Regards
persans et contrastés d'une révolution toute photographique
L'exposition
Regards persans, Iran, la Révolution photographique,
raconte les débuts du photojournalisme et l'évolution de la
création photographique de ce pays depuis 1979, date de la
révolution islamique.
Iran,
janvier 1979, le chah est obligé de s'exiler, après des mois
de manifestations massives dues au mécontentement croissant
de la population. Le 1er février, l'ayatollah Khomeiny, exilé
en France, rentre à Téhéran : débuts tragiques de la révolution
islamiste khomeyniste. Suivra la crise des otages, l'invasion
du pays par l'Irak en septembre 1980. Huit années de guerre
[cessez-le-feu effectif en août 1988] qui laisse un pays exsangue,
où le mécontentement social est sévèrement réprimé. Isolé
au niveau international sur la pression des Etats-Unis qui
impose un embargo en 1996, le pays connaît cependant une certaine
libéralisation avec l'élection en mai 1997 de Muhammad Khatami,
un réformateur, à la présidence de la République et avec les
élections législatives de 1999.
La
révolution politique en Iran marque cependant le début d'une
autre révolution, souterraine, dont les prémices envahissent
peu à peu la presse nationale et étrangère. Pour de nombreux
jeunes photographes, il y a effectivement, dès 1979, urgence
à montrer au reste du monde ce qui se passe : Mahmoud Kahari,
Kaveh Golstan, Kaveh Kazimi, Mohammed Sayyad, Abbas ont, parmi
d'autres, ainsi couvert cet événement pour des agences aussi
célèbres et reconnues que Sigma, Gamma, Associated Press,
Magnum, travaillant pour les plus grands news magazines [Stern,
Newsweek, Paris-Match, Le Nouvel Observateur, Géo, etc.].
Il y a, effectivement, urgence à voir ce "manifestant qui
montre ses mains couvertes du sang des martyres de la révolution"
[Kaveh Golestan, Téhéran, 1979], il y a urgence à montrer
"The crying soldier" [Kaveh Kazimi, Téhéran, 1979]. Urgence
encore à exposer, aussi difficile que cela soit, "Les dépouilles
de Pesh mergas kurdes sous la glace avant leur enterrement"
[Kaveh Golestan, Sanandaj, 1980]. Abbas, exilé pendant 17
ans après avoir publié Iran, la révolution confisquée
écrit "Non seulement concerné, mais impliqué : c'est mon pays,
mon peuple, ma révolution". Si le journalisme tend à l'objectivité,
il y a des neutralités qui paraîtraient indécentes dans de
telles circonstances.
Aux
débuts du photojournalisme en Iran, suit la photographie documentaire
dans les années 1990. Lassés par des images violentes et brutales,
les photographes interrogent progressivement au travers de
leurs travaux la vie quotidienne et les choix de société.
L'exposition découvre ainsi une série de reportages qui portent
sur l'intégration, l'altérité sociale, les nouveaux citadins
apparaissant avec le développement des villes, la participation
des femmes et des jeunes dans la société civile. Découverte
des "filles de l'an 2000" avec une série sur les femmes d'Ispahan,
de Isabelle Eshraghi [1996, Ispahan], des "lieux Publics"
de Téhéran avec Peyman Hooshmand Zadeh, du tremblement de
terre, au nord de l'Iran, Mohamad Farnood [1991]…
Enfin
1997, dans une atmosphère politique moins chaotique, voit
l'éclosion de travaux photographiques plus personnels, centrés
sur l'individu qui donnent à voir des travaux d'artistes qui
s'apparentent plus à des recherches personnelles : Au bord
de la mer Caspienne, 2001, Seifollah Samadian, Atmosphères,
Saed Nikzat. Recherche esthétique et poésie persane se mêlent
dans ces images où la tension reste sourde.
Loin
de la polémique entre photojournalistes et artistes, Regards
Persans, Iran, La révolution photographique montre ainsi comment
le photojournalisme est devenu le point d'ancrage de la création
photographique iranienne.
Claudia
Mélin