expos

 

jusqu'au 16 septembre 2001 au Passage de Retz

Du Haibin - Along the Railway

Next generation
Art contemporain d'Asie


Initialement prévue jusqu'au 9 septembre, "Next Generation / Art contemporain d'Asie", sera finalement prolongée jusqu'au 16 de ce mois au Passage du Retz. Pour cette exposition, Michel Nuridsany, son commissaire, a réuni les travaux de cinquante artistes chinois, coréens, japonais et taiwanais.

Quelques unes des œuvres présentées proviennent directement d'ateliers d'artistes (Chine, Corée) dans lesquels elles ont été découvertes puis réunies afin d'enrichir cette exposition. Celle-ci a aussi bénéficié du concours de plusieurs galeries telles que la Galerie Hyundai (Séoul), la Galerie-TZ / Hanart (Taipeh), la Galerie Art Contemporain Loft (Paris-Hongkong) en plus de celle d'autres espaces tels que le Ssamzie Space et le Young-Eun museum (Corée). À l'instar des propos tenus par son commissaire, dans la préface du catalogue qui lui est consacrée, cette exposition soulève une question importante : l'art asiatique est-il un art d'exportation ?

Quelle est la perception des travaux de ces artistes dans leurs pays respectifs ? On ne compterait en Chine que trois galeries : Hanart-Tz (Hong-Kong) ainsi que Shanghart (Shangaï) et China Art Archives and Warehouse (Pékin), ces deux dernières étant tenues par des étrangers. Montrer ces travaux pour les vendre n'est sans doute pas le propos essentiel de l'artiste qu'il concèdera volontiers aux professionnels de l'art, mais il en est autrement de la perception, du senti, de l'émotion que leurs œuvres sont susceptibles de provoquer. Ne devrait-on pas questionner alors la manière dont sont perçus les travaux de ces artistes en dehors des frontières de leurs pays ? Qu'en est-il, dans ces circonstances, de ces œuvres rapportées d'Asie dont la première exposition prend lieu et place à Paris ou ailleurs ? "May I see your work" interroge ainsi Yan Lei dans une de ses peintures, tant il est vrai que cette phrase revient sans cesse dans la bouche des occidentaux qui visitent les ateliers d'artistes en Asie. La dépendance de ces artistes par rapport à l'occident serait-elle sans conséquence notamment sur leurs travaux ? Ces questions restent posées.

Malgré cela, ce qui importe, c'est sans doute la possibilité, de com-prendre ces peintures, ces photographies, ces vidéos et ces installations, ceux de la "next generation", dans un espace qu'il leurs est dédié pour un temps. Il reste les images chaotiques d'un atelier figuré qui réunirait les œuvres d'artistes asiatiques, une déambulation curieuse qui tenterait de s'abstraire, un peu, des schémas formels d'une sensibilité culturelle prompte aux clichés exotiques.

Le trouble est perceptible.

Le constat du détournement de la culture populaire en est un des signes, notamment avec les travaux de Liu Zheng tels que Modern girl pour lequel elle a travaillé sur des tentures de brocard - un cadeau de mariage obligatoire en Chine pendant plus d'un demi-siecle -, ou encore avec The monkey king defeats the white-Boned Demon three times ( où l'artiste joue sur un érotisme qui dévoie la tradition. Introduction à des travaux figurent le corps comme un espace de recherche. Entre esthétique et identité, He Han traverse le corps en exposant sur ses photographies les blessures ciselées, encore à vif ou recousues, réalisées sur la Fille du dragon, Sue-Jing et La petite, exprimant ainsi par la facture de chacune de leurs blessures, dont elles avaient choisi elles-mêmes l'emplacement sur leur corps, les sentiments qu'elles souhaitaient exprimer : la blessure ("hurt"), la solitude ("loneliness"). Expression figurée sur la chair d'une douleur indicible. Dessin sur le corps de Chen Lingyang qui photographie le trait fluide de ses règles le long de ses cuisses. Des images à la poésie surprenante qu'elle parsème de fleurs au fil des mois, The second month magnolia, The seventh month orchid.

La dérision et l'humour sont présents en filigrane.

Dérision du corps devant des artifices faussement sensuels que montrent deux vidéos de Liu An-Chi placées face à face et s'intitulant Bon appétit.… La démarche est identique concernant le télé-achat vidéasque du corps de l'artiste Kim Ji-Hyun. Dérision du corps humain, de son espace avec les jardins parisiens de Takita Jun où il miniaturise les monuments de la capitale célèbre pour les arroser et les emplir de verdure. Dérision enfin de ses comportements : Kyung Yoon Kyung présente ainsi des médications autres au marketing surprenant : Eau de parfum javel, Vitamine C-ulture/Inspirine, Conserve made in Utopia frappée d'une date pour le moins énigmatique (23/11/2004-09h21 : marque de péremption ou de fabrication ?).

Et pourtant le malaise demeure.

Chang Gee Hee - Crisis

Le Daily Soap de Sung Min-Hwa, raconte un quotidien a l'ordinaire chaotique dont la vision est éclatée en 54 dessins accrochés à des fils par des pinces à linge. Un peu plus loin une vidéo de Chang Gee Hee, Crisis, montre le visage globuleux, étouffé, révulsé de l'artiste et confine son spectateur à s'inquiéter d'une possible issue fatale...

Perception erronée, nécessairement subjective ? L'invitation de la "next generation" incite à la curiosité. Les lectures ne sont pas livrées si facilement, ne sont pas si évidentes car elles font écho à des réalités étranges qui peuvent se dérober sous les regards étrangers auxquels elles s'exposent. Et pourtant, rien n'est plus captivant…

Claudia Mélin

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Next generation / Art contemporain d'Asie
28 juin au 9 septembre Passage de Retz 9, rue Charlot - 75003 Paris m° Filles du Calvaire tljrs sauf lundi
Catalogue "Next generation / Art contemporain d'Asie", textes de Michel Nuridsany, Paris, 2001, 135 p., 150F.
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