expos

 

Musée d'Art moderne jusqu'au 18 juin 2001


Les années Pop
Centre Pompidou


Attention, la déferlante Pop arrive au Musée national d'Art moderne. Une exposition qui fera date.

Il y a quelques mois, dans l'article qu'il consacrait à une exposition sur le travail récent de Tom Wesselmann, Fluctuat faisait le vœu qu'un musée français consacre une exposition au mouvement Pop art. Réjouissons-nous car c'est aujourd'hui chose faite. Le Musée national d'art moderne organise une grande rétrospective du mouvement qui se développa dans les années 60. Mais cette rétrospective ne se contente pas seulement d'examiner la peinture et la sculpture de l'époque. Elle aborde tous les domaines de la création ainsi que tous les continents qui ont subi une influence commune. A l'époque, les arts plastiques ne sont pas les seuls à avoir subi une profonde mutation. L'architecture, le design, la mode, la musique, et même la bande dessinée sont accueillis dans ce grand inventaire général. Des reportages télévisés nous rappellent que c'est également, en ce temps là, que commencèrent les premiers happenings et une importante programmation de films, qu'ils soient d'artistes ou de réalisateurs, permet de voir ou revoir la production cinématographique d'alors.

L'exposition commence dès le hall d'entrée dans le centre Pompidou. Des modules destinés à devenir les habitations du futur, façon sixties, sont présentés. Mais l'immersion dans cette ambiance généreuse et utopique prend réellement corps lorsque, empruntant l'escalator qui vous mène au dernier étage, des standards des Beattles et autres Beach Boys vous accompagnent dans la montée en résonnant à tue tête. Une fois arrivé dans l'exposition proprement dite, le visiteur est alors convié à suivre un parcours fait de courbes et contre courbes, la scénographie reprenant habilement les formes du design de l'époque, tout en rondeurs, à l'instar du bureau Boomerang de Maurice Calka ou des fauteuils gonflables de Jonathan de Pas.

Dans les années 60, de part et d'autre de l'Atlantique, la croissance économique engendre le développement des images propagées par la télévision et la publicité. Dans le domaine de la peinture, une nouvelle génération d'artistes rompt avec le mouvement expressionniste abstrait qui règne alors et qui est basée sur la gestualité de l'artiste. Ce mode de création est remis en cause par les artistes du pop art qui critiquent l'absence de lien entre, d'une part, cette peinture fondée sur le lyrisme personnel de l'artiste et, d'autre part, la vie quotidienne. Les pop artistes trouvent leur source d'inspiration non en eux-même mais dans les images publicitaires dont ils sont abreuvés ainsi que dans les matériaux de rebut d'une société qui devient société de consommation. La culture qu'ils souhaitent mettre en avant est celle de monsieur-tout-le-monde, la plus populaire qui soit, ce qui passe également par un retour à la figuration.

En Grande Bretagne, un petit groupe de jeunes artistes regroupés au sein de l'Independant group organise une exposition baptisée This is tomorrow en 1956 qui se révélera être l'acte de naissance du pop(ular) art. Le collage de Richard Hamilton "Just what is it that makes today's homes so different, so appealing ?" constitue en quelques sortes le talisman de ce mouvement : dans un salon encombré d'objets, une pin up est lascivement assise sur un canapé tandis qu'un homme body buildé se muscle à l'aide d'une sucette géante sur laquelle est inscrite le mot "pop". Autant dire que l'ambiance est donnée.

Aux Etats-Unis, Roy Lichtenstein puise son inspiration dans les bandes dessinées de Disney avec son tableau "Look Mickey" de 1961. Warhol dans les images de la presse populaire avec ses "Marilyn" ou ses "Car crash". Wesselmann parodie l'Amérique dans ses séries de "Great american nudes", sortes de tableaux-objets. Rauschenberg utilise les matériaux trouvés dans des poubelles pour composer son "Odalisque" tandis que Oldenburg reproduit en les augmentant d'échelle les éléments les plus banals de la vie quotidienne.

La France n'est pas en reste : le mouvement des "nouveaux réalistes" souhaite également lier davantage la vie quotidienne et l'art. C'est par l'intégration dans leurs œuvres d'objets usuels qu'ils tenteront de parvenir à leurs fins. César comprime les carcasses de voitures, Arman accumule les déchets (il expose le Plein, 30 tonnes d'ordures à la galerie Iris Clert en 1960), Raymond Hains présente des affiches lacérées dont certaines portent ironiquement le nom de nymphéas, en souvenir de Claude Monet. Les ravissantes jeunes filles de Martial Raysse aux couleurs irréelles nous montrent l'aspect artificiel de la vie dans la société de consommation.

Mais l'exposition ne s'arrête pas à la seule peinture. Elle explore également l'architecture, et les utopies en ce domaine ne cessent de surprendre. Fascinés par la conquête de l'espace, la science fiction, les architectes d'alors semblent s'être donnés le mot pour inventer les habitations les plus insensées et parfois les plus comiques. Ron Herron propose des cités mouvantes dotées de pattes télescopiques pour pouvoir sillonner le monde. Cédric Price présente un "Fun Palace", mégastructure de cinq rangées de quinze tours composées d'éléments mobiles évolutifs censés pouvoir être déplacés facilement. Les matériaux nouveaux suscitent également des créations fantastiques comme "La maison du futur" construite en 1955 à Disneyland, maison entièrement en plastique composée de quatre modules. On ne compte pas les projets s'inspirant des capsules des cosmonautes et les maisons gonflables à l'image de la "Air house", sorte de maison tout en rondeurs, tout droit sortie des Barbapapas.

Le design prend lui aussi les mêmes courbes grâce aux plastiques qui se développent et permettent une création plus libre et plus colorée, le tout pour un moindre coût. Fini le mobilier aux lignes effilées, aux angles raides des années 50. Place à la douceur, à la souplesse et au ludique. Pierre Paulin fait scandale en créant son fauteuil en forme de langue en 1965, Gaetano Pesce reprend les courbures féminines pour son fauteuil en mousse UP5 et Jonathan de Pas, et ses acolytes, utilisent une structure gonflable pour en faire un siège (le fauteuil Blow).

Il est impossible de résumer cette exposition pléthorique mais passionnante. Signalons simplement qu'elle se termine chronologiquement sur la fin des années 60 et sa vague de contestation. On découvre alors des œuvres plus grinçantes, qui stigmatisent plus ouvertement les défauts d'une société soumise à la censure. Les affiches de mai 68 nous rappellent comment se termina cette décennie, entre utopie et revendication.

Eric de Thévenard

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Lire la chronique sur Tom Wesselmann.
Lire le dossier du Centre Pompidou consacré au pop art.

Centre Pompidou
Galerie 1, niveau 6
Piazza Beaubourg
Paris 4ème.
Les années pop

Jusqu'au 18 juin
Informations 01 44 78 12 33
Visites commentées les samedis à 16h.
Cinémas "Les années Pop"
150 séances : films de fiction, films expérimentaux, films d'artistes
jusqu'au 18 juin.
Conférences organisées au sein du Collège du Centre.

Pour se documenter sur le sujet avant de visiter l'exposition le centre Pompidou a mis en ligne un dossier très simple et très complet consacré au Pop art

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