expos

 

>>Liens

Site du Musée d'Orsay
Symbolisme

Boston College Fine Arts Department
Galerie
Gustave Moreau

Site perso
Gustave Moreau

 

 

 

 

 

 

 

Les Peintres
de l'âme,
le symbolisme idéaliste
en France

Pavillon des arts


L’exposition du  Pavillon des arts consacrée aux peintres symbolistes de la fin du siècle dernier nous permet de redécouvrir les méandres d’un mouvement négligé de l’histoire de l’art dont on ne connaît que les artistes célèbres comme Gustave Moreau, Puvis de Chavannes ou Maurice Denis. Mais replaçons-nous dans le contexte.

1890. Un siècle de progrès technique s’achève avec les grandes conquêtes de l’homme sur le temps et l’espace grâce au télégraphe, au chemin de fer et à l’électricité. Qu’inspire aux jeunes artistes une telle profusion de découvertes scientifiques ? Un sentiment de rejet et de méfiance. Le critique Albert Aurier jugeait en 1892 son temps comme « …une époque exclusivement matérialiste, industrielle, utilitaire où nul ne soupçonnait plus que l’art pût être autre chose qu’un métier, qu’un commerce lucratif, où le peintre et le photographe avaient les mêmes aspirations, où le mot d’idéal faisait sourire comme un vocable ridicule et vide de sens… » Avant d’en arriver là, le dernier mouvement qui a secoué le milieu artistique se nomme  « Impressionnisme ». Les artistes symbolistes le jugent, à l’instar d’Odilon Redon « bas de plafond ». Les impressionnistes ne s’intéressent en effet qu’au rendu de la lumière sur la toile, qu’à la perception rétinienne.

Les symbolistes, au contraire, estiment qu’une œuvre d’art n’est pas un simple travail d’observation, qu’elle doit aller au delà du simple aspect des choses. Pour eux, « l’avenir est au monde subjectif. Il faut peindre ce que l’on a jamais vu et verra jamais. » Ils s’érigent contre le progrès technique. La peinture du Moyen Age, jugée plus spirituelle que celle de leur siècle, sert de modèle. Armand Point nous propose ainsi deux versions d’une même « Princesse à la licorne », vêtue comme au moyen âge dont l’une est un cuivre émaillé rappelant les émaux de la Renaissance de Charles Limosin.

Ils quêtent l’idéal. Le mystère, les thèmes religieux et fantastiques sont remis à l’honneur. Ainsi Valère Bernard, dans sa série d’eaux-fortes, tente d’effrayer le spectateur en lui présentant des femmes à tête de tigre et pieds en forme de pattes de lion au milieu de vampires, serpents et vautours. Tout comme Auguste Rodin qui nous livre sa vision d’un « succube ».

Abhorrant le naturalisme contemporain, la poésie, la méditation et l’isolement deviennent nécessaires pour ces artistes. Ainsi dans leurs paysages aux contours incertains comme celui de Lucien Lévy Dhurmer intitulé « Bruges, effet de neige », un sentiment de solitude et de silence s’impose au spectateur devant une ville fantôme, cachée derrière un épais rideau de neige.

Mais certaines toiles invitent aussi au rêve de façon plus douce telle cette sculpture de Camille Claudel intitulée « La valse », ou ce magnifique pastel de Lucien Lévy Dhurmer dévoilant un dos féminin baignant dans une lumière lunaire. Cette dernière œuvre intitulée « Harmonie en bleu, variation sur la sonate au clair de lune » rappelle les liens tissés entre les différentes disciplines artistiques. L’exposition, voulant replacer le spectateur dans le contexte de l’époque et souligner cette union des arts, diffuse, tout au long du parcours, des extraits musicaux contemporains des œuvres situées en cimaises. Ainsi peut-on entendre Wagner, Debussy ou Fauré.

Enfin, un autre grand mérite de cette exposition tient à ce que, le plus souvent, ces œuvres sont présentées dans leur cadre d’époque, ce qui permet de replacer ces créations dans leur environnement tourmenté d’un siècle finissant. Parfois c’est un encadrement imitant les vitraux polylobés des cathédrales gothiques. Parfois au contraire, c’est une végétation luxuriante qui parcourt le cadre en d’improbables mais superbes volutes dorées ou argentées.

Ainsi apparaît un mouvement écartelé entre le désir d’un retour aux sources spirituelles de l’art et la quête d’une nouvelle façon de créer. Préfiguration de l’Art Nouveau par la déformation et la stylisation qu’il impose aux éléments ainsi que par la recherche d’une union des arts, il sera redécouvert au XXème siècle par les artistes surréalistes qui admireront le goût des symbolistes pour l’irréel, y voyant là une communauté de recherche avec leurs propres travaux sur l’inconscient. On pourrait regretter l’absence de pièces maîtresses du mouvement, telles que l’on a pu en voir lors de la présentation de l’exposition dans son premier état en Belgique, à la fin de l’année dernière. Mais, un mal pour un bien, cette version parisienne nous permet d’appréhender le mouvement tout en redécouvrant les artistes oubliés de ce courant pictural, tels Armand Point, Aman Jean, Carlos Schwabe ou Alexandre Séon …

Eric de Thévenard

Liens thématiques avec l’exposition :
- Lire les romans de Rodenbach comme Bruges la Morte, ou le très célèbre A Rebours de Huysmans.
- Lire les poésies de Charles Baudelaire, d’Arthur Rimbaud, ou de Mallarmé.

Les peintres de l’âme, le symbolisme idéaliste en France
Pavillon des Arts
jusqu’au 25 juin
 Les Halles, porte Rambuteau, terrasse Lautréamont, 75001 Paris. Tous les jours, sauf lundi et jours fériés de 11h30 à 18h30.

édiTARD

Plumes

Mp3

Radio flu

Interviews


Courrier