Vivant entre Venise et Paris, Zoran Music expose, au musée Cognac-Jay, la partie
vénitienne de son travail. Une centaine duvres, réparties sur trois types de
supports. En premier lieu, les aquarelles, raretés dans luvre du peintre,
datant de limmédiat après-guerre et qui témoignent de son dénuement matériel
dalors. Atypiques chez lui, parce quaux couleurs vives, elles offrent une
vision simple et figurative de la cité des doges. De petits formats, claires, cette
quarantaine daquarelles montre une peinture presque à lopposée du style qui
a fait la renommée de Music.
Le visiteur familier de lartiste
rencontrera ensuite les huiles quil affectionne. Datées des années 80, ces toiles
sont caractéristiques de la vision et de la technique du peintre né en 1909. Epurées,
aux teintes sombres ou ocres, il se dégage alors mélancolie et solitude de ces regards
comme recouverts dun voile. Le flou est ici de rigueur, dans la vision dune
Venise dépeuplée et lente, qui hésite entre labstraction et le figuratif.
Après ces aplats à dominante brune, on
trouvera, au sous-sol, dessins et croquis réalisés en majorité dans la lagune. Une
série desquisses de la Cathédrale Notre-Dame, celle de Paris, rappellera
étrangement Claude Monnet et deux grandes toiles, récentes, noires et blanches,
préfigurant, peut-être, lévolution ultime de luvre du vieil homme.
Les uvres exposées ici, dans cet hôtel
particulier du Marais, ont donc toutes grand intérêt, mais, car il y a un
" mais ", cette exposition nest pas, pour autant, un succès.
Veuillez comprendre par cet euphémisme que la disposition de lexposition - les
choix daccrochages dictés par le peintre lui-même - est largement contestable.
Ainsi, le visiteur se verra sans cesse contraint de rechercher, à mesure des salles, dans
un bric-à-brac dobjets et de tableaux du dix-huitième siècle, pour découvrir la
peinture de Music. Il en résulte, au bout du compte, que cet éparpillement détruit
toute illusion de climat, datmosphère, ce en quoi Music justement excelle. De
même, le manque de lumière, tant artificielle que naturelle, dessert également le
propos et, finalement, le spectateur passe plus de temps à rechercher les uvres
quà vraiment les regarder.
De cette exposition, lamateur de la
peinture de Zoran Music repartira déçu. Il se console cependant, certain de son bon
droit et conscient qu'il est rare de voir exposer, même mal, un peintre qui émeut.
L.H.
Musée Cognacq-Jay /
8, rue Elzévir, Paris 03
Jusqu'au 16 avril 2000. |