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Du 26 août au 4 novembre 2001 au Musée départemental Albert-Kahn

Images
de Pékin
L'illusion de la permanence ?


Images d'une ville où la politique construit l'urbain

Le musée Albert Kahn présente, en collaboration avec le musée de Pékin, quatre-vingt trois autochromes et stéréoscopiques en noir et blanc. Réalisés à Pékin, entre 1909 et 1913, par les photographes envoyés en mission par le célèbre mécène, ils devaient figurer l'évolution de cette ville à la veille et après les débuts de la République, derniers événements qui marquèrent un renouveau de l'urbanisation de Pékin.

L'ambition de Albert Kahn pourrait sembler, encore aujourd'hui, démesurée : constituer les "Archives de la planète". Banquier, philanthrope, mécène, anthropologue ou/et idéaliste, Albert Kahn [1860-1940] souhaitait pouvoir jeter les bases d'une paix universelle en œuvrant pour la coopération et la communication internationale, dans une acception certainement moderne en ce début de XXe siècle. Il déploya ainsi une palette de projets : bourses de voyages Autour du monde, Société Autour du monde, Comité national d'études sociales et politiques, Centre de documentation, publications périodiques, enfin les non moins ambitieuses "Archives de la Planète".

C'est à l'occasion d'un voyage en Asie, au début de l'année 1909, qu'il initie ce projet. En route pour un voyage d'affaires au Japon, il décide de s'arrêter en Chine, à Pékin. À cette occasion, son chauffeur, Albert Dutertre, formé à la photographie et à la cinématographie, commence, sur ses directives, à "fixer une fois pour toutes les aspects pratiques et les modes de l'activité humaine dont la disparition faible n'est qu'une question de temps". Après ce premier voyage, il confit à Jean Brunhes, un géographe, la direction scientifique du projet, la coordination et la formation des différents opérateurs qu'il a recrutés. Cette formation est technique bien entendu, ceux-ci réalisent rapidement des autochromes - premier procédé industriel de la photographie directe des couleurs commercialisé par les frères Lumière dès 1907 - mais il s'agit surtout de leurs apprendre à regarder : "ne voit pas qui veut" se plaisait souvent à répéter Albert Kahn. Entre 1909 et 1931, le mécène finança de nombreux reportages photographiques pour constituer une bibliothèque d'images fixes et animées, les archives de la mémoire de ces débuts du XXe siècle, comptent ainsi 72.000 autochromes et 170.000 mètres de films.

De Pékin, les opérateurs envoyés par Albert Kahn, comme Albert Dutertre et Stéphane Passet ramènent des "instantanés" aux formes quelque peu "floutées" par la lassitude de ceux qui y figurent moins posément que les auteurs de ces images l'auraient souhaité. Ils sont avant toute chose les conteurs d'un espace et d'un temps en profonde mutation : Pékin entre 1909 et 1913, fin de la dynastie Qing et débuts de la République qui vient modifier la structure urbaine de la capitale. Pékin se déploie de part et d'autre d'un axe nord-sud commençant à Yongdingmen ["Porte de la stabilité éternelle"] et se terminant à Zhonghon ["Tour de la cloche"]. L'avènement de la République, instituée le 30 décembre 1911, par Sun Yat-Sen, vient modifier la structure de la ville héritée des dynasties qui l'avaient précédée.

L'évolution de la structure de la ville témoigne bien de ces temps de ruptures politiques. Sous la dynastie Qing [1644-1911], il fallait distinguer la ville intérieure, "la ville tartare", abritant la cité interdite et la cité impériale, de la ville extérieure dite "chinoise". Les nombreuses enceintes et ouvrages défensifs qui les séparaient l'une de l'autre devaient figurer la séparation entre les lieux distincts de résidence de l'empereur, des membres de sa famille et des dignitaires qui l'entouraient du reste de la population. Des voyages effectués à Pékin en 1909, Albert Dutertre et Jacques Gachet, un autre de ces opérateurs, rapportent de nombreux clichés qui l'illustrent. Images de la "ville tartare", comme "Xiang feilon", le "Pavillon de la favorite parfumée" sur Xichanganjie, la "Rue de la paix éternelle, tronçon ouest" [négatif noir et blanc, 4,5 x 10,7 cm, A. Dutertre, janvier 1909], de ses portes comme "Dagingmen", la "Porte de la grande pureté" [Vue rapprochée, négatif stereo, noir et blanc, 4,5 x10,7 cm, A. Dutertre, janvier 1909] ou "Andingmen", la "Porte de la stabilité sereine" [négatif stereo, noir et blanc, 4,5 x10,7 cm, A.Dutertre, janvier 1909]. On découvre aussi les images des costumes traditionnels, le dos aux cheveux nattés d' "un jeune chinois portant une ombrelle sur le Datongqiao, le pont de la communication aisée", près de Dongbiamen, la porte commode de l'est [Autochrome, 9 x 12 cm, S. Passet, 23 juin 1912], l'habitat traditionnel de Pékin constitué de "siyeynan", des maisons construites sur un axe sud-nord constituées de quatre corps de bâtiments entourant une cour centrale. On serpente dans ces petites rues, si caractéristiques, les "butong" parcourues par une multitude de petits marchands. Les clichés saisis par Stéphane Passet en 1912 et en 1913, reviennent sur tous ces us et coutumes et figurent, image après image, les évolutions en cours, la disparition progressive des "butong", l'évolution des moyens de transports, qui doivent permettre une meilleure circulation des personnes et des marchandises. Ils marquent ainsi dans les esprits les débuts de la République, traduction d'une autre appréhension de l'homme dans un espace urbain modifié.

Il y a au-delà de l'ambition d'Albert Khan, et des témoignages sur l'évolution d'une ville oscillant entre urbanisation et politique, la poésie des objets photographiques que sont les autochromes et les plaques stéréoscopiques ici exposées. Grâce à des lunettes spéciales, fournies à l'entrée, il est possible de voir en relief ces images, retrouvant ainsi l'illusion de la permanence de la vie qui devait alors habiter Pékin, il y a presque un siècle de cela.

Claudia Mélin

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Images de Pékin
L'illusion de la permanence ?
Du 26 août au 4 novembre 2001
Musée départemental Albert-Kahn

14, rue du Port - 92 100 Boulogne m° : ligne 10 - Boulogne, Pont de Saint-Cloud bus : 52, 72, 160, 175.
Catalogue de l'exposition
Images de Pékin, l'illusion de la permanence ?, Musée Albert-Kahn, 2001, 39 p., 20F.
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