"Ces gens ne construisent ni villes ni remparts, ils emportent
leurs maisons avec eux, ils sont archers et cavaliers, ils
ne labourent pas et vivent de leurs troupeaux, ils ont leurs
chariots pour demeures : comment ne seraient -ils pas à la
fois invincibles et insaisissables ?" Hérodote, l'Enquête,
IV (46).
Après
l'exposition "L'Asie des Steppes" au musée national des arts
asiatiques, "L'or des Amazones" au musée Cernuschi, voici
l'exposition "L'or des rois scythes" aux Galeries Nationales
du Grand Palais.
La première offrait un panorama géographique (des rives de
la mer Noire au bord du Fleuve Jaune) et historique (du VIIe
siècle avant notre ère au XIIIe siècle) de l'art et de l'histoire
de ces peuples nomades des steppes. La seconde concernait
les récentes découvertes archéologiques de la Fédération de
Russie dans la région du Don et de son embouchure, du VIe
siècle avant notre ère au IIIe siècle.
L'Or des rois scythes présente les dernières découvertes archéologiques
d'Ukraine. Le choix muséographique de l'exposition est de
confronter l'archéologie et le texte d'Hérodote, "Enquête"
(livre IV). Hérodote est le premier à tenter de cerner l'origine
et l'histoire de ses contemporains scythes, de rendre compte
de leurs mœurs et de leurs pratiques guerrières et funéraires.
Né à Halicarnasse entre -440 et -400, Hérodote est considéré
comme le "père de l'histoire". Le terme grec "historiè" nous
vient de lui, mais il signifie au Ve siècle avant J.-C. "l'enquête"
menée par un témoin "qui rapporte ce qu'il a vu lui-même et
appris au cours de ses recherches". Il décrit les pays qu'il
a visité, les hommes qu'il a rencontré ou dont il a entendu
parler. L'ethnologue Mircéa Eliade s'en inspire pour faire
des comparaisons avec certains peuples contemporains dans
son ouvrage "Le chamanisme". Les grecs appelèrent 'Scythes'
ou 'Skythai' les nomades guerriers de l'Asie Mineure et du
nord de la mer Noire. L'exposition présente au rez-de-chaussée
trois thèmes qui nous font pénétrer dans le monde scythe :
l'identité scythe, leur ouverture sur le monde et leurs productions
artistiques. Au premier étage, le visiteur pénètre dans les
kourganes, le monde des morts.
Les
Scythes, peuple nomade n'utilisant pas l'écriture, apparaissent
au VIIe siècle avant notre ère. Ils arrivent des régions situées
dans les plaines et les piémonts du Kouban et du Caucase du
nord. Ils s'installent progressivement sur le pourtour septentrional
de la mer Noire entre le Don et le Boug. Ils lancent en -650
une expédition militaire vers le sud, écrasant l'Urartu, envahissant
l'Assyrie, occupant l'Iran, atteignant la Palestine, menaçant
l'Egypte avant de revenir à leur base de départ. La mention
la plus ancienne des Scythes remonte au VIIe siècle avant
notre ère dans les textes assyriens et correspond au début
de l'expansion des Scythes dans le Caucase et en Asie Mineure.
Le Perse Darius essaiera en vain de les conquérir en franchissant
l'Hellespont, puis le Danube avec une armée qui s'épuisera
devant les insaisissable cavaliers scythes. Les Perses qualifient
tous les peuples des steppes de "Caka", terme nomade signifiant
"cerf".
Cet animal apparaît sur de nombreux objets de l'exposition
comme sur les appliques de coiffe féminine en or datant de
la fin du VIIe au début du VIe siècle avant J.-C. provenant
de Ternivka Mohyla ou l'ornement couronnant une tête de cheval
en or datant du IVe siècle avant J.-C. provenant d'Hunivka.
Dès la fin du VIe siècle avant notre ère, le nombre des kourganes
- les tombeaux scythes sous tumulus - augmente au nord de
la mer Noire. Les défunts y sont enterrés dans de riches parures
et sont accompagnés de leurs chevaux harnachés. Le nomadisme
à cheval est en effet un mode de vie propre aux différents
peuples de la steppe eurasiatique, le cheval étant décrit
par les textes anciens comme petit, trapu et résistant. Les
chevaux accompagnent les défunts importants dans la mort et
leur sacrifice montre l'importance du cheval dans la société
scythe. Bête de somme, moyen de transport ou compagnon du
guerrier, le cheval fait partie de l'armement du guerrier.
Les objets extraits des kourganes attestent des cultes funéraires
pratiqués par les Scythes. Les parures métalliques sont présentes
dans de nombreuses sépultures, mais ne sont en or massif ou
recouvertes de feuille d'or que dans les kourganes les plus
riches.
A la même époque vers le milieu du VIe siècle avant notre
ère, des colons grecs fondent plusieurs comptoirs dont celui
d'Olbia. Dès le début, d'étroites relations commerciales s'établissent
entre les colons et les autochtones. Echangés contre les produits
locaux surtout le blé, les nombreux objets d'origine grecque
comprenant hydrie, loutérion et situle provenant de Pischane
et datant du Ve siècle avant J.-C. en bronze en sont la preuve.
De même, les motifs végétaux et ornementaux de volutes, de
feuilles d'acanthes, de rosettes et de palmettes témoignent
de l'influence de l'art grec. Ces nomades empruntèrent aussi
des éléments de différentes civilisations sédentaires limitrophes
ou plus lointaines comme la civilisation chinoise.
L'applique de baudrier en bronze datant du Ve siècle avant
J.-C. et provenant du Kourgane Berestniahy montre un motif
de deux têtes de lion vues de profil et adossées pour composer
une tête de lion vue de face. Ce principe rappelle celui utilisé
par les chinois dans les taotie décorants les récipients rituels
de l'âge du bronze. Les steppes situées entre les comptoirs
grecs et les zones agricoles sont contrôlées par les Scythes.
Vers la fin du Ve siècle avant J.-C. apparaît un premier Etat
scythe sur le territoire actuel de l'Ukraine. Au siècle suivant,
plusieurs milliers de kourganes sont attestés dans cette région.
Dans la zone des steppes, entre Dniepr et Don, se situe le
territoire des Scytes royaux nommés par Hérodote :
"Au delà du Gerrhos, se trouvent les
régions dites "royales" et les Scythes les plus vaillants
et les plus nombreux, qui regardent les autres Scythes comme
leurs esclaves" L'Enquête, IV (20)
L'exposition
"L'or des rois scythes" concerne plus particulièrement ces
Scythes royaux ou Scythes de Scythie. Elle tente de montrer
qui était ce peuple, quel rôle commercial il jouait avec les
Grecs et comment les Grecs les percevaient.
L'iconographie fait la part belle au fameux "art animalier".
Les objets d'apparat trouvés dans les kourganes sont constamment
ornées d'animaux. Ces animaux sont communs à l'ensemble des
peuples des steppes. Animaux réalistes comme les félins, les
cerfs, les chevaux, les rapaces ou animaux fantastiques comme
les griffons d'origine orientale, les sphinx et les lions
cornus courent, se combattent sur de minuscules objets, bordent
en frise des scènes tirées de la mythologie grecque.
Véronique
Bouchut
www.rmn.fr/roisscythes
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