A bord dun hélicoptère, il sélève au-dessus de la terre
et à quelques centaines ou milliers de mètres, et il prend des clichés,
si étranges quils peuvent parfois nous paraître abstraits. Un
banc de sable en Australie a des allures de peinture contemporaine, la
salinisation des terres a dessiné une forme de cur dans les marais
en Nouvelle-Calédonie, les cendres dun arbre ont impreigné le sol
de son souvenir en Côte dIvoire. Des images fortes et belles exposées
en grand format (des tirages de 2m²). Le visiteur se promène devant
dimmenses fenêtres ouvertes sur le monde. Jusque sur les grilles
du Musée, on peut suivre cette invitation à contempler la terre, en
parcourant des textes scientifiques qui racontent les lieux et les
modes de vie de leurs habitants.
Limage
traduit une réalité géographique et historique en même temps
quelle offre un spectacle émouvant, parfois déroutant. La
photographie a la capacité dêtre à la fois un plaisir esthétique
et une source précieuse, car précise, dinformations. Les photos
de Yann Arthus-Bertrand sont belles comme un coucher de soleil sur une
île grecque mais sont aussi porteuses dune réflexion et dun
regard aiguisé. La dimension humaine de la planète est joliment
dessinée dans une mise en perspective du temps humain et du temps géologique.
Rapporté à léchelle de la terre, lhomme apparaît dans toute
sa fragilité et ne peut masquer son universalité.
Yann Arthus-Bertrand appartient à cette famille de photographes qui
élargit sans cesse la vision politique de lhomme. De même que
dans le travail de Salgado sur les
flux de populations, la globalisation, la mondialisation prend ici un
sens humain très profond. Beaucoup de photographies témoignent de
linterférence de lhomme sur son milieu naturel. Et les résultats
visibles pointés par le photographe appellent à la responsabilité
collective. Une citoyenneté qui nest pas celle des nations mais
celle du « Global World » : cest ça aussi, le
village planétaire.
Un
dossier réalisé par Chrystel Jubien
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