expos

du 27.09au 31.12 2001 au Galeries Nationales du Grand Palais

L'Or des rois scythes


"Ces gens ne construisent ni villes ni remparts, ils emportent leurs maisons avec eux, ils sont archers et cavaliers, ils ne labourent pas et vivent de leurs troupeaux, ils ont leurs chariots pour demeures : comment ne seraient -ils pas à la fois invincibles et insaisissables ?" Hérodote, l'Enquête, IV (46).

Après l'exposition "L'Asie des Steppes" au musée national des arts asiatiques, "L'or des Amazones" au musée Cernuschi, voici l'exposition "L'or des rois scythes" aux Galeries Nationales du Grand Palais.
La première offrait un panorama géographique (des rives de la mer Noire au bord du Fleuve Jaune) et historique (du VIIe siècle avant notre ère au XIIIe siècle) de l'art et de l'histoire de ces peuples nomades des steppes. La seconde concernait les récentes découvertes archéologiques de la Fédération de Russie dans la région du Don et de son embouchure, du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle.
L'Or des rois scythes présente les dernières découvertes archéologiques d'Ukraine. Le choix muséographique de l'exposition est de confronter l'archéologie et le texte d'Hérodote, "Enquête" (livre IV). Hérodote est le premier à tenter de cerner l'origine et l'histoire de ses contemporains scythes, de rendre compte de leurs mœurs et de leurs pratiques guerrières et funéraires.
Né à Halicarnasse entre -440 et -400, Hérodote est considéré comme le "père de l'histoire". Le terme grec "historiè" nous vient de lui, mais il signifie au Ve siècle avant J.-C. "l'enquête" menée par un témoin "qui rapporte ce qu'il a vu lui-même et appris au cours de ses recherches". Il décrit les pays qu'il a visité, les hommes qu'il a rencontré ou dont il a entendu parler. L'ethnologue Mircéa Eliade s'en inspire pour faire des comparaisons avec certains peuples contemporains dans son ouvrage "Le chamanisme". Les grecs appelèrent 'Scythes' ou 'Skythai' les nomades guerriers de l'Asie Mineure et du nord de la mer Noire. L'exposition présente au rez-de-chaussée trois thèmes qui nous font pénétrer dans le monde scythe : l'identité scythe, leur ouverture sur le monde et leurs productions artistiques. Au premier étage, le visiteur pénètre dans les kourganes, le monde des morts.

Les Scythes, peuple nomade n'utilisant pas l'écriture, apparaissent au VIIe siècle avant notre ère. Ils arrivent des régions situées dans les plaines et les piémonts du Kouban et du Caucase du nord. Ils s'installent progressivement sur le pourtour septentrional de la mer Noire entre le Don et le Boug. Ils lancent en -650 une expédition militaire vers le sud, écrasant l'Urartu, envahissant l'Assyrie, occupant l'Iran, atteignant la Palestine, menaçant l'Egypte avant de revenir à leur base de départ. La mention la plus ancienne des Scythes remonte au VIIe siècle avant notre ère dans les textes assyriens et correspond au début de l'expansion des Scythes dans le Caucase et en Asie Mineure. Le Perse Darius essaiera en vain de les conquérir en franchissant l'Hellespont, puis le Danube avec une armée qui s'épuisera devant les insaisissable cavaliers scythes. Les Perses qualifient tous les peuples des steppes de "Caka", terme nomade signifiant "cerf".
Cet animal apparaît sur de nombreux objets de l'exposition comme sur les appliques de coiffe féminine en or datant de la fin du VIIe au début du VIe siècle avant J.-C. provenant de Ternivka Mohyla ou l'ornement couronnant une tête de cheval en or datant du IVe siècle avant J.-C. provenant d'Hunivka.
Dès la fin du VIe siècle avant notre ère, le nombre des kourganes - les tombeaux scythes sous tumulus - augmente au nord de la mer Noire. Les défunts y sont enterrés dans de riches parures et sont accompagnés de leurs chevaux harnachés. Le nomadisme à cheval est en effet un mode de vie propre aux différents peuples de la steppe eurasiatique, le cheval étant décrit par les textes anciens comme petit, trapu et résistant. Les chevaux accompagnent les défunts importants dans la mort et leur sacrifice montre l'importance du cheval dans la société scythe. Bête de somme, moyen de transport ou compagnon du guerrier, le cheval fait partie de l'armement du guerrier. Les objets extraits des kourganes attestent des cultes funéraires pratiqués par les Scythes. Les parures métalliques sont présentes dans de nombreuses sépultures, mais ne sont en or massif ou recouvertes de feuille d'or que dans les kourganes les plus riches.
A la même époque vers le milieu du VIe siècle avant notre ère, des colons grecs fondent plusieurs comptoirs dont celui d'Olbia. Dès le début, d'étroites relations commerciales s'établissent entre les colons et les autochtones. Echangés contre les produits locaux surtout le blé, les nombreux objets d'origine grecque comprenant hydrie, loutérion et situle provenant de Pischane et datant du Ve siècle avant J.-C. en bronze en sont la preuve. De même, les motifs végétaux et ornementaux de volutes, de feuilles d'acanthes, de rosettes et de palmettes témoignent de l'influence de l'art grec. Ces nomades empruntèrent aussi des éléments de différentes civilisations sédentaires limitrophes ou plus lointaines comme la civilisation chinoise.
L'applique de baudrier en bronze datant du Ve siècle avant J.-C. et provenant du Kourgane Berestniahy montre un motif de deux têtes de lion vues de profil et adossées pour composer une tête de lion vue de face. Ce principe rappelle celui utilisé par les chinois dans les taotie décorants les récipients rituels de l'âge du bronze. Les steppes situées entre les comptoirs grecs et les zones agricoles sont contrôlées par les Scythes. Vers la fin du Ve siècle avant J.-C. apparaît un premier Etat scythe sur le territoire actuel de l'Ukraine. Au siècle suivant, plusieurs milliers de kourganes sont attestés dans cette région.
Dans la zone des steppes, entre Dniepr et Don, se situe le territoire des Scytes royaux nommés par Hérodote :

"Au delà du Gerrhos, se trouvent les régions dites "royales" et les Scythes les plus vaillants et les plus nombreux, qui regardent les autres Scythes comme leurs esclaves" L'Enquête, IV (20)

L'exposition "L'or des rois scythes" concerne plus particulièrement ces Scythes royaux ou Scythes de Scythie. Elle tente de montrer qui était ce peuple, quel rôle commercial il jouait avec les Grecs et comment les Grecs les percevaient.
L'iconographie fait la part belle au fameux "art animalier". Les objets d'apparat trouvés dans les kourganes sont constamment ornées d'animaux. Ces animaux sont communs à l'ensemble des peuples des steppes. Animaux réalistes comme les félins, les cerfs, les chevaux, les rapaces ou animaux fantastiques comme les griffons d'origine orientale, les sphinx et les lions cornus courent, se combattent sur de minuscules objets, bordent en frise des scènes tirées de la mythologie grecque.

Véronique Bouchut

www.rmn.fr/roisscythes
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L'Or des rois scythes
, du 27 septembre au 31 décembre 2001 au Galeries Nationales du Grand Palais.

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