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Giacometti, l'home qui marche sous la pluie, rue d'Alésia

"L'homme qui marche"
Jardins du Palais Royal

Expo-promenade dans les Jardins du Palais royal. Selon l’humeur, flânerie badine dans les dédales de Buren ou promenade sentimentale dans le sillage de Giacometti ? Pas sûr. C’est à Paris, c’est culturel et c’est gratuit.


Qui des vieux, des jeunes, des touristes ; qui des cadres en goguette du Ministère de la culture, des mères charmées par le décor renaissance du Palais royal,  venues profiter des premiers rayons de soleil dans le parc, ou des vieilles dames donnant du grain aux volées de pigeons ; qui du cadre pressé, du chômeur, ou des toujours jeunes retraités, mettra son pas dans celui - dans ceux par la force de l’exposition - de l’homme qui marche ?

Jusqu’au 12 juin sont exposées dans la cour et les jardins du Palais Royal (M° Palis Royal - musée du Louvre) une trentaine de sculptures d’artistes modernes et contemporains réunies sous l’égide de « L’homme qui marche » de Giacometti. L’exposition ordonnancée par le ministère de la culture est thématique, puisque dans le sillage du grand artiste italien installé à Paris ont été choisies des oeuvres qui présentent des figures dans cette station si fondamentale à l’homme, la marche, donnant lieu à toutes les interprétations métaphoriques et symboliques imaginables. Comme un seul homme, Arman, Botero, Bourdelle, César, Chadwick, Gargallo, Haring, Lüpertz, Maillol, Mimran, Richier, Saint-Phalle, Zadkine ... auraient donc emboîtés le pas de la statue symbole de la seconde moitié du XXe siècle.

Dans sa foulée, Giacometti avait en effet entraîné Sartre, Foucault, Michel Leiris, ou encore Jean Genet. Tous avaient vus dans ses figurations de personnages des défis simples et fondamentaux à l’irréductibilité de l’apparence humaine d’une part, mais plus essentiellement à celle de l’existence moderne. Dans la tentative élémentaire de « capter simplement le réel » décrite maintes fois par Giacometti, le XXe siècle a en effet maintes fois cru décrypter l’essence de l’homme, hic et nunc, tiraillé entre l’évidence et la simplicité de sa présence, ordinaire, immédiatement perçue, et le déracinement fondamental dont le sujet, engagé dans le monde, est devenu l’objet : il n’est pas là besoin de mentionner la possibilité nouvelle de destruction complète que s’est offerte l’humanité, avec l’invention de la bombe atomique, l’extrême de barbarie révélé par la Shoah, ou - expérience intellectuelle moins chargée émotionnellement mais tout aussi décisive dans le devenir humain, - la découverte de la relativité ou de la physique quantique, pour comprendre les enjeux de compréhension de ces figurations, d’allure ordinaire, de personnages. Homme existentialiste, homme révolté, figure du progrès et de l’irréversible lutte des classes encore, homme foncièrement politique, ou homme matérialiste, homme idéaliste, les sculptures de Giacometti - figures en marche ou figure en station - interpellent sans les appeler les consciences les plus diverses. Sans forcément les réfuter, jamais elles ne se réduisent à ces interprétations.

Il n'est pas lieu de faire du mauvais esprit mais l’on peut juste, très naïvement, se demander : l’homme marche-t-il ? en art, en histoire, en culture ? Dans un raisonnement par l’absurde, on comprend toute l’importance de ces questions et la portée, si portée il y a, de cette thématique : « L’homme qui marche ». Dans une hypothèse différente, l’exposition aurait par exemple pu s’inscrire dans la foulée d’une autre sculpture de Giacometti, tout aussi fameuse, telle que L' homme debout. Mais la station debout, expectative ou contemplative, manquait évidemment d’allant. Le sens en faisait indubitablement défaut. L'exposition se déroule, dans le cadre des festivités de la mission pour l’an 2000, sous le haut-patronage de l’Unesco. Elle se situe sous le signe explicite d’un progrès humain. Mais là n'est même pas la question. Non seulement la sculpture de Giacometti, perdue aujourd’hui au milieu des tulipes du Palais Royal, en devient grotesque de non sens mais c’est également toute l’exposition, placée sous une absence de projet directeur, qui en perd ses attraits essentiels.

"Les sculptures ont envahi délibérément tout l’espace du jardin comme des enfants turbulents. L’opposition qui se crée entre leur disposition aléatoire et les rigoureux alignements de ce beau jardin à la française crée une tension qui donne toute sa singularité à cette joyeuse exposition.  Les visiteurs sont surpris et amusés de voir « ces hommes qui marchent » jouer sur les pelouses, sauter dans l’eau du bassin, traverser en tout sens, former des petits groupes ça et là, un peu cabotins…"

Il n’est qu’à lire la présentation écrite par le concepteur et scénographe de l’exposition, sur le site du Ministère de la culture, pour comprendre l’effet de fouillis clinquant, l’impression de bâclage joyeux que laisse la promenade. De Rodin à Mimran en passant par Bourdelle, Arman, Maillol, Giacometti, Zadkine, César ou Saint-Phalle, on sent bien que le thème n’est d’abord que prétexte à un fourre-tout censé amuser et colorer les jardins du Palais royal, mais que surtout, il n’est en aucun cas conçu pour le public, certes diverti, mais avant tout crétinisé à souhait. L’exposition dans son pêle-mêle est explicitement conçue pour épater le visiteur du dimanche, en l’excluant à priori de toute compréhension de la thématique.

Naïfs, nous nous demandions en arrivant au Jardin du Palais Royal qui - promeneur, travailleur, touriste - se laisserait charmer par cette exposition printanière. Enfants turbulents, promeneurs cabotins, et l’on pourrait proposer crétins goguenards, retraités séniles, il semble à présent que la question n’avait pas même lieu d’être posée.

L.R.X.

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