expos

Jusqu'au 28 octobre 2001 au musée de la Vie romantique.


La photographie hongroise.
Des romantismes aux
avant-gardes
(1880-1930)


Il y a Làszlo Moholy-Nagy, figure emblématique du Bauhaus puis du New Bauhaus de Chicago ; Moholy-Nagy en qui "flotte l'âme d'un monde nouveau", selon le poète Gyula Juhàsz. Il y a Robert Capa, dont l'œil "a chroniqué" les grands événements du XXème siècle. Il y a Brassaï et André Kertész. Ou bien encore Dezo Hoffmann. Lucien Hervé aussi. Et "l'art de Martin Munkacsi, comme la vie. Rayonnante" (Richard Avedon). Pour emprunter à Kàroly Kincses le titre de l'un de ses livres, ce sont là des photographes "Made in Hungary". Tous ont immortalisé sur la pellicule des moments uniques. Eux-mêmes sont désormais des classiques. Des incontournables. Eux, ce sont surtout, pour nous qui les connaissons, les exilés, les expatriés. Ceux qui ont acquis leur renommée loin de Hongrie. Sans eux, la photographie hongroise ne serait plus la même. Mais comme le prouve l'exposition organisée par le musée de la Vie romantique, d'autres photographes, méconnus du grand public, participent de cette fécondité hongroise. Cette exposition fait donc résonner les noms et les images d'une douzaine de photographes qui n'ont pas moins de talent que leurs compatriotes exilés.

Il y a Rudolf Balogh, l'un des créateurs du "style hongrois", reporter dans les années 20 au journal Pesti Naplo avant de devenir, en 1930, la tête de file de la revue L'Actualité photographique. Il y a "la plus douée des photographes qui ont débuté avec le siècle" - c'est ainsi que Csilla E. Csorba désignait Olga Màté, collaboratrice, à partir de 1911, de la revue spécialisée A Fény ("La lumière") et dont la technique s'est épanouie au contact de Rudolf Dührkoop à Berlin. Olga Màté justement ; datant de 1920 et de 1922, "Portrait d'enfant nu" et "Nu de dos" révèlent un œil sensible et un désir d'épurer les lignes du corps. Baignant dans une lumière ouatée, le "Nu agenouillé" de Jacques Faix (1870-1950) témoigne, lui, d'un effacement progressif de la frontière entre corps et lumière. Comme si cette frontière s'estompait. S'évanouissait. Comme si la lumière venait doucement mordre le corps. S'en emparer. Avec douceur.

Dans sa série, "Dans le port d'Amsterdam" (1926) et "Dans le port d'Anvers" (1926), Angelo, formé notamment chez Reutlinger à Paris, chez Peters à Hambourg, applique à ses paysages un traitement de l'étrange. Une plongée vers le nocturne, qui est une forme de l'étrange. De l'étrangeté aussi. Le réel n'est plus identifié. Mais comme dissipé dans la brume. Les vues des alentours du port du Danube de Jozsef Schermann (1886-1967) sont caractéristiques elles aussi de cette même préoccupation : que l'image ne soit pas une copie du réel. Redonner à la réalité sa part de mystère. S'exprime ainsi un même souci d'aller contre "la pâle reproduction du réel". De mettre le réel à distance.

La lumière du matin (1928), captée par Ivan Vydarény, n'est pas moins étrange, bien que d'une étrangeté différente. Cette lumière éblouissante, aveuglante, découpe les formes d'une silhouette, une femme ou un homme, l'on ne sait. Le trop-plein de lumière envahit le cadre jusqu'à faire disparaître les traits du visage, ramenant le corps à l'anonymat. Le corps est, dirait-on, comme porté par cette lumière diaphane. De "Tziganes" (1925) d'Istvàn Kerny ressort une toute autre impression. Celle d'avoir quitté le domaine photographique. On dirait presque en effet que "Tziganes" est un dessin exécuté au fusain. On appréciera également, parmi d'autres, le portrait du peintre Béla Uitz par Dénès Ronaï, successivement retoucheur chez Nadar puis opérateur chez les Frères Lumière à Lyon. Quant à son cousin, Aladàr Székely, il livre une étonnante série de portraits du poète Endre Ady, connu pour ses fameux "Poèmes nouveaux".

Jozcef Pécsi est encore plus déconcertant. Celui qui fut rédacteur en chef de la revue Magyar Fotogràfia occupe une place à part dans cette exposition. Pour cette raison que les fragments de son œuvre réunis ici annoncent, sans pour autant rejeter totalement l'influence pictorialiste, le visage du modernisme. Sous couleur d'explorer d'autres formes, d'autres techniques, Jozcef Pécsi est pour ainsi dire un passeur de formes, s'exprimant aussi bien dans l'art du portrait que dans la photo publicitaire.

De Rudolf Balogh et Olga Màté à Angelo, on passe donc d'un certain refus du réel vers une réappropriation de l'objet et du sujet que favorisent des procédés novateurs. Héritiers d'une lignée post-romantique, photographes aspirant comme Rudolf Balogh "à la clarté, à la lumière, au naturel", ou bien encore acquis à la Nouvelle Objectivité, cette douzaine de photographes ramenés sur le devant de la scène par cette exposition a le mérite de restituer les sensibilités de cinquante années de création visuelle. Une occasion pour nous de découvrir ces enfants méconnus de Budapest.

Anthony Dufraisse

A lire : " Photographes Made in Hungary " de Kàrocly Kincess. Editions Actes Sud / Motta, 1998.
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La photographie hongroise. Des romantismes aux avant-gardes (1880-1930)
Jusqu'au 28 octobre 2001 Au musée de la Vie romantique 16, rue Chaptal 75009 Paris

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