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De si beaux visages
Sur lécran qui domine
la pièce noire, un visage. Celui dune femme, dessiné par le contour
net dun tchador. Puis dun homme. Un écho résonne, un lien se
noue. Et la foule de visages féminins/masculins répond. Se répond. Se
cherche, sinterroge. Le spectateur est plongé seul dans livresse
dun tourbillon dimages et de sons.
Dans le cadre du Festival
dAutomne à Paris, la galerie du Forum des Images accueillent deux
installations vidéo de la photographe dorigine iranienne Shirin
Neshat : Rapture (1999) et Fervor (2000).
Rapture
fut tourné en novembre 1998 au Maroc, sur le site dEssaouira, face
à la mer. Entourée dune équipe de réalisateurs et épaulée par
la musique et la construction sonore magnifique de Sussan Deyhim, Neshat
a construit deux récits parallèles de treize minutes chacun quelle
présente en noir et blanc sur deux écrans vidéo placés face à face.
Dun côté les hommes, dans un décor architectural, et de lautre
les femmes, évoluant dans un environnement naturel. Le spectateur se
retrouve au milieu et expérimente lespace, la frontière, la
séparation, pour mieux en sentir sa politisation.
Lartiste explore à
nouveau la relation homme/femme en corrélation avec les structures
sociales islamiques dans Fervor. Les effets sonores sont toujours
de Sussan Deyhim et le tournage a eu lieu à Marrakech au Maroc. Deux
écrans côte à côte cette fois nous montrent la rencontre avortée dun
homme et dune femme que le désir et lattirance ne suffiront pas
à réunir. La métaphore est belle. Les deux visages sur chacun des
écrans (eux-même devenus symboles de la frontière physique) se
cherchent du regard dans une chorégraphie bouleversante. Neshat met au
jour les tabous liés à la sexualité et linfluence que les
structures socio-politiques peuvent exercer jusquau niveau
émotionnel.
Shirin Neshat nous laisse
le soin des conclusions, des analyses. Elle-même ne se permet aucun
jugement hâtif : " Dès le début, jai pris la
décision que ce travail nallait pas traiter de moi ou de mes
opinions sur le sujet et que ma position serait celle de ne pas en
avoir. Je me suis dès lors située en posant uniquement des questions
sans jamais y répondre. Mon interrogation, ma curiosité portaient
simplement sur le fait dêtre une femme dans lIslam ".
Née en 1957 en Iran,
Shirin Neshat sinstalle aux Etats-Unis en 1974 pour suivre des
études dart. Après la révolution islamique de 1979, les liens sont
coupés et elle ne retournera en Iran quen 1990. Le pays a beaucoup
changé. Les conditions des femmes notamment. La photographe entame un
travail de réflexion autour du choc culturel et affectif quelle
perçut à son retour. Avec Women
of Allah, de 1993 à 1997, elle réalise une série de
portraits de femmes musulmanes et militantes qui bouscule intelligemment
les stéréotypes sur la femme dans les sociétés islamiques. Depuis
1996, elle produit une série de films vidéo qui eux aussi questionnent
la perception du monde musulman par lOccident. Avec Turbulent
en 1998, Rapture et Soliloquy en 1999 et Fervor en
2000. Influencée par la sociologue et féministe marocaine Fatima
Mernissi, la photographe travaille sur les murs dincompréhension et
de peurs érigés entre lOccident et lOrient islamique. Ses films
sont des expériences, vécues de façon très intime et très forte par
le spectateur.
Chrystel
Jubien
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