L'espace du dedans de Michaux dévoilé dans une exposition à sa mesure, infinie
et turbulente.
Organisée par la BNF à l'occasion du
centenaire de sa naissance, cette exposition retrace chronologiquement l'aventure
poétique de Michaux, depuis ses débuts littéraires des années vingt jusqu'à ses
derniers travaux portant sur l'invention d'un nouveau langage dont le verbe serait banni
au profit d'idéogrammes. Surtout, elle rassemble 140 compositions picturales - dessins,
peintures, encres - habituellement inaccessibles au public, contrairement à ses poèmes,
puisque disséminées dans des collections particulières.
Les uvres de Michaux, explorateur
insatiable de son propre champ psychique, nous entraînent dans des contrées intérieures
fascinantes par leur étrangeté, et la douleur qui parfois en surgit. Comme celle
qu'incarne les Meidosems, stupéfiants personnages jaillis de son imagination à la suite
de la perte de sa femme, figures insaisissables, "négligeables et grêles, à peine
à l'horizon et prêtes à s'y perdre" qui habitent sa conscience avant
d'être lithographiés à même la pierre.
L'expo met aussi en avant des monstres nourris
d'encre de Chine, sorte de Rorschach cauchemardesques, ainsi qu'une série
d'impressionnantes topographies mescaliennes, retranscriptions de séismes à la magnitude
ahurissante engendrés par la prise de drogues hallucinogènes.
On savait Michaux poète singulier à la
production colossale, grand voyageur parcourant le monde de l'Amérique du Sud à la
Grande-Garabagne, angoissé majeur du vingtième siècle. On le découvre ici artiste
visionnaire réalisant l'osmose entre écrit et pictural, pour qui l'expression
"d'univers intérieur" semble avoir été tout exprès inventée.
F.X. Couval |