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Galerie nationale du Grand Palais
Méditerranée
De Courbet
à Matisse

Exposition au Grand Palais jusqu’au 15 janvier 2001

Henri-Edmond Cross, Les Iles d'Or, îles d'Hyères, vers 1891-1892,  huile sur toile, 59 x 54  cm © Paris, Musée d'Orsay

Mediterranée
De Courbet à Matisse


« La Méditerranée a une couleur comme les maquereaux, c’est à dire changeante, on ne sait pas toujours si c’est vert ou violet, on ne sait pas toujours si c’est bleu, car la seconde après le reflet changeant a pris une teinte rose ou grise. » Ainsi Vincent Van Gogh tente-t-il, en 1888, de synthétiser les multiples sensations qu’il éprouve au contact de la mer qui borde nos côtes les plus méridionales. Mais ce faisant, il résume également assez bien l’exposition qui a ouvert ses portes au Grand Palais. C’est, en effet, la lumière et les couleurs du Sud qui frappent les peintres de la deuxième moitié du XIXème siècle et les conduit à rechercher des solutions plastiques nouvelles pour exprimer leur puissance.

Courbet se livre à des empâtements sur la toile afin de donner toute la vibration des reflets de la mer traitée par de fines horizontales dont le coloris va en dégradé. Monet se laisse aller à des couleurs inhabituelles d’un rose oranger bien particulier. Cézanne s’intéresse à la masse et à la puissance des rochers tandis qu’il traite la mer en aplats niant la perspective. Les pointillistes, comme Signac ou Cross, juxtaposent des couleurs complémentaires censées recomposer dans l’œil le véritable coloris. Les fauves, comme Braque ou Derain, affirment dans leurs œuvres que la plage est rouge vif et la mer trop lumineuse pour être retranscrite par une quelconque couleur. Le blanc vierge de la toile signe alors la présence maritime parfois relevée de quelques touches rectangulaires de bleu outremer. 

L’exposition, articulée autour de quelques thèmes tels que les rivages, les rochers, les mythologies ou les villégiatures, nous montrent les différents mouvements artistiques se frotter à la difficulté de la transcription picturale de la chaude atmosphère méditerranéenne. Elle insiste un peu trop cependant sur les toiles de Monet et les toiles des fauves que l’on connaît pourtant déjà bien pour en avoir vu beaucoup l’année dernière aux expositions qui leur étaient réservées. Ainsi en est-il, par exemple, de « Luxe, calme et volupté » de Matisse. Ici, la présence de ce tableau est cependant justifiée, outre son importance dans l’histoire de la peinture, parce qu’il a figuré en même temps qu’une toile de Cross, également à l’exposition, sur les murs de la salle à manger de Signac à Saint-Tropez.

En revanche, les toiles des peintres étrangers paraissent plus intéressantes parce que moins connues (il faudra bien un jour que les musées français s’intéressent à ce qui s’est passé hors du territoire national au temps de l’impressionnisme). Nous sont ainsi présentées des œuvres de l’italien Signorini (1835-1901) ou des espagnols Mir et Sorolla y Bastido (1863-1923). Celui-ci, par exemple, nous livre d'inhabituels tableaux comme son « Ombre d’une barque », où le sujet principal est absent et seule son ombre figure sur le sable rose d’une plage. Sa « Nageuse » intrigue également par le coloris jaune orangé utilisé pour représenter la mer. Le Tchèque Kupka est aussi aux cimaises (1871-1957) avec une seule toile mais, oh combien surprenante, par sa manière qu’il a de rendre d’une part, la présence physique de la roche ou du corps de la jeune femme qui se baigne, et d’autre part, la fluidité et la transparence colorée de l’eau dans laquelle la nageuse est immergée. 

Enfin signalons la présence, toujours attrayante, d’œuvres de Félix Vallotton, avec ses compositions simples, construites sur des aplats de couleurs vives et pourtant toujours empreintes d’un certain mystère ainsi que celles de Pierre Bonnard, dont on découvre une nouvelle fois les talents de subtil coloriste.

L’exposition atteint également un objectif que les organisateurs n’avaient peut-être pas osé prévoir : sortir les Parisiens de leur grisaille quotidienne et les inciter à aller vérifier, sur place, s’ils peuvent, eux aussi, retrouver le charme spécifique de l’éclat lumineux de la Méditerranée si bien observé par les peintres. 

Eric de Thévenard

Méditerranée. 
De Courbet à Matisse, 1850-1925.

Exposition au Grand Palais
Square Jean Perrin, Paris 8ème. 
Jusqu’au 15 janvier 2001

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