La galerie Acte 2 présente jusqu'au 15 octobre des photographies
de Mirella Ricciardi. "African Visions" - où l'on
retrouve quelques-unes des images de son premier livre "Vanishing
Africa" publié en 1971 - réunit les visions saisissantes
d'une conscience qui s'éveille à la contradiction, reconnaît
ses inhibitions et assume ses ambivalences : histoire d'une
Afrique révélée par le regard grisé d'une femme photographe
dont la double identité s'exprime en blanc, en noir et en
couleurs.
Mirella
Ricciardi a été élevée en Afrique dans le "cadre naturel"
d'un colonialisme paternaliste qui réduisait ce continent
aux images exotiques d'aventuriers très littéraires et où
la couleur de la peau ne pouvait stigmatiser que des rapports
sociaux hiérarchiques, quant ils n'étaient pas esclavagistes.
Mariée, mère de deux enfants, puis séparée, elle se laisse
submerger pendant un temps par l'échec de cette relation avant
de suivre un itinéraire photographique qui lui révèle l'Afrique
et la vacuité de la perception qu'elle avait jusqu'alors de
ce continent.
La
confrontation est d'autant plus difficile avec elle, que leurs
regards se croisent et se répondent dans un écho douloureusement
intime. D'un homme, Shahibu, dont pense-t-elle tout la sépare,
la langue, la couleur de la peau, l'éducation, le statut social,
elle apprend l'Afrique : "From him I learned the fundamental
truths and values of life (..) At one with him, I was at one
with Africa." L'incompréhension, la tension sociale que
suscitent leur relation aura raison du couple. Auparavant,
Shahibu, aura accompagné la photographe dans ses voyages et
l'aura assistée dans son travail.
Dans
l'itinéraire de la femme, dans son histoire personnelle, Mirella
Ricciardi enracine son travail de photographe d'Afrique. À
l'exotisme et la béatitude de l'enfance et de l'adolescence,
succède une conscience éveillée où l'empathie que lui inspirait
les "visions africaines" de son entourage est vaincue par
des images qui ont la justesse de la confrontation, une confrontation
avec l'Afrique et avec elle-même où la photographe s'est véritablement
mise en danger. Comparant sa relation à l'Afrique avec celle
de Karen Blixen, connue pour son texte "Out of Africa",
la photographe écrit : "My own love affair with Africa
had far deeper roots, for it was not love at first sight and
everlasting, but a gentle and progressive ripening of many
summer fruits wich slowly soured and fermented into fetid
waste ; a simphony of sounds that rose to a crescendo and
then degenerated into noise." L'urgence du travail photographique
et la justesse du regard provient nécessairement de cette
conscience progressive de ce qui, en Afrique, se délite alors
imperceptiblement.
Les
photographies de Mirella Ricciardi ne sont pas empruntent
d'un esthétisme artificiel qui jouerait de la beauté des formes
humaines et des lignes de cette terre pour n'en faire que
de belles images. Les regards percent le cadre. Il n'y a pas
d'embellissement, de savants cadrages qui joueraient des lumières
essentielles de l'Afrique, il n'y a pas de sympathie excessive
pour ces visages, ces statures, les gestes de Somalie, du
Kenya, du Yémen, du Soudan,... Si esthétique il y a, c'est
celle de la justesse d'une sensibilité qui comprend enfin
que les costumes, les hommes, les femmes, sculptés de terre
rouge, de tissus, de voiles et de bijoux, que cette Afrique
où la nudité et la pudeur ne sont pas celles de l'occident,
où les taches quotidiennes ont la simplicité de l'essentiel,
n'ont enfin rien à voir avec ce qui lui avait été inculqué.
"Having been born there, I was so much part of it"
dit-elle. C'est de cette évidence que ses images témoignent
car elle y dévoile pudiquement la matière sensible qui a moulé
la femme et former le regard de la photographe… d'Afrique
: "Vanishing Africa was my journey of self-discovery and
self awareness".
Claudia
Mélin
Site
de Mirella Ricciardi : http://www.mirellaricciardi.com
Site
de la galerie : http://www.prozart.com
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