expos

3 septembre 2001 - 6 octobre 2001 Galerie Acte 2


African Visions
Mirella Ricciardi


La galerie Acte 2 présente jusqu'au 15 octobre des photographies de Mirella Ricciardi. "African Visions" - où l'on retrouve quelques-unes des images de son premier livre "Vanishing Africa" publié en 1971 - réunit les visions saisissantes d'une conscience qui s'éveille à la contradiction, reconnaît ses inhibitions et assume ses ambivalences : histoire d'une Afrique révélée par le regard grisé d'une femme photographe dont la double identité s'exprime en blanc, en noir et en couleurs.

Mirella Ricciardi a été élevée en Afrique dans le "cadre naturel" d'un colonialisme paternaliste qui réduisait ce continent aux images exotiques d'aventuriers très littéraires et où la couleur de la peau ne pouvait stigmatiser que des rapports sociaux hiérarchiques, quant ils n'étaient pas esclavagistes. Mariée, mère de deux enfants, puis séparée, elle se laisse submerger pendant un temps par l'échec de cette relation avant de suivre un itinéraire photographique qui lui révèle l'Afrique et la vacuité de la perception qu'elle avait jusqu'alors de ce continent.

La confrontation est d'autant plus difficile avec elle, que leurs regards se croisent et se répondent dans un écho douloureusement intime. D'un homme, Shahibu, dont pense-t-elle tout la sépare, la langue, la couleur de la peau, l'éducation, le statut social, elle apprend l'Afrique : "From him I learned the fundamental truths and values of life (..) At one with him, I was at one with Africa." L'incompréhension, la tension sociale que suscitent leur relation aura raison du couple. Auparavant, Shahibu, aura accompagné la photographe dans ses voyages et l'aura assistée dans son travail.

Dans l'itinéraire de la femme, dans son histoire personnelle, Mirella Ricciardi enracine son travail de photographe d'Afrique. À l'exotisme et la béatitude de l'enfance et de l'adolescence, succède une conscience éveillée où l'empathie que lui inspirait les "visions africaines" de son entourage est vaincue par des images qui ont la justesse de la confrontation, une confrontation avec l'Afrique et avec elle-même où la photographe s'est véritablement mise en danger. Comparant sa relation à l'Afrique avec celle de Karen Blixen, connue pour son texte "Out of Africa", la photographe écrit : "My own love affair with Africa had far deeper roots, for it was not love at first sight and everlasting, but a gentle and progressive ripening of many summer fruits wich slowly soured and fermented into fetid waste ; a simphony of sounds that rose to a crescendo and then degenerated into noise." L'urgence du travail photographique et la justesse du regard provient nécessairement de cette conscience progressive de ce qui, en Afrique, se délite alors imperceptiblement.

Les photographies de Mirella Ricciardi ne sont pas empruntent d'un esthétisme artificiel qui jouerait de la beauté des formes humaines et des lignes de cette terre pour n'en faire que de belles images. Les regards percent le cadre. Il n'y a pas d'embellissement, de savants cadrages qui joueraient des lumières essentielles de l'Afrique, il n'y a pas de sympathie excessive pour ces visages, ces statures, les gestes de Somalie, du Kenya, du Yémen, du Soudan,... Si esthétique il y a, c'est celle de la justesse d'une sensibilité qui comprend enfin que les costumes, les hommes, les femmes, sculptés de terre rouge, de tissus, de voiles et de bijoux, que cette Afrique où la nudité et la pudeur ne sont pas celles de l'occident, où les taches quotidiennes ont la simplicité de l'essentiel, n'ont enfin rien à voir avec ce qui lui avait été inculqué. "Having been born there, I was so much part of it" dit-elle. C'est de cette évidence que ses images témoignent car elle y dévoile pudiquement la matière sensible qui a moulé la femme et former le regard de la photographe… d'Afrique : "Vanishing Africa was my journey of self-discovery and self awareness".

Claudia Mélin

Site de Mirella Ricciardi : http://www.mirellaricciardi.com
Site de la galerie : http://www.prozart.com

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African Visions - Mirella Ricciardi
3 septembre 2001 - 6 octobre 2001 - Galerie Acte 2 - 41, rue d'Artois - 75008 Paris** Ouvert du lundi au samedi : 12hoo - 19h00

Le dernier livre de Mirella Ricciardi :
"Une femme en Afrique. Journal d'une photographe"
La Martinière, 2001, 286 p. African Visions. The Diary of an African Photographer, Cassell Academy, 2000, 288 p.
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