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« La Méditerranée a une couleur comme les maquereaux, cest à dire changeante, on ne sait pas toujours si cest vert ou violet, on ne sait pas toujours si cest bleu,
car la seconde après le reflet changeant a pris une teinte rose ou grise. » Ainsi Vincent Van Gogh tente-t-il, en 1888, de synthétiser les multiples sensations quil
éprouve au contact de la mer qui borde nos côtes les plus méridionales. Mais ce faisant, il résume également assez bien lexposition qui a ouvert ses portes au Grand
Palais. Cest, en effet, la lumière et les couleurs du Sud qui frappent les peintres de la deuxième moitié du XIXème siècle et les conduit à rechercher des solutions
plastiques nouvelles pour exprimer leur puissance.
Courbet se livre à des empâtements sur la toile afin de donner toute la vibration des reflets de la mer traitée par de fines horizontales dont le coloris va en dégradé.
Monet se laisse aller à des couleurs inhabituelles dun rose oranger bien particulier. Cézanne sintéresse à la masse et à la puissance des rochers tandis quil traite la
mer en aplats niant la perspective. Les pointillistes, comme Signac ou Cross, juxtaposent des couleurs complémentaires censées recomposer dans lil le véritable
coloris. Les fauves, comme Braque ou Derain, affirment dans leurs uvres que la plage est rouge vif et la mer trop lumineuse pour être retranscrite par une
quelconque couleur. Le blanc vierge de la toile signe alors la présence maritime parfois relevée de quelques touches rectangulaires de bleu outremer.
Lexposition, articulée autour de quelques thèmes tels que les rivages, les rochers, les mythologies ou les villégiatures, nous montrent les différents mouvements
artistiques se frotter à la difficulté de la transcription picturale de la chaude atmosphère méditerranéenne. Elle insiste un peu trop cependant sur les toiles de Monet et
les toiles des fauves que lon connaît pourtant déjà bien pour en avoir vu beaucoup lannée dernière aux expositions qui leur étaient réservées. Ainsi en est-il, par
exemple, de « Luxe, calme et volupté » de Matisse. Ici, la présence de ce tableau est cependant justifiée, outre son importance dans lhistoire de la peinture, parce
quil a figuré en même temps quune toile de Cross, également à lexposition, sur les murs de la salle à manger de Signac à Saint-Tropez.
En revanche, les toiles des peintres étrangers paraissent plus intéressantes parce que moins connues (il faudra bien un jour que les musées français sintéressent à ce
qui sest passé hors du territoire national au temps de limpressionnisme). Nous sont ainsi présentées des uvres de litalien Signorini (1835-1901) ou des espagnols
Mir et Sorolla y Bastido (1863-1923). Celui-ci, par exemple, nous livre d'inhabituels tableaux comme son « Ombre dune barque », où le sujet principal est absent
et seule son ombre figure sur le sable rose dune plage. Sa « Nageuse » intrigue également par le coloris jaune orangé utilisé pour représenter la mer. Le Tchèque
Kupka est aussi aux cimaises (1871-1957) avec une seule toile mais, oh combien surprenante, par sa manière quil a de rendre dune part, la présence physique de
la roche ou du corps de la jeune femme qui se baigne, et dautre part, la fluidité et la transparence colorée de leau dans laquelle la nageuse est immergée.
Enfin signalons la présence, toujours attrayante, duvres de Félix Vallotton, avec ses compositions simples, construites sur des aplats de couleurs vives et pourtant
toujours empreintes dun certain mystère ainsi que celles de Pierre Bonnard, dont on découvre une nouvelle fois les talents de subtil coloriste.
Lexposition atteint également un objectif que les organisateurs navaient peut-être pas osé prévoir : sortir les
Parisiens de leur grisaille quotidienne et les inciter à aller vérifier, sur place, sils peuvent, eux aussi, retrouver le charme spécifique de léclat lumineux de la Méditerranée si bien observé par les peintres.
Eric
de Thévenard
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