expos

Centre Georges-Pompidou
Le temps, vite

Le temps, vite. Aujourd’hui plus que jamais, alors que je me levais tôt pour pouvoir visiter le nouveau Beaubourg avant la foule du plein après-midi, la question du temps et de la cadence de la visite se posait de façon hypertrophiée. Diverses solutions se présentaient : en tant qu’amateur consciencieux, aurai-je le temps de tout voir ? Au titre de zappeur effréné, me faudrait-il au contraire une heure seulement pour parcourir l’expo et dénicher ce que j’y étais venu traquer ? Ou le spectateur attentif que je suis se laisserait-il tout simplement capter, sans plus se poser la question oiseuse et essentielle, Le temps, vite ? Il fallait que les Temps modernes (et l’arrivée de mécènes privés dans le champs de l’institution culturelle) que fêtait la grande réouverture de Beaubourg à l’entrée du XXIe siècle incorporent - également - essentiellement - cette sempiternelle question du devenir humain, commun et si viscéralement singulier... Car après tout, pourquoi, le temps pressant, aller courir les expositions...

Temps du travail, temps des loisirs, temps des transports et temps des télécommunications. En plus de ce temps historique, évoqué grâce à des prêts du musée du Louvre notamment - un clepsydre égyptien, des calendriers révolutionnaire, maya ou chinois, et qui permettent une appréhension du temps à une échelle également historique - l’exposition ne se cantonne d’abord pas à une vision purement artistique. Beaubourg retrouve là sa vocation pluridisciplinaire initiale et les temps sociaux, politiques, philosophiques ou économiques sont également figurés. Comme par une correspondance qui ne devrait pas être une simple image, une bibliothèque réfléchissant tous les domaines de savoir est proposée à la libre consultation du public, métaphore exacte du lieu du musée tel qu’il se présente aujourd’hui par delà sa scénographie : ouvert à tous et réservé à chacun, multiartistique et pluriculturel. Vous pourrez y lire Bachelard, Michelet, Aron ou Poulet, à loisir...

Temps de l’intériorité, irréversibilité du devenir, Vanités. Lieux par excellence du temps subjectif, l’intimité et le sentiment de l’irréversibilité, jusqu’à la seconde ultime, et l’obsession d’enregistrer sa propre présence ici et maintenant, se déclinent avec les natures mortes de Gerhard Richter ou les autoportraits de Mapplethorpe, ou aussi la très convaincante installation One hundred Live and Die de Bruce Nauman. Une grande place est faite aux œuvres, peintures, sculptures, photographies mais aussi installations et performances, qui réfléchissent le thème proposé en usant de stratagèmes : instantanéité dérobée de la photographie, dynamisme inné de l’image cinématographique, expressivité de la répétition ou de la sérialisation. Très efficace est en la matière la démonstration de Felix Gonzalez-Torres, qui avec deux simples horloges composent des Perfect Lovers promis à toute éternité. Sans une durée propre telle qu’en a l’image animée, une œuvre, en deux ou trois dimensions, souffre donc à figurer le temps, à moins de recourir à l’allégorie ou à la juxtaposition. Abstraction fondamentale qui oblige ainsi à biaiser systématiquement, il n’est finalement jamais possible d’appréhender le temps autrement que par des analogies, dont la première, la musique, avec un environnement sonore de Heiner Goebbels par exemple, donne la plus exacte mesure. Toute en sensations, irruptions, surprises.

Réflexion troublante sur l’image et simulacre absolu, l’immersion dans le temps carcéral imaginée par Laurie Anderson (Dal Vivo Stories) dévoile ce qu ’aucune caméra n ’avait jusqu’à présent pu montrer, tandis que la lecture in extenso de la Recherche du temps perdu, pour ne citer que ces deux derniers exemples dans cette pléthore parfaitement orchestrée, défie tout ce qu’on pouvait imaginer du temps de la lecture, autre temps ici célébré...

La formidable réussite de cette exposition est donc, par delà l’extrême diversité des corollaires et des approches proposés, de respecter et concilier la mesure de chacun : grand public, amateurs d’art, curieux des techniques de tous poils et jusqu’au collectionneur patenté (grand choix de calendriers de la poste, comme en libre service), le temps nous est, simplement, donné. Et fait notable, le spectateur placé au cœur de l’exposition, est libre d’aller, d’apprécier, de comprendre à son rythme, sans que jamais nulle interférence ne se produise. Dans cet environnement nouveau, et notamment par la scénographie volontiers intimiste et l’utilisation judicieuse du multimédia, on apprécie que le temps du musée se règle au diapason, de concert avec le temps collectif, sur le temps, vite, préservé, privé.

Arnaud Jacob


Au Centre Georges-Pompidou
du 13 mars au 17 avril
Renseignements : 01.44.78.12.33

édiTARD

Plumes

Mp3

Radio flu

Interviews


Courrier