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Attention, la déferlante Pop arrive au Musée national d'Art
moderne. Une exposition qui fera date.
Il
y a quelques mois, dans l'article qu'il consacrait à une exposition
sur le travail récent de Tom Wesselmann,
Fluctuat faisait le vœu qu'un musée français consacre
une exposition au mouvement Pop art. Réjouissons-nous car c'est
aujourd'hui chose faite. Le Musée national d'art moderne organise
une grande rétrospective du mouvement qui se développa dans
les années 60. Mais cette rétrospective ne se contente pas seulement
d'examiner la peinture et la sculpture de l'époque. Elle aborde
tous les domaines de la création ainsi que tous les continents
qui ont subi une influence commune. A l'époque, les arts plastiques
ne sont pas les seuls à avoir subi une profonde mutation. L'architecture,
le design, la mode, la musique, et même la bande dessinée sont
accueillis dans ce grand inventaire général. Des reportages
télévisés nous rappellent que c'est également, en ce temps là,
que commencèrent les premiers happenings et une importante
programmation de films, qu'ils soient d'artistes ou de réalisateurs,
permet de voir ou revoir la production cinématographique d'alors.
L'exposition commence dès le hall d'entrée dans le centre Pompidou.
Des modules destinés à devenir les habitations du futur, façon
sixties, sont présentés. Mais l'immersion dans cette ambiance
généreuse et utopique prend réellement corps lorsque, empruntant
l'escalator qui vous mène au dernier étage, des standards des
Beattles et autres Beach Boys vous accompagnent dans la montée
en résonnant à tue tête. Une fois arrivé dans l'exposition proprement
dite, le visiteur est alors convié à suivre un parcours fait
de courbes et contre courbes, la scénographie reprenant habilement
les formes du design de l'époque, tout en rondeurs, à l'instar
du bureau Boomerang de Maurice Calka ou des fauteuils
gonflables de Jonathan de Pas.
Dans les années 60, de part et d'autre de l'Atlantique, la croissance
économique engendre le développement des images propagées par
la télévision et la publicité. Dans le domaine de la peinture,
une nouvelle génération d'artistes rompt avec le mouvement expressionniste
abstrait qui règne alors et qui est basée sur la gestualité
de l'artiste. Ce mode de création est remis en cause par les
artistes du pop art qui critiquent l'absence de lien
entre, d'une part, cette peinture fondée sur le lyrisme personnel
de l'artiste et, d'autre part, la vie quotidienne. Les pop
artistes trouvent leur source d'inspiration non en eux-même
mais dans les images publicitaires dont ils sont abreuvés ainsi
que dans les matériaux de rebut d'une société qui devient société
de consommation. La culture qu'ils souhaitent mettre en avant
est celle de monsieur-tout-le-monde, la plus populaire qui soit,
ce qui passe également par un retour à la figuration.
En Grande Bretagne, un petit groupe de jeunes artistes regroupés
au sein de l'Independant group organise une exposition
baptisée This is tomorrow en 1956 qui se révélera être
l'acte de naissance du pop(ular) art. Le collage de Richard
Hamilton "Just what is it that makes today's homes so different,
so appealing ?" constitue en quelques sortes le talisman
de ce mouvement : dans un salon encombré d'objets, une pin
up est lascivement assise sur un canapé tandis qu'un homme
body buildé se muscle à l'aide d'une sucette géante sur laquelle
est inscrite le mot "pop". Autant dire que l'ambiance est donnée.
Aux Etats-Unis, Roy Lichtenstein puise son inspiration dans
les bandes dessinées de Disney avec son tableau "Look Mickey"
de 1961. Warhol dans les images de la presse populaire avec
ses "Marilyn" ou ses "Car crash". Wesselmann parodie
l'Amérique dans ses séries de "Great american nudes",
sortes de tableaux-objets. Rauschenberg utilise les matériaux
trouvés dans des poubelles pour composer son "Odalisque"
tandis que Oldenburg reproduit en les augmentant d'échelle les
éléments les plus banals de la vie quotidienne.
La France n'est pas en reste : le mouvement des "nouveaux réalistes"
souhaite également lier davantage la vie quotidienne et l'art.
C'est par l'intégration dans leurs œuvres d'objets usuels qu'ils
tenteront de parvenir à leurs fins. César comprime les carcasses
de voitures, Arman accumule les déchets (il expose le Plein,
30 tonnes d'ordures à la galerie Iris Clert en 1960), Raymond
Hains présente des affiches lacérées dont certaines portent
ironiquement le nom de nymphéas, en souvenir de Claude Monet.
Les ravissantes jeunes filles de Martial Raysse aux couleurs
irréelles nous montrent l'aspect artificiel de la vie dans la
société de consommation.
Mais l'exposition ne s'arrête pas à la seule peinture. Elle
explore également l'architecture, et les utopies en ce domaine
ne cessent de surprendre. Fascinés par la conquête de l'espace,
la science fiction, les architectes d'alors semblent s'être
donnés le mot pour inventer les habitations les plus insensées
et parfois les plus comiques. Ron Herron propose des cités mouvantes
dotées de pattes télescopiques pour pouvoir sillonner le monde.
Cédric Price présente un "Fun Palace", mégastructure
de cinq rangées de quinze tours composées d'éléments mobiles
évolutifs censés pouvoir être déplacés facilement. Les matériaux
nouveaux suscitent également des créations fantastiques comme
"La maison du futur" construite en 1955 à Disneyland, maison
entièrement en plastique composée de quatre modules. On ne compte
pas les projets s'inspirant des capsules des cosmonautes et
les maisons gonflables à l'image de la "Air house", sorte
de maison tout en rondeurs, tout droit sortie des Barbapapas.
Le design prend lui aussi les mêmes courbes grâce aux plastiques
qui se développent et permettent une création plus libre et
plus colorée, le tout pour un moindre coût. Fini le mobilier
aux lignes effilées, aux angles raides des années 50. Place
à la douceur, à la souplesse et au ludique. Pierre Paulin fait
scandale en créant son fauteuil en forme de langue en 1965,
Gaetano Pesce reprend les courbures féminines pour son fauteuil
en mousse UP5 et Jonathan de Pas, et ses acolytes, utilisent
une structure gonflable pour en faire un siège (le fauteuil
Blow).
Il est impossible de résumer cette exposition pléthorique mais
passionnante. Signalons simplement qu'elle se termine chronologiquement
sur la fin des années 60 et sa vague de contestation. On découvre
alors des œuvres plus grinçantes, qui stigmatisent plus ouvertement
les défauts d'une société soumise à la censure. Les affiches
de mai 68 nous rappellent comment se termina cette décennie,
entre utopie et revendication.
Eric
de Thévenard
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Lire la chronique sur
Tom Wesselmann.
Lire le
dossier
du Centre Pompidou consacré au pop art.
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